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Affaire SNC-Lavalin : une enquête parlementaire, mais pas de témoignage de Wilson-Raybould

Le reportage de Fannie Olivier
Radio-Canada

Après plus de deux heures de débats et de délibérations, les membres du Comité permanent de la justice et des droits de la personne aux Communes ont décidé de mener une enquête pour faire la lumière sur des allégations de possible ingérence du bureau du premier ministre Justin Trudeau auprès de l'ex-ministre de la Justice Jody Wilson-Raybould. Toutefois, la principale intéressée ne figurera pas parmi les témoins.

Les membres du Comité ont eu à se prononcer sur une motion demandant la levée du secret professionnel de l'ancienne procureure générale, ce qui aurait pu lui permettre de s'exprimer sur l’affaire SNC-Lavalin. Mais la motion a été rejetée.

L'opposition, qui avait réclamé la tenue de cette réunion d'urgence, accuse les libéraux de chercher à balayer sous le tapis les allégations d'ingérence politique dans ce dossier. Les députés conservateurs et néo-démocrates avaient notamment exigé une liste de témoins plus longue que celle présentée par les membres libéraux du Comité. Cette liste visait à faire comparaître neuf témoins, dont la ministre démissionnaire Jody Wilson-Raybould.

Leur démarche a échoué, car grâce à leur majorité, les libéraux ont adopté une motion de leur cru, déposée par le député Randy Boissonnault. Lors de nombreuses prises de bec, les conservateurs ont notamment reproché aux libéraux de museler l'ex-ministre Wilson-Raybould et de vouloir se réunir à huis clos pour choisir les témoins.

Un géant avec beaucoup d’argent a fait du lobbying auprès du premier ministre. [...] S’il ne s’est rien passé, que l’on convoque les témoins et que les Canadiens [les] entendent. Faire une réunion à huis clos serait chercher à cacher la vérité. Nous voulons de la transparence.

Le député conservateur Pierre Poilievre

Le député bloquiste Rhéal Fortin a quant à lui ajouté que « s’il y a un seul témoin à entendre, c’est bien Jody Wilson-Raybould ».

De leur côté, les libéraux du Comité ont affirmé qu'ils préféraient suivre la procédure parlementaire normale, qui implique une première réunion à huis clos. Ils ont nié toute tentative d'ingérence du bureau de Justin Trudeau dans leur travail.

« Nous sommes indépendants, a fait valoir la députée libérale Iqra Khalid. Nous n'avons été influencés d'aucune façon dans nos délibérations d'aujourd'hui. »

Le député libéral Randy Boissonnault a déploré l'esprit de partisanerie chez ses collègues de l'opposition et a accusé les conservateurs de se livrer à une « chasse aux sorcières ».

Les membres libéraux ont aussi plaidé que le commissaire aux conflits d'intérêts et à l'éthique, Mario Dion, avait déjà accepté de déclencher une enquête.

Le Comité se penchera donc sur le dossier lors d'une prochaine réunion, qui aura lieu mardi prochain.

Des versions différentes

Le porte-parole du Parti conservateur en matière de sécurité publique et de protection civile, Pierre Paul-Hus, a souligné que depuis que les allégations d’ingérence ont fait surface, « le premier ministre a changé sa version des faits à plusieurs reprises ».

« Il [Justin Trudeau] a commencé par nier. Il a ensuite admis que des discussions avaient eu lieu. Puis, par l’intermédiaire de sources anonymes dans des reportages médiatiques, il a sali la réputation de Mme Wilson-Raybould. Il a ensuite fait l’éloge de Mme Wilson-Raybould, disant que sa présence au cabinet parle d’elle-même », a-t-il dit.

Tout a changé hier. Elle [Jody Wilson-Raybould] a démissionné du cabinet et M. Trudeau a de nouveau changé de discours, la blâmant de ne pas dénoncer l’inconduite de son propre bureau.

Le député conservateur Pierre Paul-Hus

Justin Trudeau a dit lundi ne pas comprendre la démission de la ministre des Anciens Combattants, Jody Wilson-Raybould, qui, selon lui, est « incompatible » avec les discussions qu'il a eues avec elle.

M. Trudeau a également dit regretter que l'ex-ministre de la Justice ne lui ait pas fait part personnellement des problèmes qu'elle aurait pu constater dans la gestion du dossier SNC-Lavalin.

« La ministre Wilson-Raybould et moi avons eu une conversation en septembre, dans laquelle j’ai souligné que la décision sur Lavalin, qu’elle devait prendre comme procureure générale, c’était la sienne [...] et que je n’allais pas intervenir ou mettre de la pression sur elle, a déclaré mercredi le premier ministre. Si elle a senti par la suite de la pression, c’était sa responsabilité de venir m’en parler, ce qu’elle n’a pas fait », a-t-il ajouté en précisant que la ministre démissionnaire avait continué de siéger au Conseil des ministres.

Le départ de Jody Wilson-Raybould est survenu un jour après que Justin Trudeau a suggéré, tandis qu'il se trouvait en Colombie-Britannique, que Mme Wilson-Raybould aurait démissionné du Conseil des ministres si elle avait senti qu'elle faisait l'objet de pressions indues.

Peu de temps avant la réunion parlementaire d'urgence, le député conservateur Pierre Paul-Hus a déploré le fait que le président du Comité, Anthony Housefather, ait annoncé qu’il n’appuierait pas la requête de l'opposition.

« Je lui réponds à lui et à tous les membres libéraux du Comité de la justice que la vérité est au-dessus de toute partisanerie. […] Si les libéraux défont ou affaiblissent notre motion de quelque façon que ce soit, ce ne sera rien de moins qu’une admission de culpabilité », a-t-il déclaré.

Par ailleurs, le commissaire fédéral aux conflits d'intérêts et à l'éthique a annoncé qu'il ouvrait une enquête sur des allégations voulant que le gouvernement libéral ait fait pression sur le ministère de la Justice pour aider la firme d'ingénierie dans le cadre des poursuites intentées contre l'entreprise.

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