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Rapatrier les ressortissants canadiens détenus en Syrie, une opération délicate

Le drapeau noir du groupe armé État islamique
Le drapeau noir du groupe armé État islamique Photo: Reuters
Radio-Canada

Washington demande au Canada de rapatrier ses ressortissants, réputés appartenir à l'État islamique (EI), détenus par les Kurdes en Syrie, mais Affaires mondiales Canada affirme ne pas avoir d'accord en place en ce sens. Or, deux femmes et leurs enfants, coincés en Syrie, veulent justement revenir au pays. Leur cas illustre la complexité de la situation, tant du point de vue moral que légal.

Il y aurait quelques dizaines de ressortissants canadiens appartenant au groupe armé État islamique et détenus en Syrie, selon David Morin, codirecteur de l’Observatoire sur la radicalisation et l’extrémisme violent.

« Il y a beaucoup de femmes et d’enfants nés là-bas. Dans ces groupes, un certain nombre ont abandonné l’idéologie et souhaitent se réintégrer à la société canadienne », a dit M. Morin, en entrevue sur les ondes de RDI samedi.

« D’autres n’ont pas abandonné l’idéologie, mais ont un désengagement des activités violentes. Une petite minorité des gens sont potentiellement dangereux et c’est évidemment eux qui inquiètent le gouvernement canadien », a ajouté l'expert.

M. Morin estime que le cas de cette Torontoise et de cette Albertaine qui souhaitent être rapatriées au Canada avec leurs enfants pose une question fondamentale : le gouvernement canadien a-t-il une obligation légale et une obligation morale d'accéder à leur demande?

« Est-ce que ces ressortissants canadiens, dans ces régions-là, ont droit à un procès juste et équitable? » Si la réponse est non, alors il faut se demander s’il faut les rapatrier, explique-t-il, évoquant les engagements internationaux du Canada quant au respect des droits fondamentaux de ses citoyens à l'étranger.

Deux femmes vêtues de burqas sont assises sur le sol.Deux Canadiennes qui vivaient avec leurs enfants en Syrie dans un territoire contrôlé par le groupe armé État islamique se sont rendues aux forces soutenues par les États-Unis et demandent à être rapatriées. Photo : Radio-Canada

Les deux femmes se trouvent à Baghouz, une ville située dans l'est de la Syrie, près de la frontière irakienne, et qui est l'un des derniers bastions encore sous l'emprise de l'EI en Irak et en Syrie.

Avec le retrait des troupes américaines de la région, les pays occidentaux comme le Canada ont de plus en plus de pression de la part des autorités locales pour procéder au rapatriement de leurs ressortissants qui ont pu participer d'une manière ou d'une autre à des activités terroristes.

Poursuites, surveillance et encadrement

De nombreux problèmes se posent toutefois pour les pays occidentaux qui rapatrient ces ressortissants, affiliés de près ou de loin au groupe armé État islamique.

« C’est qu'ils (les pays) n’ont pas forcément la preuve que ces gens-là ont participé à des activités terroristes. La plupart des pays essaient de les poursuivre, mais si on n’a pas assez de preuve, il y a tout un autre dispositif qu’il faut alors mettre en place : soit de la surveillance, soit un dispositif de prise en charge plus psychosociale avec les femmes et les enfants, où on les accompagne pour les réintégrer dans la société », a expliqué David Morin.

Mohamed Sifaoui, qui est spécialiste de la mouvance djihadiste et directeur du magazine Contre-terrorisme, est pour sa part moins optimiste. Selon lui, il faudrait plutôt créer un tribunal pénal international pour juger les criminels de Daech. Il croit que le noyau dur des terroristes ne se désintégrera pas.

Je sais que, par le passé, ceux qui étaient revenus d’Afghanistan, de Tchétchénie, de Bosnie, ceux qui ont fait le djihad ici ou là dans le monde n’ont jamais renoncé à leur engagement.

Mohamed Sifaoui, spécialiste de la mouvance djihadiste et directeur du magazine « Contre-terrorisme »

M. Sifaoui estime également qu'il faut se méfier des femmes qui affirment avoir été embrigadées de force.

« Les femmes musulmanes sont comme toutes les femmes, a-t-il dit en entrevue à RDI. Elles peuvent être aussi très émancipées. Ce sont les femmes islamistes, les femmes salafistes qui prétendent obéir à leur mari. Et justement parce qu’elles obéissent à leur mari, elles suivent des entraînements militaires. On a vu des vidéos de propagande où les femmes s’entraînent à la kalachnikov. On a vu dans certains cas des femmes participer à des actions terroristes. »

« Des textes salafistes disent que lorsque la communauté est acculée, les femmes ont le devoir, même l’obligation de prendre les armes », a ajouté le spécialiste.

Mohamed Sifaoui admet toutefois que la situation des enfants est plus compliquée, « ils n’ont rien demandé », dit-il. Mais les adolescents, eux, peuvent avoir été entraînés au maniement des armes.

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