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Les maisons de type « shoebox » désormais protégées dans Rosemont, mais pas partout

Une maison de type « shoebox » typiquement montréalaise, sise entre deux bâtiments plus imposants.

Des maisons comme celle-ci, il en reste de moins en moins à Montréal.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Jérôme Labbé

L'arrondissement de Rosemont–La Petite Patrie a finalement adopté son projet de règlement visant à protéger les maisons de type « boîtes à chaussures ». Une pétition de propriétaires mécontents l'obligera toutefois à ouvrir des registres de signatures dans 39 zones où certaines dispositions du règlement sont contestées. Une série de référendums pourraient théoriquement s'ensuivre. Mais le maire Croteau promet de ne pas s'opposer à la volonté des citoyens.

Elles sont toutes petites – parfois blotties entre deux bâtiments plus imposants – et reconnaissables à leur toit plat, leur étage unique, leur symétrie et leur galerie surplombée d'une marquise : les « shoebox », ces maisons qui rappellent vaguement une « boîte à chaussure », construites au début du siècle dernier pour héberger les ouvriers des quartiers francophones de Montréal. Un petit morceau de patrimoine, en quelque sorte, qui s'envole peu à peu.

Des maisons comme celles-là, il n'en reste plus que 561 dans l'arrondissement Rosemont–La Petite Patrie, selon une recension effectuée l'été dernier. Et c'est pour les protéger que l'administration du maire François W. Croteau (Projet Montréal) a souhaité imposer un nouveau règlement, craignant qu'elles ne disparaissent progressivement du paysage pour faire place à des habitations plus élevées, plus denses.

Après avoir imposé un moratoire sur la démolition des maisons de type « shoebox », après en avoir discuté à plusieurs reprises à la mairie d'arrondissement et après avoir tenu une consultation publique sur le sujet, le conseil a finalement adopté à l'unanimité un projet de règlement lundi soir pour protéger ces maisons et « assurer une meilleure intégration des transformations au cadre bâti existant », dixit le communiqué de l'arrondissement.

Ce règlement introduit de nouveaux critères d'évaluation en vue de la démolition d'une maison de type « shoebox ». Il impose en outre des règles plus strictes à ceux et celles qui souhaiteraient moderniser ce genre de maisons, en fixant par exemple des limites à la construction d'une mezzanine sur le toit ou en obligeant les propriétaires des « shoebox » ayant une valeur architecturale plus élevée à refaire la façade avec des composantes d'origine.

Le nouveau règlement ne s'appliquera toutefois pas partout. Du moins pas intégralement, puisque grâce à une pétition ayant récolté 900 signatures, des propriétaires mécontents ont réussi à obtenir le sursis de certains articles dans 39 zones définies par le Règlement d'urbanisme de l'arrondissement. L'équivalent chacune d'un pâté de maisons.

Tiendra-t-on vraiment 39 référendums?

Les modalités des registres qui seront mis en place n'ont pas encore été dévoilées par l'arrondissement. Mais la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme prévoit grosso modo qu'un référendum devrait être tenu dans chaque zone si au moins 10 % de ceux qui y habitent se déplacent à la mairie pour signer le registre. En théorie, donc, pas moins de 39 référendums pourraient être tenus si la population en fait la demande.

Ce ne sera pas le cas. En entrevue à Radio-Canada, le maire Croteau a confié qu'il ne s'opposera pas à la volonté populaire.

Vous comprendrez qu'au coût de 80 000 $ par référendum, par zone, ce n'est pas une option de notre côté.

François W. Croteau, maire de l'arrondissement Rosemont–La Petite Patrie

« Si les citoyens demandent de tenir un référendum, nous allons tout simplement retirer ces articles du règlement de cette zone », a-t-il expliqué.

Cela étant dit, M. Croteau prévient que les articles contestés sont parmi les plus importants de la nouvelle réglementation, puisqu'ils concernent la hauteur des bâtiments et le nombre de logements autorisés dans chacun d'eux. Or, ces dispositions ont été ajoutées afin de « contrer la spéculation immobilière », souligne-t-il. Sans elles, certains propriétaires pourraient construire en toute légalité des bâtiments pouvant accueillir jusqu'à huit unités d'habitation, avertit le maire.

Des projets « anéantis »

Sur la page Facebook des « Propriétaires de shoebox de Rosemont–La Petite-Patrie », ceux-ci évaluent que les 39 zones identifiées regroupent pas moins de 72 % de toutes les maisons visées par le nouveau règlement. Ils estiment donc que ce dernier ne s'applique intégralement qu'à 28 % des maisons de type « shoebox » de Rosemont–La Petite Patrie pour le moment – un calcul validé par le maire Croteau en personne.

Dans un communiqué rédigé cette semaine, les propriétaires mécontents disent avoir « le sentiment de n’avoir jamais été entendus » et évoquent un règlement « bricolé », « qui présente encore d’importantes incohérences », adopté sous le coup d’une urgence « inexplicable ».

« Des propriétaires voient les projets qu’ils nourrissent depuis plusieurs années être complètement anéantis, et certaines familles vont devoir reconsidérer leur choix de demeurer dans le quartier, parce qu’elles n’auront pas les moyens de répondre à la fois à leurs besoins et aux nouvelles exigences réglementaires », ajoutent-ils.

Le groupe reconnaît toutefois que le Règlement d'urbanisme de l'arrondissement « intégrera maintenant une définition des shoebox », ce qui n'était pas le cas jusqu'à maintenant.

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