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Le toit du stade olympique est « un tas de ferraille », dénonce son architecte

Un homme debout.
Roger Taillibert regrette de ne pas être consulté pour le remplacement de la toile du stade olympique. Photo: La Presse canadienne / Graham Hughes
Romain Schué

En colère contre la Régie des installations olympiques (RIO), à qui il reproche de ne pas utiliser ses plans initiaux pour changer « la toile pourrie » actuelle, l'architecte Roger Taillibert, qui a conçu le stade olympique de Montréal, dénonce le manque de considérations à son égard. Et il regrette la sous-utilisation de cet ouvrage « exceptionnel ».

Ce stade est « matraqué par des gens qui n’y connaissent rien », confie Roger Taillibert.

« Je crois que cet ouvrage est exceptionnel, connu dans le monde entier. Mais il est bricolé par quelques rigolos. [...] On a trouvé le moyen, petit à petit, de tout gaspiller », ajoute-t-il.

Au bout du fil, installé à Paris, le célèbre architecte aujourd'hui âgé de 93 ans est fâché contre les dernières décisions prises par la RIO. Alors que cette dernière prévoit finalement de remplacer la toiture actuelle en 2024, le concepteur du stade olympique paraît interloqué.

« Pourquoi attendre? Ça peut se faire en un an et demi quand on connaît les calculs de l’opération », avance-t-il, affirmant que « tout a été fait de façon exceptionnelle ».

« Les calculs, la création de cet ouvrage, c’est une conception d’origine. Tant qu’on la changera, on n’arrivera à rien », reprend-il, en faisant référence aux deux premières toiles mises en place en 1987 par SNC-Lavalin, puis par le consortium américain Birdair-RSW en 1998.

C’est un stade exceptionnel au point de vue de la construction. C’est reconnu dans le monde entier. Il n’y a aucun doute à avoir sur cette construction, quand on la suit bien et qu’on la respecte bien.

Roger Taillibert, architecte du stade olympique

Au téléphone, Roger Taillibert, qui défend son stade depuis de longues années, insiste. Il n’aurait « jamais » été contacté pour mettre en place son projet initial. « Ils ne respectent pas le droit d’auteur. Tout ce qui est fait [sur le stade], je n’ai vu aucun plan. On fait venir d’autres architectes », souligne-t-il.

Il propose ses services pour changer la toile

La double toile qui couvre actuellement le stade olympique est particulièrement dans le viseur de celui qui a également construit le Parc des Princes à Paris et a contribué à la rénovation du Khalifa international stadium, au Qatar, qui accueillera des rencontres de la Coupe du monde de soccer en 2022.

« Quand je vous ai vu, comme un malheureux prisonnier, vous promener dans ce tas de ferraille qu’est la toiture, j’avais honte pour vous d’être là-dedans. C’est n’importe quoi », mentionne-t-il, en référence au reportage réalisé par Radio-Canada pour évoquer la révision de l’échéancier et l’explosion du nombre de déchirures.

Photo de l'espace entre les deux toiles du Stade olympique.Des employés doivent parfois travailler entre les deux toiles pour effectuer des réparations. Photo : Radio-Canada / Martin Ouellet-Diotte

Faire appel à de nouvelles firmes d'ingénierie et d’architecture pour étudier la possibilité d’une toile souple, avec une partie démontable, agace Roger Taillibert. Selon l’architecte français, malgré les références de ses confrères, rien ne changera.

« Vous pouvez appeler n’importe qui. Ce n’est pas en allant appeler à New York, au Bahreïn ou à Hambourg pour trouver des Allemands [la firme Schlaich Bergermann Partner] qu’[une solution sera trouvée]. Ils ne connaissent pas le problème. Ils n’ont pas participé aux calculs du stade », commente-t-il, avant de lancer un appel à la ministre Caroline Proulx, responsable du Parc olympique.

« Il y a une toiture mobile repliable qui existe sur ce stade, qui a été prévue depuis le début et qui existe toujours. Je suis prêt à aider [la ministre], à lui dire comment faire une toiture mobile repliable », reprend-il.

La toiture adéquate « est dans mes bureaux », dit Taillibert

Aucun autre type de toit ne fonctionnera, jure-t-il. « Le calcul de la structure du stade est fait pour avoir une toiture légère et repliable. Une toiture fixe va prendre tout le poids de la neige », détaille-t-il.

Il existe une toiture qui résiste à la neige et à tous les poids de neige. Ça existe. Elle est repliable. Elle est dans mes bureaux. Ce stade est quand même exceptionnel, mais tant qu’on continuera de l'abîmer, il perdra de sa valeur. C’est tout.

Roger Taillibert, architecte du stade olympique

« J’ai tous les échantillons chez moi. Depuis que j’ai ouvert le stade, je n’ai pas cessé de chercher des produits nouveaux, des câbles nouveaux, une mécanique nouvelle. Tout ça est au point », précise-t-il, tout en faisant part de son regret qu’aucun grand événement international n’ait été organisé depuis les Jeux olympiques de 1976.

« C’est incroyable. Tous les ans, il devrait y avoir un événement sportif, reprend-il. Il n’y a pas de gazon, pas de lumière. Actuellement, on ne peut pas jouer dans ce stade. Rien n'a été fait correctement. Tout a été abîmé. »

Des gens marche devant le Stade olympique de Montréal.Agrandir l’imageLe stade olympique a été imaginé par Roger Taillibert pour l'organisation des Jeux olympiques en 1976. Photo : Radio-Canada / Martin Ouellet-Diotte

« On a dépensé beaucoup, ça c’est vrai »

Ce stade serait désormais « un hangar », regrette-t-il, en prenant le temps de choisir ses mots.

Son rêve, dit-il, aurait été « de former les jeunes » dans cette enceinte, grâce à « une fonction académique » de son installation, comme il a eu l'occasion de le faire avec l'Aspire Academy de Doha, un centre d'excellence sportive qui regroupe des centaines d'athlètes.

Selon lui, les sportifs canadiens ont pâti du manque de vision pour les infrastructures du Parc olympique. Les mésaventures entourant ce toit, qui ont rendu quasiment impossible l'organisation de compétitions dans ce stade durant l'hiver, auraient nui à l'amélioration du sport professionnel, détaille-t-il.

« Les jeunes de ce pays ne se sont pas révoltés. Ils ont accepté. On leur a dit qu’on a dépensé beaucoup d’argent. Je crois qu’on a dépensé beaucoup, ça c’est vrai. Mais pas pour le stade. Pour d’autres choses », énumère-t-il, jurant avoir déjà « tout dit » et « tout écrit » sur ce sujet.

La RIO « comprend la déception » de Roger Taillibert

En réaction à ces propos, la RIO, qui dit s'entretenir « régulièrement » avec Roger Taillibert, a indiqué « comprendre la déception de M. Taillibert concernant la longue saga entourant le toit ».

La RIO reconnaît que les installations qu'il a réalisées sont « une oeuvre architecturale magistrale ». Cependant, elle affirme « prendre la meilleure décision » en s'entourant « de firmes d'ingénierie et d'architecture de réputation mondiale » afin de « faire de ce projet une réussite », tout en précisant que la rétractabilité imaginée par Roger Taillibert ne se fera pas.

« La toiture rétractable en kevlar conçue par M. Taillibert n'a jamais été reprise ou reproduite en 42 ans, par aucun autre architecte de par le monde, ceux-ci jugeant trop risqué ce concept prototypal », explique la RIO par voie de communiqué.

Cette dernière invite par ailleurs toutes les firmes intéressées « à soumettre leur candidature ». « La priorité pour la RIO, c’est d’avoir un toit fonctionnel afin de maximiser l’utilisation du stade olympique 365 jours par année », mentionne l'organisme public.

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