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chronique

Voici pourquoi vous connaissez Carole King sans le savoir

Une femme chante et joue du piano en même temps.
Carole King, à son piano, lors d'une prestation dans les années 70. Photo: Getty Images / Richard E. Aaron
Philippe Rezzonico

Lorsqu'on passe devant le 1619, boulevard Broadway, à New York, on voit parfois des gens prendre des photos du Brill Building. Normal, puisqu'il s'agit de l'ancienne Mecque de légendaires auteurs et compositeurs, telle Carole King, dont le spectacle hommage Beautiful: The Carole King Musical sera présenté à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts du 12 au 17 février.

Les passants devraient faire la même chose un pâté de maisons plus au nord, face au 1650, boulevard Broadway. C’est en réalité dans cet immeuble que quelques-uns des plus grands duos créatifs des années 1950 et 1960 (on pense notamment à Burt Bacharach et Hal David, à Jerry Leiber et Mike Stoller, à Doc Pomus et Mort Shuman, ainsi qu'à Barry Mann et Cynthia Weil) ont commencé leur carrière avant de s’installer dans le Brill Building.

Vous vous demandez pourquoi aller voir en 2019 un spectacle musical portant sur Carole King, l’auteure-compositrice-interprète de Tapestry (1971)? Peut-être bien parce que vous connaissez bien plus que vous ne le pensez le répertoire de titres légendaires qu’elle a composés avec son mari, Gerry Goffin.

Sarah  Bockel est assise au piano et chante. L'artiste Sarah Bockel dans le rôle de Carole King, à Carnegie Hall. Photo : Joan Marcus

Que ce soit pour la pop, le rock, le rhythm and blues (R'n'B) ou le soul, King et Goffin ont laissé leur marque sur la musique populaire des années 1960 en écrivant des succès à la pelletée, à commencer par un trio de chansons numéro un.

Rien ne leur résistait. Même Aretha Franklin et les Beatles ont chanté du King et Goffin.

Un jour, partie visiter ses parents, Carole King laisse à la maison la partition d’une mélodie indémodable, celle de Will You Love Me Tomorrow (1960), dont Goffin écrira les paroles en un quart d’heure en revenant de sa soirée de quilles. Offerte au groupe The Shirelles, cette chanson deviendra le tout premier numéro un pour une pièce interprétée par un groupe de femmes noires aux États-Unis. Ce succès permettra à la fois à King et à Goffin de laisser tomber leur boulot de jour respectif pour vivre exclusivement de leur plume.

Quatre femmes posent dans un décor blanc.Beverley Lee, Doris Kenner-Jackson, Shirley Alston etAddie 'Micki' Harris du groupe The Shirelles. Photo : Getty Images / Gilles Petard

Il y a aussi eu Take Good Care of My Baby (1961), interprétée par Bobby Vee, qui compte parmi les artistes ayant eu droit à au moins une demi-douzaine de compositions du duo King-Goffin. Du nombre, cette pièce a été le plus gros succès. Elle a d’ailleurs été reprise au Québec en français par un certain Pierre Lalonde (Aime-la comme je l’aime).

D’abord écrite pour Dee Dee Sharp, qui la refuse, la chanson The Loco-Motion a finalement été enregistré par Little Eva en 1962. Fait rarissime, elle a aussi été un numéro un en 1974, interprétée par Grand Funk Railroad, et en 1988 par Kylie Minogue (en Australie).

Destinée à Bobby Vee, la chanson It Might as Well Rain Until September (1962) ne devait pas être enregistrée par Carole King, qui n’en avait fait qu’une maquette. La pièce a décroché une modeste vingt-deuxième position au palmarès américain, certes, mais une excellente troisième position en Angleterre, et est devenue ainsi le premier succès de King en solo.

Si Little Eva a enregistré Up on the Roof (1962), ce sont The Drifters qui en ont fait la version la plus connue. Avec This Magic Moment, cette chanson est peut-être la plus belle jamais interprétée par le groupe.

Enregistrée par The Everly Brothers, mais jamais mise en marché, Chains (1962) a été un bon petit succès pour The Cookies, le groupe de choristes de Little Eva. Cela dit, c’est plutôt quand les Beatles ont enregistré la chanson pour leur premier album britannique (Please Please Me, 1963) que le chèque de droits d’auteur de King et Goffin a dû sensiblement gonfler.

Une photo en couleurs des années 1960 montre les Beatles en complet noir pendant une performance.Les Beatles ont eu des succès en allemand avec Komm, gib mir deine Hand (I Want to Hold Your Hand), et Sie liebt dich (She Loves You). Photo : Getty Images

Puis, numéro un pour Steve Lawrence en janvier 1963, Go Away Little Girl (1962) a aussi fait monter Donny Osmond au sommet du palmarès en 1971. Quand c’est bon un jour, c’est bon pour toujours.

Parfois, une chanson n’a pas besoin d’être un numéro un radiophonique pour entrer dans la légende. C’est le cas de ce monument associé à Aretha Franklin, (You Make Me Feel Like) A Natural Woman (1967), coécrit par King et Goffin avec l’aide de Jerry Wexler, qui est l’un des chefs-d’œuvre du répertoire de la reine du soul.

Voici ici une version interprétée par l'auteure elle-même.

Compositrice émérite de mélodies fabuleuses et d’arrangements somptueux, Carole King a également obtenu une reconnaissance mondiale de plein droit en tant qu’auteure-compositrice-interprète au début des années 1970 avec les succès de son album Tapestry, vendu à plus de 25 millions d’exemplaires à ce jour.

Ce succès est entre autres attribuable à It’s Too Late (1971), une ballade de rupture dans laquelle une femme quitte son homme pour aller atteindre le sommet du palmarès américain.

Carole King a déjà dit que l’inspiration de You’ve Got a Friend (1971) était venue d’une réaction à une phrase de Fire and Rain, de James Taylor. Comme King (Tapestry) et Taylor (Mud Slide Slim and the Blue Horizon) ont enregistré leurs albums respectifs dans le même studio, ils ont tous deux fait une version de la chanson. C’est toutefois la version de Taylor qui a eu droit à un 45 tours et à un numéro un au palmarès.

L’universalité du thème et la beauté de la mélodie font que ce titre phare du répertoire de King n’a pas pris une ride depuis sa naissance.

Ce sont ces chansons qui forment l’essentiel de Beautiful: The Carole King Musical.

Présenté pour une première fois en octobre 2013 à San Francisco, le spectacle a depuis été vu à Broadway (New York) ainsi que dans le West End (Londres), et a été présenté en tournée aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Australie et au Japon.

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