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Un télescope dans l'oeil : première canadienne pour le CHU de Québec

Le Dr Richard Bazin lors de l'opération. Photo: Radio-Canada / Maxime Corneau
Maxime Corneau

Les ophtalmologistes de l'Hôpital du Saint-Sacrement, à Québec, ont réalisé mardi une première canadienne. Ils ont implanté pour la première fois une lentille télescopique novatrice dans l'œil d'une patiente atteinte de dégénérescence maculaire.

On peut entendre une mouche voler dans la salle de chirurgie numéro quatre du Département d’ophtalmologie, bien qu’une dizaine de personnes soient dans la pièce. Le Dr Richard Bazin, un spécialiste de la cornée, a les yeux rivés sur son microscope, dont l’image est retransmise sur grand écran.

Sa patiente est Jacqueline Rioux, une septuagénaire qui a perdu petit à petit la vue depuis 40 ans. Quelques jours avant l'intervention, elle avouait avoir un objectif bien simple pour obtenir le courage d’être la pionnière canadienne pour ce type de chirurgie.

« Mon rêve le plus grand, c’est de voir le visage de mes petits-enfants », disait-elle avec un large sourire, convaincue que son rêve se concrétiserait.

Un télescope dans l'oeil : entrevue avec Richard Bazin

Sa maladie lui a volé près de 90 % de ses capacités visuelles. Elle n’aperçoit que quelques détails en périphérie de son champ de vision.

« C’est comme si, lorsque je fixe quelque chose, il disparaît. Ça fait comme un grand trou gris foncé ou noir et je ne vois pas. »

Une première au Canada

La première canadienne est celle d’installer une lentille télescopique CentraSight. L’entreprise VisionCare a mis au point ce produit qui a été utilisé près de 700 fois aux États-Unis et en Europe.

La lentille CentraSight. Une lentille CentraSight. Photo : Radio-Canada / Maxime Corneau

Le PDG de l’entreprise, Blake D. Michaels, s’est rendu sur place pour le grand jour. Dans le coin de la salle d’opération, il explique que la technique est assez simple à maîtriser pour les chirurgiens d’expérience.

« C’est similaire à l’opération pour traiter les cataractes. Donc, on privilégie les chirurgiens qui ont déjà fait ce type d’opérations. Ce qu’on fait pour les préparer, c’est leur enseigner les petites modifications qu’ils doivent faire à la technique pour les cataractes », précise-t-il.

Opération complexe

Bien que l’apprentissage de la nouvelle technique se fasse naturellement pour le Dr Bazin, il explique que l'intervention n’est pas pour autant banale.

« Maintenant, nos plaies de cataractes mesurent 2,2 millimètres. Avec cette opération-là, on va faire une plaie de 10 millimètres. C’est cinq fois plus », note le chirurgien.

Sur les écrans de la salle d’opération, on peut voir que le docteur manœuvre avec une minutie d’orfèvre. Il insère délicatement le minuscule télescope en lieu et place du cristallin. L’auditoire et le spécialiste ne recommencent à respirer que lorsque la périlleuse manipulation est terminée.

« Mon cœur vient de recommencer à battre », lance le médecin derrière son masque. L’opération est un succès. Ne reste plus qu’à refermer la plaie à l’aide de minuscules points de suture.

La lentille télescopique une fois l'installation terminée. La lentille télescopique une fois l'installation terminée. Photo : Radio-Canada / Maxime corneau

Longue réadaptation

Le combat de Jacqueline Rioux est toutefois loin d’être terminé. Elle devra pendant plusieurs mois apprendre à voir avec son nouvel outil, qu’elle a baptisé son « œil bionique ».

Le Dr Bazin explique que le télescope reproduit l’effet d’une jumelle utilisée sur un seul œil. Le patient doit donc apprivoiser le fait d’avoir un œil malade qui n’aperçoit que la périphérie et un œil qui fait l’effet d’un zoom.

C’est d’ailleurs pour cette raison que le processus de sélection pour l’opération de Mme Rioux a duré près de deux ans.

Des spécialistes se sont assurés qu’elle tolérerait bien l’effet du télescope, et qu’elle avait la détermination nécessaire pour faire une rééducation de plusieurs mois avec des spécialistes de l’Institut de réadaptation en déficience physique de Québec (IRDPQ).

Jacqueline Rioux quelques jours avant l'opération. Jacqueline Rioux quelques jours avant l'opération. Photo : Radio-Canada / Maxime Corneau

Les télescopes comme celui de Jacqueline Rioux coûtent près de 20 000 $. Les coûts de l’opération de mardi n’ont pas été remboursés par la Régie d’assurance maladie du Québec, qui ne couvre pas encore la technique.

Le CHU de Québec a décidé d’en faire une dépense d’innovation afin de présenter le potentiel de la technique pour un jour l’offrir à un plus large public.

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