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Une Torontoise à la direction du Musée des beaux-arts du Canada

Une femme aux cheveux tirés vers l'arrière fixe la caméra.
Alexandra Suda Photo: Courtoisie Craig Boyko
Kevin Sweet
Philippe-Vincent Foisy

L'Ontarienne Alexandra Suda deviendra la quatrième femme à prendre la tête du Musée des beaux-arts du Canada (MBAC) depuis sa création en 1880, selon ce qu'a appris Radio-Canada.

Mme Suda, qui s'exprime dans un français qualifié de « fonctionnel », a commencé sa carrière au Metropolitan Museum of Art de New York et dirige actuellement une équipe en tant que conservatrice de l'art européen au Musée des beaux-arts de l'Ontario (AGO).

Surnommée Sasha, Alexandra Suda est originaire d'Orillia, elle a grandi à Toronto et a fait ses études universitaires aux États-Unis. Elle est diplômée de l'Université de Princeton, une prestigieuse institution au New Jersey, et détient un doctorat de l'Institut des beaux-arts de l'Université de New York.

Selon une source gouvernementale, Mme Suda arrive en poste avec des « idées rafraîchissantes » pour assurer le « renouveau » et une « transformation du musée ».

Je suis convaincu qu'elle dirigera dans le respect des plus hautes normes grâce à son talent exceptionnel et que la population canadienne éprouvera de la fierté à l'égard de cet établissement artistique national.

Pablo Rodriguez, ministre du Patrimoine canadien et du Multiculturalisme

Cette nomination à la barre de l'établissement national réjouit Diana Nemiroff, qui a été conservatrice au MBAC de 1984 à 2005. Mme Nemiroff travaille actuellement sur un livre portant sur les femmes gestionnaires au sein du MBAC.

Diana Nemiroff est assise sur un canapé.Diana Nemiroff, ancienne conservatrice du Musée des beaux arts du Canada (MBAC) Photo : Radio-Canada

Ça fait maintenant 21  ans depuis le départ, en 1998, de la troisième femme directrice [Shirley Thomson] du Musée pour la direction du Conseil des arts, et je crois que la nomination de Mme Suda n’est pas seulement un signe de confiance en ses capacités, mais elle montre également qu’on n’a pas oublié les contributions de ses prédécesseures, soutient Diane Nemiroff.

L'expertise de Mme Suda en histoire de l'art européen sera aussi un atout, dit l'ancienne conservatrice du MBAC. Les deux directeurs précédents étaient des spécialistes en art contemporain. La nouvelle dirigeante fera donc beaucoup pour « l'équilibre du musée et pour l'attention que va recevoir la collection », explique Diana Nemiroff.

De nombreux défis à relever

Le mandat d'une durée de cinq ans d'Alexandra Suda à Ottawa ne sera toutefois pas de tout repos, puisque le Musée des beaux-arts du Canada est confronté à de nombreux défis.

D’abord, celui de rendre l’institution pertinente pour l’ensemble des Canadiens. Plusieurs personnes du milieu de l'art visuel, notamment des côtes ouest et est du pays, reprochent au MBAC de trop concentrer ses activités en Ontario et au Québec, alors que l’institution a un mandat national.

Dans une entrevue de fin de mandat accordée à Radio-Canada, Marc Mayer, le directeur général sortant, a aussi affirmé que raconter l’histoire de l’art au Canada continuera d’être un défi particulier, en raison de l’accessibilité aux oeuvres d’arts autochtones.

On n'a pas ces objets-là et on ne les contrôle pas, a soutenu M. Mayer, lors de cet entretien de janvier dernier.

Un homme aux cheveux mi-longs de couleur poivre et sel, porte un veston marin. Il esquisse un sourire en regardant l'animatrice assise devant lui dans un studio de radio.Marc Mayer a dirigé le Musée des beaux arts du Canada pendant 10 ans. Photo : Radio-Canada / Stéphanie Rhéaume

L’entreposage s'avère aussi un problème persistant. De nombreux musées en Amérique du Nord doivent actuellement se départir d’oeuvres d’art significatives en raison du manque d’espace. Le MBAC ne fait pas exception.

Ce sera toujours un défi pour un musée qui monte des collections. Le défi, je l’ai hérité et je le donne au prochain, a affirmé M. Mayer.

Finalement, le budget d’acquisition du MBAC continuera d’être un enjeu important.

L'enveloppe de 8 millions de dollars, majorée sous la direction de Pierre Théberge, demeure nettement inférieure à celles de certains musées américains. Le budget d’acquisition du MBAC n’a pas augmenté depuis 10 ans, alors qu’il y a une flambée des prix des oeuvres sur le marché de l’art visuel.

D’ailleurs, le pouvoir d’achat du MBAC a été au coeur d’une controverse l’an dernier, lorsque le conseil d’administration a décidé de vendre un tableau de Marc Chagall pour empêcher la vente d’une toile de Jacques-Louis David à des intérêts étrangers. La vente aux enchères de La tour Eiffel de Chagall a finalement été annulée à la suite de la classification de l'oeuvre de David comme bien patrimonial par le gouvernement du Québec, ainsi que de vives protestations du public et d’experts du domaine.

Parfaitement bilingue dans cinq ans?

À titre plus personnel, Alexandra Suda devra également suivre des cours de français. Une source gouvernementale nous assure qu'elle peut comprendre le français et prononcer un discours dans la langue de Molière, mais qu'elle n'est pas en mesure de tenir une conversation dans cette langue.

Mme Suda indique que son objectif est d'être parfaitement bilingue avant la fin de son mandat.

La date d'entrée en poste d'Alexandra Suda est encore inconnue.

Ottawa-Gatineau

Arts visuels