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Passé le scandale, Liam Neeson doit sauver sa carrière

L'acteur Liam Neeson parle lors d'une conférence de presse pour faire la promotion d'un film à Séoul, en Corée du Sud, le 13 juillet 2016.

L'acteur Liam Neeson

Photo : Getty Images / Chung Sung-Jun

Agence France-Presse

L'acteur Liam Neeson a fait scandale en évoquant un épisode raciste de son passé. Il doit maintenant tenter de sauver sa carrière, un défi qu'ont relevé de nombreuses célébrités avant lui dans un monde du spectacle plus clément que le milieu des entreprises.

« Tuer » un « salopard noir ». Ces mots de Liam Neeson – qui faisaient référence à son état d'esprit il y a plus de 40 ans, après le viol d'une amie par un homme noir – continuent de résonner dans le paysage médiatique six jours après.

Affirmant qu'il n'était « pas raciste » dès le lendemain à la télévision, le comédien britannique a présenté des excuses qui en ont apaisé certains, mais d'autres ne lui concèdent rien.

Pour la réalisatrice noire Ava DuVernay, Liam Neeson est un symbole de ce « privilège blanc » qui amènerait l'opinion publique à accepter d'un Blanc ce que nul ne tolèrerait pour un Noir.

Sur les réseaux sociaux, plusieurs personnes ont réclamé que ses scènes du prochain Men in Black soient tournées avec un autre acteur.

« Ne soyez pas surpris si quelqu'un ne veut plus travailler avec vous », a réagi l'actrice Regina King dans un entretien au quotidien The Independent, à l'origine de l'entrevue polémique avec Liam Neeson.

« Il faut agir vite »

« Les actes sont généralement plus dommageables que les déclarations , explique Joseph Cabosky, professeur à l'Université de Caroline du Nord et spécialisé dans les relations publiques. Mais le cas Neeson est assez unique, parce que ce qu'il a dit était lié à sa conduite. »

De l'avis de plusieurs spécialistes de la gestion de crise, l'entrevue télévisée donnée dès le lendemain de la polémique était, malgré tout, un bon départ.

« Dans un monde où tout est instantané, il faut agir plus vite qu'avant », estime Ronn Torosian, fondateur de l'agence 5WPR, pour qui le contexte médiatique actuel rend nécessaire l'assistance d'un communicant, ce qu'il est lui-même.

« Il doit continuer à s'excuser et dire clairement qu'il a fait une erreur, plutôt que d'essayer de se défendre ou de donner du contexte à ses propos », ajoute-t-il.

« Les actions portent plus que des mots, considère Steve Jaffe, de l'agence Jaffe & Co. Il devrait rencontrer des organisations qui sont engagées dans le dialogue autour du racisme. »

Une stratégie qui ne peut fonctionner que si elle est perçue comme sincère et non opportuniste, précisent les spécialistes.

Une tolérance du public

À ce stade, aucun des projets en cours de Liam Neeson ne semble menacé par le scandale.

« La réputation que vous aviez avant la crise est critique », affirme Steve Jaffe, qui a notamment travaillé avec Bill Clinton. « Il est plus facile d'entendre des excuses d'un type bien », ou perçu comme tel, « que de quelqu'un qui a simplement l'air d'essayer de garder son boulot ».

Plusieurs acteurs et réalisateurs sont ainsi venus au secours du comédien nord-irlandais, notamment l'actrice noire Whoopi Goldberg.

Pour Mark Hass, professeur de communication stratégique à l'Université d'État de l'Arizona, les célébrités bénéficient de manière générale d'une tolérance particulière de la part du public.

Je pense que le tourbillon médiatique va disparaître aussi rapidement qu'il s'est formé.

Mark Hass, professeur de communication stratégique

Au-delà du monde du cinéma, musiciens et politiciens bénéficient aussi d'une relative impunité pour leurs propos.

« Regardez simplement Donald Trump », dit Mark Hass, qui fait en revanche une nette distinction avec le milieu des entreprises.

« La différence, c'est que les patrons ont généralement un conseil d'administration qui peut les licencier, ajoute-t-il. Ce n'est pas le cas de célébrités comme Liam Neeson, Mel Gibson ou Kanye West. »

Le retour de Mel Gibson

Mel Gibson est cité par beaucoup comme l'exemple ultime d'une résurrection.

Auteur de déclarations homophobes, racistes et antisémites, en plus d'avoir été accusé de violences conjugales, l'acteur et réalisateur était considéré en 2006 comme persona non grata à Hollywood.

Mais après quasiment une décennie de traversée du désert, il est revenu en fanfare en 2016 et fait de nouveau partie de cette grande famille.

L'acteur Gary Oldman et le rappeur Kanye West ont chacun eu droit à des polémiques, mais ils ne sont pas sortis du paysage médiatique pour autant.

Et si l'on élargit le spectre aux propos sexistes ou homophobes, ils sont plusieurs dizaines d'artistes à être passés entre les mailles du filet, malgré des controverses parfois violentes sur le coup.

Joseph Cabosky cite le cas de Kevin Hart, pris au début du mois de décembre dans une polémique concernant d'anciens propos homophobes, et qui a renoncé peu après à présenter la cérémonie des Oscars.

« Son film The Upside est sorti à peine quelques semaines après et a fait beaucoup mieux que prévu », rappelle-t-il.

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