•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

« Ayatollahs » à l'Environnement : Legault défend son ministre de l'Agriculture

Le ministre de l'Agriculture du Québec prononçait un discours samedi 8 février devant le congrès de l'Union paysanne.

Photo : LVATV.CA

Thomas Gerbet

Le premier ministre du Québec maintient sa confiance dans son ministre de l'Agriculture, André Lamontagne, qui a qualifié certains fonctionnaires du ministère de l'Environnement d'« ayatollahs » lors d'un discours prononcé à l'occasion du congrès de l'Union paysanne. François Legault a lui-même déploré que les « délais sont beaucoup trop longs » à l'Environnement lorsqu'il s'agit d'approuver des projets de municipalités ou d'entreprises.

Je ne qualifierai pas les gens qui retardent indûment, peut-être qu'il manque de personnel, mais c'est clair que le ministre de l'Environnement a le mandat de réduire de façon importante ces délais.

François Legault, premier ministre du Québec.

Samedi, à l'occasion du congrès de l'Union paysanne, le ministre de l'Agriculture s'est engagé auprès des petits producteurs à obtenir des allégements aux lois et réglementations en matière d'environnement et de salubrité alimentaire afin de les aider à faire face aux « embûches ».

Dans son discours, filmé par le média spécialisé La vie agricole, le ministre a affirmé en avoir fait part à son collègue à l'Environnement, Benoit Charette.

« Les premières choses que j’ai faites, c’est de lui dire : "Benoit, chez vous, qui s’occupe de l’agriculture? Quelle compréhension il a de l’agriculture? Il va falloir qu’on s'assoie, qu’on trouve un moyen de sensibiliser les gens chez vous." Et je peux vous dire que là-dedans il y a quelques ayatollahs, on s’entend là-dessus, pour voir comment on peut accommoder. »

Selon le dictionnaire Larousse, « ayatollah » désigne une personne rétrograde qui use de manière arbitraire et tyrannique des pouvoirs étendus dont elle dispose.

André Lamontagne a fait part de son intérêt pour réduire les exigences en matière de salubrité alimentaire.

Il y a un gros tampon pour s’assurer qu’il n’y aura pas de problèmes de santé publique et de salubrité [...] Mais moi, la question que j’ai posée, c’est : "Est-ce qu’on peut réduire ce tampon-là?" [...] À un moment donné, est-ce qu'on n'a pas viré fou? N'est-ce pas trop?

André Lamontagne, ministre de l'Agriculture, au congrès de l'Union paysanne, le 8 février 2019

« Offusqué » par la déclaration du ministre Lamontagne, le Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) demande au ministre de l'Environnement, Benoît Charrette, de défendre ses professionnels.

Ces propos révèlent le fond de la pensée d’un ministre qui n’a pas hésité à salir l’agronome Louis Robert sur la place publique, car ce dernier indispose les producteurs privés de pesticides. C’est plus que désolant de voir le ministre de l’Agriculture s’enfoncer encore plus en dénigrant, cette fois-ci, nos experts chargés de protéger l’environnement. On voit bien pour qui il travaille.

Richard Perron, président du SPGQ

Des propos qui inquiètent les environnementalistes

« On espère que le ministre Lamontagne ne souhaite pas assouplir davantage les mesures liées à l’utilisation de pesticides », réagit Thibault Rehn, coordinateur de Vigilance OGM.

« Ça trahit un préjugé », affirme Karel Mayrand, directeur général pour le Québec de la Fondation David Suzuki.

De voir ce ministre se faire le lobbyiste de l'industrie auprès du ministre de l'Environnement, ce n'est pas très approprié.

Karel Mayrand, directeur général pour le Québec de la Fondation David Suzuki

Karel Mayrand rappelle que le ministre Lamontagne a été accusé, pas plus tard que la semaine dernière, de céder aux lobbies en approuvant le congédiement d'un lanceur d'alerte qui dénonçait l'influence des producteurs et des compagnies de pesticides dans la recherche scientifique en agriculture.

« J'y vois une approche conservatrice, a dit M. Mayrand. Le ministre voit de la rigidité réglementaire, donc il veut enlever de la réglementation. »

Avant de faire la leçon à d'autres ministères, il devrait s'assurer que son ministère fait son travail comme il faut.

Karel Mayrand

« La défense de l'environnement, ce n'est pas seulement la job du ministre de l'Environnement, a tenu à dire Karel Mayrand. C'est la responsabilité de tout le gouvernement. »

La Fondation David Suzuki reconnaît toutefois que des modifications pourraient être faites pour adapter la législation à la réalité des petits producteurs qui ne font pas de monoculture, mais il faut être prudent, a précisé Karel Mayrand. Si la réglementation est rouverte, il craint que les grands lobbies n'en profitent pour se faire valoir.

Lamontagne n'a pas exagéré, dit l'UPA

« À l'oreille des producteurs agricoles, l'écho des paroles du ministre résonne comme un fait plutôt qu'une exagération », dit le président de l'Union des producteurs agricoles, Marcel Groleau.

Selon l'UPA, les agriculteurs québécois font face à plus de contraintes administratives que dans les autres provinces.

De son côté, l'Union paysanne, à qui s'adressait le discours, réagit de façon mitigée. Même s'il souhaite que les normes soient adaptées aux petits producteurs, son président, Maxime Laplante, n’est « pas tout à fait d’accord avec le choix des termes employés ».

« Ce n'est surtout pas un allégement qu’on demande, explique M. Laplante, ce n’est pas comme ça qu’on a compris le discours. Ce qu’on veut, c’est que les normes soient adaptées. »

Marie-Josée Renaud, coordinatrice de l'Union paysanne, ajoute que le ministère de l'Environnement n'est pas un obstacle : « Il y a beaucoup de choses à changer au MAPAQ avant de demander au ministère de l'Environnement de changer des choses. »

Les choses qu'on veut changer, ce n'est pas moins d'encadrement pour l'environnement, c'est plus d'encadrement.

Marie-Josée Renaud, coordinatrice de l'Union paysanne

Lamontagne maîtrise mal les enjeux, dit l'opposition

Selon le Parti québécois, François Legault doit rapidement statuer sur l'avenir de son ministre. Il a « un choix à faire », a déclaré à La Presse canadienne le porte-parole du PQ en matière d'Agriculture, Sylvain Roy.

« M. Lamontagne accumule les bourdes et c'est à se demander s'il est capable de comprendre les enjeux », ajoute le député de Bonaventure. Sylvain Roy rappelle que le premier ministre avait limogé sa ministre de l'Environnement, MarieChantal Chassé, simplement pour ses problèmes de communication.

« C’est inquiétant de voir une formation politique remettre constamment en question le bien-fondé de la science, dit pour sa part la porte-parole libérale en matière d'Environnement et d'Agriculture, Marie Montpetit. La semaine dernière, le ministre discréditait un expert renommé du ministère de l’Agriculture. Aujourd'hui, il dénigre l’ensemble des fonctionnaires du ministère de l’Environnement. C’est à se demander sur quoi il base ses décisions. »

L'équipe du ministre de l'Agriculture lui avait suggéré de prendre une fin de semaine de repos, après une dizaine de jours difficiles à tenter de gérer la controverse causée par le congédiement d'un fonctionnaire lanceur d'alerte.

Durant son discours, le ministre a refusé d'aborder le congédiement de l'agronome Louis Robert. Il a mentionné : « Je n’ai pas de langue de bois, ça m’a coûté cher la semaine passée. »

André Lamontagne a été le premier ministre de l'Agriculture à participer au congrès de l'Union paysanne.

L'Union paysanne demande depuis plusieurs années que la loi soit modifiée pour mettre fin au monopole syndical de l’Union des producteurs agricoles (UPA) et pour permettre le pluralisme d’association. Actuellement, tous les agriculteurs doivent payer une cotisation à l’UPA.

Bannière

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Politique provinciale

Politique