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Deux récréations de 20 minutes pour les écoliers du primaire dès l'automne prochain

Des élèves de l'école primaire Montagnac, à Lac-Beauport, s'amusent dans un module de jeu pendant une récréation. Photo: Radio-Canada
François Messier

Toutes les écoles primaires du Québec devront offrir deux récréations d'une durée minimale de 20 minutes chacune dès l'automne prochain, a annoncé mardi le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge. Les commissions scolaires et des syndiqués de l'enseignement y voient un objectif louable, mais s'interrogent sur l'impact de cette mesure.

L'obligation d'offrir deux récréations de 20 minutes chacune sera confirmée par une modification au Régime pédagogique, qui définit les services éducatifs qui doivent être offerts aux écoliers du Québec, a indiqué le ministre Roberge lors d'une conférence de presse à l'École primaire Montagnac, à Lac-Beauport.

À l’heure actuelle, le Régime pédagogique ne précise pas la durée des récréations; il indique simplement que « l’élève de l’enseignement primaire bénéficie d’une période de détente le matin et l’après-midi ».

Permettre aux enfants de jouer librement et d'être actifs physiquement favorise le développement global, la santé et la réussite scolaire des élèves du primaire, a fait valoir le ministre.

« Les effets bénéfiques des récréations sont connus, sont documentés. Elles permettent aux élèves d’être actifs physiquement, de passer du temps dehors, de s’aérer le cerveau, de contribuer à la création d’un climat scolaire qui est sain et qui plaît », a-t-il dit.

« Ça permet aussi aux professeurs de prendre une petite pause et d’échanger avec des élèves dans des contextes qui sont différents. »

On vient mettre un minimum, pour garantir 40 minutes de récréation par jour. Deux fois 20 minutes. C’est une avancée importante.

Jean-François Roberge, ministre de l'Éducation du Québec

« Il ne fait aucun doute pour moi que des récréations d’au moins 20 minutes favoriseront la mémoire, l’attention des enfants, sans parler de leur motivation et de leur plaisir d’aller à l’école », a renchéri la ministre déléguée à l'Éducation, Isabelle Charest.

« Par ailleurs, cela constitue un pas de plus vers l’atteinte de l’objectif recommandé de faire au minimum 60 minutes d’activité physique par jour », a-t-elle ajouté, avant de préciser qu'un enfant sur trois n'atteint pas ce seuil à l'heure actuelle.

Jean-François Roberge et Isabelle Charest ont un ballon de basketball dans les mains dans un gymnase.Les ministres Jean-François Roberge et Isabelle Charest ont brièvement joué au basketball après leur conférence de presse. Photo : Radio-Canada

Une mesure à coût nul, assure le ministre Roberge

La décision du gouvernement s'appuie notamment sur un sondage effectué en 2017 par la Coalition québécoise sur la problématique du poids et la Fédération des comités de parents du Québec.

L'exercice avait révélé que 40 % des écoles primaires du Québec offraient moins de 30 minutes de récréation aux enfants, et qu'une école sur cinq n'offrait aucune récréation à l’extérieur en après-midi.

Ça ne bouge pas assez dans nos écoles primaires. [...] Avec deux fois 20 minutes, le matin et en après-midi, on est sûrs que tous les élèves vont bouger suffisamment. C’est de 50 minutes à 2 heures d’activité physique qu’on rajoute pour nos écoles primaires, par semaine.

Jean-François Roberge, ministre de l'Éducation du Québec

Selon le ministre Roberge, cette mesure n'entraînera « aucun coût » supplémentaire. « Ça rentre dans la tâche des enseignants. C’est une répartition différente du temps de présence [devant] élèves. Ça se fait dans le cadre des conventions collectives », a-t-il assuré.

Il a toutefois convenu que certaines écoles devront modifier leur horaire pour répondre aux nouvelles exigences.

Interrogé sur la situation des écoles qui annulent des récréations en raison de l'état des cours de récréation, souvent glacées, le ministre de l'Éducation s'est contenté de dire que son gouvernement débloquera bientôt de l'argent pour « le réaménagement et l'entretien » de leur terrain.

Une mesure qui pourrait coûter de l'argent, selon les commissions scolaires

Invités à réagir à l'annonce, la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ) et la Fédération des syndicats de l'enseignement, qui regroupe 35 syndicats de commissions scolaires francophones, ont toutes deux souligné d'entrée de jeu que l'objectif de Québec est louable.

« On salue le souci qu’a le ministre du bien-être des enfants. Personne ne va être contre l’idée que les enfants aillent plus dehors, contre cette dimension du bien-être de l’enfant, de la disposition à l’apprentissage, de l’importance de jouer dehors », affirme le président de la FCSQ, Alain Fortier.

« C'est très louable, on ne peut pas être contre ça, faire bouger nos enfants, pour qu’ils soient bien. C’est sain même », a indiqué pour sa part la présidente de la FSE, Josée Scalabrini.

Les deux dirigeants s'interrogent tout de même sur l'impact que ces récréations allongées, voire ajoutées dans le cas de certaines écoles, auront sur l'organisation du transport scolaire, et sur les tâches des enseignants.

« Je pense que ça va être plus facile pour les écoles qui ont besoin d’étirer microscopiquement leur récréation en après-midi, parce qu’il y en avait déjà une, mais ça risque d’être un peu plus complexe pour les écoles où il n’y avait pas de récréation en après-midi », résume M. Fortier.

Le choix d'offrir ou non ces récréations relève des écoles, indique-t-il, mais les commissions scolaires tiennent compte de ces choix pour « maximiser l'organisation du transport scolaire pour que ça coûte le moins cher possible ».

Or, cette organisation risque d'être bousculée si des écoles décident d'allonger la durée d'une journée de 20 minutes pour répondre à la nouvelle exigence. Une autre possibilité pourrait être de réduire le temps consacré au dîner.

C’est comme si on avait un salon bien aménagé, et qu’on vient de s’acheter un super bon fauteuil confortable qu’on veut mettre dans le salon; il faut peut-être réfléchir à l’impact de ce super beau fauteuil qu’on installe dans notre salon, qui était déjà bien plein.

Alain Fortier, président de la Fédération des commissions scolaires du Québec

« On n’inventera pas de minutes. Un enseignant travaille 300 minutes par jour. Si je décide de mettre ce 20 minutes, bien, on le prend où? Est-ce qu’on le prend dans sa tâche d’enseignement? J’en doute », se demande-t-il. « Est-ce qu’on le prend dans son temps individuel d’accompagnement, de récupération ou bien dans son temps personnel? [Dans ce cas] il va falloir travailler avec les différents groupes qui sont “impactés” par cette mesure. »

Dans les écoles où il n'y a pas de récréation en après-midi, une décision qui s'explique souvent par le fait que cette portion de la journée est plus courte, il pourrait par ailleurs être difficile d'en implanter une sans que cela n'entraîne de coûts supplémentaires, ajoute Alain Fortier.

« Du moment où on va toucher aux contrats de transport scolaire, c’est difficile de penser que ça va être à coût nul. Du moment où on va étirer la journée, c’est difficile de penser que ça va être à coût nul », souligne-t-il.

« À quand une vision globale de l'éducation? »

Josée Scalabrini déplore pour sa part que le ministre de l'Éducation n'ait pas consulté les syndicats de l'enseignement avant de faire son annonce, lui qui dit vouloir favoriser le développement global des enfants.

« Moi, j’ai envie de dire :“à quand une vision globale de l’éducation?” », rétorque-t-elle. « Ça semble être seulement un cinq minutes en avant-midi, un cinq minutes en après-midi, mais ça représente beaucoup plus que ça pour les enseignants. Parce que quand on est en récréation, on n’est pas en apprentissage ou en train de donner les services en appui à l'apprentissage. »

Selon la cheffe syndicale, il serait temps que le ministère prescrive non seulement du temps pour les récréations, mais aussi pour l'enseignement des matières de base.

« Depuis des années, la FSE réclame, au moins pour les matières obligatoires, un temps minimum prescrit. Dans les cours obligatoires – français, mathématiques, sciences – présentement, il n’existe pas de temps obligatoire prescrit. Ça appartient à chacun des conseils d’établissement de déterminer le temps qui sera donné pour chacune des matières, ce qui est complètement inacceptable », affirme-t-elle.

« Dans les deux dernières années, les deux seuls endroits où on a fait une prescription [pour] du temps à l’école, c’est dans le contenu de l’éducation à la sexualité […] et pour les récréations », ajoute la cheffe syndicale.

Selon Josée Scalabrini, les enseignants ont pris note que la CAQ s'est engagée à valoriser leur profession, mais attendent encore d'en voir des effets concrets.

Qu’est-ce que [le ministre] n’a pas compris dans le fait que ce qui valorise les enseignants, c’est d’être associé aux décisions, d’être partie prenante des changements qui arrivent dans nos écoles?

Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l'enseignement

La Coalition québécoise sur la problématique du poids a pour sa part indiqué sur Twitter qu'elle se réjouit de cette annonce « qui vise l’égalité des chances de grandir en santé et de réussir ».

« Le fait de voir des inégalités d’une école à l’autre [faisait en sorte que] pour nous, la voie réglementaire devenait la meilleure voie de passage pour forcer un peu l’application de cette mesure » a commenté sa directrice, Corinne Voyer, qui était présente à l'École Montagnac pour l'annonce.

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