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Reddition de deux Canadiennes qui vivaient sous le joug de l'EI en Syrie

Le reportage de Sébastien Desrosiers

Deux Canadiennes qui vivaient avec leurs enfants en Syrie dans un territoire contrôlé par le groupe armé État islamique (EI) se sont rendues aux forces soutenues par les États-Unis, selon la dirigeante d'une organisation qui les avait exhortées à le faire.

D'après un texte de Shanifa Nasser, CBC News

Il s'agit d'une Torontoise et d'une Albertaine, a rapporté CNN.

Alexandra Bain, directrice de Families Against Violent Extremism (FAVE), a déclaré à CBC News qu'une des femmes, mère de deux enfants, l'a contactée au cours du week-end des 2 et 3 février de la ville de Baghouz, alors que Forces démocratiques syriennes (FDS) approchaient de la région.

Baghouz, située dans l'est de la Syrie, près de la frontière irakienne, est l'un des derniers bastions encore sous l'emprise de l'EI en Irak et en Syrie.

Affaires mondiales Canada a déclaré par courriel à CBC News être « au courant de la détention de citoyens canadiens en Syrie », mais a précisé que sa capacité à fournir une aide consulaire est « extrêmement limitée », étant donné les enjeux de sécurité sur le terrain.

« Les diplomates canadiens ont établi un canal de communication avec les autorités locales kurdes afin d’établir où se trouvent les citoyens canadiens et d’évaluer leur bien-être », a indiqué le porte-parole Richard Walker.

En entrevue téléphonique de Fredericton, Alexandra Bain a aussi spécifié que la femme qui l'a contactée a affirmé qu'elle était avec une deuxième Canadienne, elle aussi mère de deux enfants.

CBC News n'a pas été en mesure de vérifier l'identité des deux femmes et de leurs enfants.

FAVE, qui travaille avec des familles dont les membres ont eu des liens avec des groupes extrémistes à l'étranger ou les ont joints, indique qu’il pourrait y avoir jusqu’à 27 Canadiens détenus en Syrie dans des régions sous contrôle kurde.

« Sa dernière chance »

Mme Bain a raconté à CBC News comment, au cours de ses échanges avec la Canadienne – effectués grâce à un service de messagerie et à une connexion Internet peu fiable –, elle a réalisé à quel point elle n'avait aucune idée des dangers qui entouraient cette dernière.

Au début, la femme lui a dit qu'elle avait l'intention de marcher jusqu'au camp le plus proche en Irak, ce que Mme Bain lui a déconseillé de faire. La directrice de FAVE lui a appris que de nombreux enfants avaient perdu la vie lors de cette marche et qu'elle risquait la peine de mort si elle était appréhendée par les forces irakiennes.

Mme Bain l’a plutôt encouragée à interpeller un véhicule de la milice kurde afin d’être transportée à Al-Hol, un camp de déplacés dans le nord-est de la Syrie – conseil dont la Canadienne a tenu compte.

« Elle m’a dit qu'elle essayait depuis sept mois d'échapper à l’EI avec ses enfants... Je crois qu'elle voyait ça comme sa dernière chance », a dit Mme Bain à CBC News lors de l’entretien téléphonique.

« Elle n’était informée que par l’entremise de l’EI depuis plusieurs années », a poursuivi la directrice de FAVE, pour qui la Canadienne était « dans une bulle ».

Elle n’a d’ailleurs pas donné les raisons de son voyage en Syrie, a indiqué Mme Bain : « Elle savait juste qu'elle voulait s’en aller. »

Mme Bain a refusé de révéler de quelle partie du Canada viennent les deux femmes. On ne sait pas non plus exactement combien de temps elles ont habité en Syrie.

Pas de rapatriement prévu dans l’immédiat

L'annonce de la reddition des deux Canadiennes survient quelques jours à peine après que le département d'État américain eut demandé à ses alliés de rapatrier leurs citoyens détenus en Syrie. Le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, a aussitôt déclaré qu'il ne mettrait pas en jeu la vie d’autres Canadiens pour le faire.

Affaires mondiales Canada a confirmé dans une déclaration qu'il n'y a pas d'accord en place pour rapatrier les Canadiens détenus en Syrie.

En réponse aux questions des journalistes mercredi, M. Goodale a déclaré que le gouvernement « étudie actuellement la meilleure façon de s'assurer de la protection du Canada et de sa sécurité nationale ».

« Nous avons entendu la demande ou la suggestion des États-Unis. Mais à ce stade, le fait est qu'il s'agit d'un endroit dangereux et dysfonctionnel, où nous n'avons aucune présence diplomatique », a-t-il dit.

Mme Bain soutient de son côté que le Canada devrait agir rapidement. Elle cite en ce sens une rapporteuse spéciale de l'ONU, Agnes Callamard, qui a déclaré en octobre dernier que le gouvernement canadien devrait arrêter de traîner les pieds et qu’il devrait rapatrier ses citoyens qui ont combattu pour l’EI en Syrie.

Selon la directrice de FAVE, ne pas rapatrier les Canadiens en Syrie soulève un autre problème. « Les laisser là ne fait qu'alimenter la version de l’EI, à savoir que l'Occident déteste les musulmans, que l'Occident déteste l'Islam », croit-elle.

« Ramener ces enfants à la maison, les guérir et leur permettre de mener une vie productive les encouragera, plus tard, à s'opposer à l'extrémisme violent et à être une voix contre l'adhésion à des organisations comme l’EI, et c'est vraiment ce que nous espérons. »

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