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Signes religieux : le PQ doit être « très ouvert » à revoir sa position, dit Bérubé

Le chef intérimaire du Parti québécois, Pascal Bérubé, après sa rencontre avec le ministre de l'Immigration, Simon Jolin-Barrette.

Photo : Radio-Canada

François Messier

Un rapprochement entre la Coalition avenir Québec (CAQ) et le Parti québécois (PQ) sur la question du port de signes religieux pourrait être en voie de se dessiner, si l'on en croit les plus récentes déclarations du premier ministre François Legault et du chef péquiste intérimaire Pascal Bérubé.

Ce dernier n’a pas caché, au terme d’une rencontre avec le ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette, mardi, que le projet de loi à venir au cours des prochaines semaines est « une occasion à ne pas manquer », et que son parti « aimerait contribuer au règlement de cette question », quitte à revoir sa position actuelle.

À l’instar de la CAQ, le PQ est en faveur d’une interdiction du port de signes religieux pour les personnes en situation d’autorité (juges, policiers, procureurs, gardiens de prison) et pour les enseignants des écoles primaires et secondaires du secteur public.

Contrairement à la CAQ, il souhaite cependant que l’interdiction soit étendue aux directeurs d’écoles, aux éducatrices des centres de la petite enfance et aux enseignants des écoles privées. Le PQ souhaite aussi une clause protégeant les droits acquis des travailleurs déjà en place, afin que personne ne perde son emploi.

Il y a une occasion à ne pas manquer. Il y a une majorité québécoise qui souhaite qu’on règle ça de façon correcte, en tenant compte de la volonté forte d’avoir une laïcité de l’État.

Pascal Bérubé, chef intérimaire du Parti québécois

Au sortir de sa rencontre avec le ministre Jolin-Barrette, mardi après-midi, Pascal Bérubé a souligné qu’une entente entre son parti et la CAQ permettrait au projet de loi à venir d’avoir l’appui d’une majorité d'électeurs, et non seulement d’une majorité de députés.

« Je vous dirais que c’est quelque chose pour lequel le gouvernement semble sensible. C’est ma perception. Donc, double majorité, de sièges et de population [qui a voté, NDLR] aussi. Et s’il faut éventuellement, à la lumière du projet de loi, revalider nos positions, nous le ferons », a résumé le chef intérimaire du PQ.

Attendons le dépôt du projet de loi, dit Bérubé

M. Bérubé n’a pas manqué de préciser qu’un tel dénouement est « prématuré », puisque le projet de loi n’a pas encore été dévoilé et que les véritables intentions du gouvernement demeurent inconnues. Il défend jusqu’à nouvel ordre les positions adoptées par la formation souverainiste en 2017.

« Je suis quelqu’un qui est responsable, qui sent bien l’opinion publique québécoise, et s’il est nécessaire qu’à la lumière du nouveau contexte – un nouveau gouvernement, une intention législative – il faut revalider nos positions à certains égards, nous le ferons de façon responsable évidemment », a-t-il ajouté.

La situation le commande. C’est un moment historique qu’on va vivre. On peut régler cette question. Et je pense qu’il faut être très ouvert.

Pascal Bérubé, chef intérimaire du Parti québécois

M. Bérubé est demeuré circonspect lorsqu’on lui a demandé de commenter la réaction du ministre Jolin-Barrette face à la position du PQ. « Il en a appris plus sur la nôtre que nous sur la sienne », a-t-il laissé tomber.

Il n’a pu dire non plus si le ministre de l’Immigration est ouvert à une clause protégeant les droits acquis des employés déjà en place. « Ce n’est pas le ministre qui s’épand le plus sur des états d’âme », a-t-il commenté.

À l'Assemblée nationale mercredi matin, M. Bérubé a précisé qu'il n'y avait eu « aucune négociation » avec le ministre Jolin-Barrette, et qu'il n'était « pas clair » que la CAQ cherche à obtenir l'appui de son parti. Il a toutefois maintenu que le gouvernement devrait viser le « plus large consensus possible » sur un sujet aussi sensible, et que le PQ « veut faire partie de la solution ».

« Le PQ semble d'accord avec nous », dit Legault

Interrogé sur cette ouverture du Parti québécois dans un corridor de l'Assemblée nationale, François Legault a répondu tout de go : « Je suis content de voir que le PQ semble d’accord avec nous ». Selon lui, « il commence à se former un véritable consensus au Québec ».

Le premier ministre a précisé qu’il n’a toujours pas tranché le débat en cours au sein du caucus de la CAQ sur le bien-fondé d’assujettir le futur projet de loi sur la laïcité d’une clause protégeant les droits acquis. Ma réflexion « continue de cheminer », a-t-il dit.

« On a écouté le PQ aussi. On sait que le PQ veut une clause de droit acquis. Donc, évidemment, on essaie d’aller chercher un consensus », a-t-il ajouté. « Mais sur le fond, on va aller jusqu’au bout, c’est-à-dire qu’on va interdire les signes religieux pour les personnes en autorité, incluant les enseignants. »

« Chose certaine, si certains partis politiques peuvent se rallier à nous, tant mieux », a pour sa part déclaré Simon Jolin-Barrette, quand on lui a demandé si l'appui d'autres partis est important pour lui. Il s'est montré ouvert à négocier des « modalités » de son futur projet de loi, sans plus.

« Nous, on est allés en campagne avec une position. Les Québécois ont adhéré à cette position. Je pense que c’est important de faire en sorte que la position pour laquelle les Québécois ont voté soit reflétée dans le projet de loi. Je l’ai toujours dit : je vais travailler en collaboration avec les partis d’opposition. Sur certaines modalités, on peut négocier, mais sur le fond, on sera ferme », a-t-il dit.

Barrette et Proulx ont défendu la position du rapport Bouchard-Taylor

Deux députés libéraux, Gaétan Barrette et Sébastien Proulx, ont pour leur part admis qu’ils ont plaidé pour que le Parti libéral adopte la position du rapport Bouchard-Taylor, qui préconisait d’interdire le port de signes religieux chez les seuls employés de l’État en position de coercition (juges, policiers, procureurs, gardiens de prison).

L’information a été révélée mercredi matin par le quotidien La Presse.

« Au Parti libéral, on a des débats internes. Il ne faut pas penser qu’on est monolithique. On a des vrais débats, et lors de notre dernier caucus, on a eu un vrai débat. Et dans ce débat, je me suis exprimé, moi, très clairement », a expliqué M. Barrette.

« Ma position personnelle, en 2014, elle était, compte tenu de l’état de division dans la société québécoise, en faveur d’un compromis qui était Bouchard-Taylor, de l’époque, a-t-il ajouté ensuite. Ce que j’aurais aimé, personnellement, c’est qu’on tourne la page en 2014, 2015, 2016. Aujourd’hui, on est encore là-dedans. »

L'ancien ministre de la Santé dit s’être rallié à la position officielle du parti, qui consiste à s’opposer à toute interdiction du genre.

« Nous avons eu des débats et c’est normal », a pour sa part affirmé Sébastien Proulx. « Au sein d’un parti politique, il y en a tout le temps. J’ai exprimé une position un peu différente, c’est vrai, à l’époque », a-t-il dit.

« C’est un lieu de débats, un parti politique. Je suis toujours surpris d’entendre des gens, notamment des gens des médias, être surpris du fait qu’on puisse discuter dans une formation politique, a-t-il ajouté. Ce n’est pas une dictature, un parti politique. Ce n’est pas un cours magistral. C’est un endroit où il y a des débats, des discussions. Il y en a au Parti libéral, c’est tant mieux, c’est sain. »

Lorsqu’on lui a demandé s’il était convaincu par la position libérale ou s’il s’était rallié, M. Proulx a répondu : « Jusqu’à maintenant, je me suis rallié ».

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