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La Chine et l'Inde contribuent le plus au verdissement de la Terre

Plan large en contre-plongée montrant des centaines d'arbres.
Une forêt de bambous, dans la province de Zhejiang, dans l'est de la Chine. Photo: Getty Images / AFP/Johannes Eisele
Bernard Barbeau

Les zones forestières et agricoles couvrent aujourd'hui une plus grande superficie qu'il y a une vingtaine d'années sur l'ensemble de la planète, selon l'étude de données colligées par des satellites de la NASA. Surprise : la Chine et l'Inde, deux pays parmi ceux qui produisent le plus de gaz à effet de serre (GES), sont aussi ceux qui font le plus d'efforts de verdissement.

Globalement, les superficies couvertes de plantes et d’arbres ont augmenté d'environ 5 % depuis le début des années 2000.

En moins d'une vingtaine d’années, la planète a ainsi gagné, en zones vertes, l’équivalent de la forêt tropicale amazonienne, surnommée le « poumon de la Terre » – une appellation qui conviendrait toutefois mieux aux océans, a signalé François Huot, docteur en géosciences marines et ancien professeur à l'Université Laval, puisque ce sont eux qui, « par l’activité du phytoplancton (piégeage du CO2 et production de l’oxygène) et la séquestration du carbone dans les sédiments », contribuent le plus à rétablir l'équilibre entre oxygène et gaz carbonique (CO2).

Une équipe internationale de chercheurs, dont les travaux ont été publiés cette semaine dans Nature Sustainability, a établi que la végétation mondiale s'étend au rythme de 2,3 % par décennie, une progression moyenne annuelle de plus de 5 millions de kilomètres carrés.

Cependant, ce gain ne compense pas les dommages causés par la perte de végétation naturelle dans les régions tropicales, comme au Brésil et en Indonésie. La biodiversité de ces importants écosystèmes reste hautement menacée.



« La Chine et l'Inde sont responsables du tiers du verdissement [planétaire], alors que ces pays ne représentent que 9 % de la superficie de la planète couverte de végétation », a souligné Chi Chen, doctorant à l'Université de Boston, auteur principal de l'étude.

C'est une découverte surprenante, compte tenu de la dégradation des sols due à la surexploitation dans les pays très peuplés.

Chi Chen, doctorant à l'Université de Boston

Des programmes ambitieux de plantation d'arbres en Chine et une agriculture intensive dans les deux pays expliquent en bonne partie ces résultats.

C’est donc – autre information qui peut surprendre – l’activité humaine qui est responsable de cette amélioration. Celle-ci n'aurait pas été si importante si la nature avait été laissée à elle-même.

Le député fédéral Maxime Bernier, chef du Parti populaire, a tenu à souligner ce fait en affirmant sur Twitter que « nos éco-catastrophistes ne vont pas aimer » cette nouvelle.

« La Terre est plus verte non seulement à cause du climat plus chaud et humide et de la fertilisation en CO2, mais surtout (horreur!) de l’activité HUMAINE! », a soutenu M. Bernier dans son tweet. « Plus besoin de détruire la civilisation pour la sauver! »

Mais même si le couvert végétal gagne effectivement du terrain à l'échelle planétaire, et ce, en bonne partie grâce aux efforts des gouvernements, il le fait à un rythme qui ne suffit pas à compenser les émissions de GES, loin de là.

Carte montrant des zones plus vertes.Le verdissement observé de 2000 à 2017 en Asie. Photo : NASA

En Chine, 42 % du verdissement vient des programmes de conservation et d’expansion des forêts, qui visent à réduire les impacts de l'érosion des sols, de la pollution atmosphérique et des changements climatiques. Des milliers de Chinois meurent chaque jour de troubles de santé causés par l'air extrêmement pollué de leur pays.

Des initiatives de reboisement visant à améliorer la qualité de l'air se multiplient également en Inde. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), 11 des 12 villes où l'on respire le plus mal au monde s'y trouvent.

L’agriculture est responsable d’une autre tranche appréciable du verdissement, soit 32 %.

En Inde comme en Chine, la production de céréales, de fruits et de légumes a augmenté de près de 40 % depuis 2000, une hausse rendue nécessaire par la croissance de populations déjà très nombreuses. D'ailleurs, le verdissement de l'Inde provient à 82 % de l’agriculture.

Il leur faudra toutefois éviter d'épuiser leurs terres agricoles. Il s'agit d'une ressource renouvelable, mais l'humanité a tendance à abuser des qualités nourricières du sol en l'exploitant plus vite que celles-ci n'arrivent à se régénérer.

La couverture foliaire de la Chine progresse à un rythme de 10,5 % par décennie, comparativement à 6,5 % pour l’Inde, à 4,6 % pour l’Union européenne prise dans son ensemble, à 4,2 % pour le Canada, à 2,7 % pour les États-Unis et à 2,4 % pour le Mexique.

Carte montrant des zones plus vertes.Le verdissement observé de 2000 à 2017 en Amérique du Nord. Photo : NASA

Le feu et les insectes

Au Canada, « le verdissement vient de l'agriculture et de la repousse des forêts boréales », a indiqué Chi Chen dans un courriel.

Près des trois quarts des forêts du pays se trouvent dans la zone boréale, d'après le ministère des Ressources naturelles. C'est 270 million d'hectares de forêt sur une aire totale de 522 millions d'hectares.

Mais il y a aussi un brunissement [c'est-à-dire un recul de la végétation] causé par des incendies dans la forêt boréale et des infestations d'insectes.

Chi Chen, doctorant à l'Université de Boston

Les arbres et les plantes ne font pas qu'absorber du carbone et produire de l'oxygène. C'est bien ce que permet généralement la photosynthèse : le jour, exposée à la lumière, une plante émet plus d'oxygène qu'elle n'en consomme. Mais pendant la nuit, ce processus s'arrête et la plante ne fait que respirer et dégager du gaz carbonique. Et lorsqu'elle meurt et se décompose, elle dégage encore du carbone. Malgré tout cela, les plantes finissent habituellement par générer un peu plus d'oxygène que de carbone.

Toutefois, dans les forêts canadiennes, pour chacune des 15 dernières années, il s'est dégagé plus de GES que ce que la photosynthèse a pu contrer, selon les ministères des Ressources naturelles et de l'Environnement.

En 2015 – une année record en ce qui a trait aux incendies –, les forêts aménagées du pays (le tiers des forêts canadiennes ne le sont pas) ont rejeté dans l'atmosphère 237 mégatonnes de plus de dioxyde de carbone (CO2) qu'elles n'en avaient absorbé. L'année suivante, c'était 78 mégatonnes.

Des données qui soulignent à grands traits l'importance de gérer le mieux possible les ressources forestières.

Pourtant, les émissions des forêts, comme celles provenant des autres zones vertes, ne sont pas incluses dans la moyenne annuelle officielle canadienne, qui est d'environ 700 mégatonnes de CO2.

Les accords internationaux par lesquels le Canada s'est engagé à réduire ses émissions de GES lui permettent d'exclure du total officiel celles provenant des forêts, milieux humides et terres agricoles. Il ne s'en est pas privé.

Par ailleurs, « l'exploitation forestière, les incendies de forêt et les infestations d’insectes ne mènent pas au déboisement, parce que les forêts se régénèrent dans les secteurs touchés », souligne le ministère des Ressources naturelles sur son site web. Il mentionne aussi que « bien que la conversion de forêts en terres agricoles diminue, elle n’en demeure pas moins la principale responsable du déboisement au Canada ».

Une image du satellite Aqua générée par ordinateur.Agrandir l’imageLancé en 2002, Aqua est l'un des deux satellites équipés du MODIS. L'autre est Terra, en orbite depuis 1999. Photo : NASA

Observation par satellite

C’est au milieu des années 1990 qu’un autre chercheur de l'Université de Boston, Ranga Myneni, a constaté pour la première fois que la végétation semblait progresser à certains endroits dans le monde. Ses collègues et lui n’étaient cependant pas en mesure de dire si l’activité humaine était en cause.

« Lorsque le verdissement de la Terre a été observé pour la première fois, nous avons pensé qu’il était dû à un climat plus chaud et plus humide et à la fertilisation résultant de l’ajout de dioxyde de carbone dans l’atmosphère, entraînant par exemple une plus grande croissance des feuilles dans les forêts du Nord », a expliqué dans un communiqué Rama Nemani, du centre de recherche Ames de la NASA, à Silicon Valley, en Californie, coauteur de la nouvelle étude.

« Maintenant, avec les données des MODIS qui nous permettent de comprendre le phénomène à très petite échelle, nous voyons que les humains y contribuent également », a-t-il ajouté.

Les nouvelles observations ont été rendues possibles grâce à des instruments installés dans deux satellites de la NASA en orbite à 700 kilomètres d’altitude : des spectroradiomètres à imagerie de résolution moyenne (moderate-resolution imaging spectroradiometer – MODIS). Ces appareils ont été conçus pour étudier des phénomènes comme les changements survenant dans l’atmosphère, dans les océans ou au sol.

En prenant une image de chaque recoin de la planète tous les jours ou tous les deux jours depuis une vingtaine d'années, les MODIS ont permis aux chercheurs d’examiner l’évolution de la végétation comme jamais auparavant.

Avec des informations de Robson Fletcher, de CBC News

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