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Grand marché : la présence de la SAQ fait des mécontents

Le Grand marché sera ouvert et fenestré.
Le Grand marché sera ouvert et fenestré. Photo: Ville de Québec
Maxime Corneau

Un commerçant qui devait déménager son commerce dans le Grand marché réclame à la Ville de Québec plus de 20 000 $ en dommages et intérêts. Il estime que le choix de la Ville de Québec d'inclure un kiosque de la SAQ a fait dérailler son projet.

Éric Humberset est le propriétaire de La cave à vin, un commerce du marché du Vieux-Port spécialisé dans la vente de vins et d’alcools du Québec.

Depuis trois ans, il prépare son déménagement au Grand marché. Il a, conformément aux demandes de la Ville, fait produire des plans d’aménagements par des designers et des ingénieurs. Il a même déménagé de logement pour habiter à distance de marche du futur Grand marché.

Or, alors qu’il participe à une rencontre officielle du conseil d’administration du marché du Vieux-Port en décembre dernier, il apprend avec stupeur que la Société des alcools du Québec (SAQ) s’établira au Grand marché.

« Je trouve que ça n’a absolument pas sa place dans un marché public. La Ville annonce qu’elle veut promouvoir les producteurs locaux, le terroir. Mais en mettant un gros monopole comme la SAQ qui va vendre des vins français et chiliens, moi je trouve que ça va à l’encontre du mandat d’un marché public », tonne l’entrepreneur.

Il a finalement décidé de fermer boutique et a annulé son déménagement.

Éric Humberset avec l'inventaire de sa boutique qui a fermé ses portes le 31 décembre. Éric Humberset avec l'inventaire de sa boutique qui a fermé ses portes le 31 décembre. Photo : Radio-Canada / Maxime Corneau

M. Humberset dit s’être assuré auprès de la Ville de Québec que la SAQ n’ouvrirait pas de succursale avant de se lancer dans l’aventure du Grand marché. Aujourd’hui, il se sent trahi. « J’en veux à la Ville », explique-t-il.

Il reproche aussi à Québec d’autoriser la SAQ à venir compétitionner dans un marché public les producteurs québécois, eux qui ont très peu de points de vente à leur disposition pour mettre en marché leurs produits.

« Je ne trouve pas ça équitable parce que la SAQ peut ouvrir des succursales partout. Les producteurs [Québécois] sont limités aux marchés publics s’ils veulent vendre leurs produits. »

Remboursement exigé

Dans ce contexte, M. Humberset a demandé à la Ville de lui rembourser la totalité des frais engagés dans son projet, ainsi que des dommages pour le temps perdu.

Ne voulant pas divulguer le montant précis de sa réclamation pour ne pas nuire aux négociations, il parle de « plusieurs dizaines de milliers de dollars ».

Vue intérieure du magasin prévu par Éric Humberset.Vue intérieure du magasin prévu par Éric Humberset. Photo : Courtoisie de Éric Humberset

Il reproche à la Ville de Québec d’avoir attendu à la dernière minute pour annoncer la présence d’une succursale de la SAQ. S’il avait su avant, jamais il n’aurait fait le choix du déménagement au Grand marché, martèle-t-il.

« Je suis embarqué dans le projet à fond depuis 3 ans, et là on est rendu quasiment au terme », déplore-t-il.

Du remplissage croit Jean Rousseau

Pour le conseiller municipal de Démocratie Québec, Jean Rousseau, la Ville de Québec prend la mauvaise décision.

Le fait qu’on se rabatte sur des bannières montre que l’on quitte l’esprit d’un marché public. On est rendu dans un centre commercial.

Jean Rousseau, conseiller municipal Démocratie Québec

Le conseiller reproche aussi le mutisme de la Ville, qui n’a toujours pas annoncé officiellement qui seront les commerçants du Grand marché. Il croit qu’il s’agit d’un signe que l’intérêt des commerçants de Québec n’est pas si grand. « On essaye de trouver du pied carré, on essaye de remplir ça, peu importe la façon », conclut M. Rousseau.

Pas un « compétiteur » dit la Ville

« L'arrivée de la SAQ, c'est loin d'être un compétiteur, mais plutôt un beau produit complémentaire pour les futurs clients du Grand marché », insiste Marie-Josée Savard, vice-présidente du comité exécutif à la Ville de Québec.

Grand marché : la présence de la SAQ fait des mécontents

L'annonce de l'arrivée de la société d'État a été bien reçue par au moins un commerçant qui veut désormais avoir un emplacement plus grand, ajoute-t-elle.

Selon Mme Savard, des pourparlers sont par ailleurs en cours pour que la succursale de la SAQ présente un concept particulier.

« L'idée, c'est toujours de mettre nos producteurs québécois et de la grande région en valeur »

À la coopérative des horticulteurs de Québec, l’organisme gestionnaire du marché du Vieux-Port et du Grand marché, le directeur général Daniel Tremblay juge que ce litige est regrettable, et que l’offre de Éric Humberset aurait pu être compatible avec celle de la Société des alcools du Québec.

M. Tremblay refuse de confirmer ouvertement la venue de la SAQ au Grand marché, estimant que c’est à la Ville de Québec de faire les annonces.

L'ouverture du Grand marché est prévue pour le printemps 2019.

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