•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Plus de 75 poursuites au civil contre l’avocat Stéphane Langlois

Un montage photo montre Stéphane Langlois devant une marina.

Stéphane Langlois vit maintenant à Punta Cana, en République dominicaine.

Photo : Radio-Canada / Montage photo

Stéphane Leclerc

Depuis que le Barreau de l'Ontario a suspendu Stéphane Langlois, le 1er septembre 2016, les poursuites intentées contre l'avocat de Clarence-Rockland et deux de ses anciens collègues se sont multipliées.

En consultant divers documents déposés en cour, nous avons découvert que ces poursuites touchent directement ou indirectement près de 90 personnes et entreprises, même la Municipalité de Clarence-Rockland.

M. Langlois et ses anciens collègues font face à plus de 75 poursuites au civil, selon le juge maintenant responsable de la gestion de toutes ces causes. D'après nos calculs, ces poursuites totalisent près de 9 millions de dollars.

Jocelyn Levac aurait perdu à lui seul 732 000 $, selon la poursuite que l’agriculteur de l’Est ontarien a déposée contre M. Langlois. Cet argent avait été placé dans un compte en fiducie par M. Langlois, dans le but de régler un divorce, et il est aujourd’hui introuvable.

Jocelyn Levac debout dans sa cuisine.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Jocelyn Levac aurait perdu près de trois quarts de million de dollars.

Photo : Radio-Canada

De nombreuses présumées victimes

M. Levac et son ex-épouse ne seraient pas les seules présumées victimes. La Municipalité de Clarence-Rockland a aussi intenté une poursuite contre Stéphane Langlois.

Une précédente version de ce texte mentionnait que les anciens collègues de Stéphane Langlois étaient également visés par la poursuite au civil déposée par la Municipalité de Clarence-Rockland. Leurs noms ont été retirés de cette poursuite par la Municipalité.

Les autorités municipales leur réclament une somme de 44 000 $ placée en fiducie par M. Langlois pour l’achat d’un terrain – une somme qui n’aurait jamais été retournée à la Municipalité, selon la poursuite originale.

Le 23 août dernier, une nouvelle poursuite s’ajoute. Une cinquantaine de résidents de l’Est ontarien et des responsables de la gestion de l’héritage de plusieurs familles affirment avoir perdu plus de 1,7 million de dollars.

Les sommes qui seraient disparues des comptes en fiducie varient d'un client à l'autre. La poursuite indique, par exemple, que Marie Bujold aurait perdu 195 $, soit la somme restante d’une transaction immobilière.

La succession de la famille Ebbs réclame quant à elle plus de 416 000 $. Celle de la famille Maclean demande 487 000 $. Ces héritages accumulés durant des vies entières sont présumément disparus en un clin d’oeil.

Encore une fois, cette poursuite cible M. Langlois et ses deux anciens collègues, MM. Pilon et Charron. Les plaignants les accusent de négligence et, plus spécifiquement dans le cas de M. Langlois, d’avoir « frauduleusement » utilisé l’argent pour son bénéfice personnel.

L’Hôpital d’Ottawa aurait aussi perdu 350 000 $, placés en fiducie pour des rénovations. Toutes ces allégations n’ont pas été prouvées devant les tribunaux.

À part l’argent disparu des comptes en fiducie, des millions de dollars n’auraient pu être récupérés par quelques prêteurs d’envergure, selon les poursuites consultées. Dans chacun des cas, Stéphane Langlois aurait agi à titre d’emprunteur pour son cabinet ou à titre d’avocat pour rédiger les contrats d’emprunt.

Une poursuite de 4,6 M$

L’entrepreneur gatinois Laurent Labrie poursuit quant à lui Stéphane Langlois, son cabinet et d'anciens collègues pour une quarantaine de prêts différents, qui n’auraient été que partiellement remboursés ou pas du tout. Les avocats de M. Labrie ont déjà évalué la somme totale réclamée à 4,6 millions de dollars.

Dans les cas allégués, M. Langlois aurait été embauché par M. Labrie pour rédiger des contrats avec des personnes ou des entreprises, et établir le taux d’intérêt et les échéances de paiement en remboursement des prêts.

M. Labrie poursuit maintenant M. Langlois, ses deux collègues de l’époque et plus d’une trentaine d’emprunteurs. Le tribunal devra donc déterminer si ce sont ces emprunteurs qui sont en faute et doivent de l’argent à M. Labrie, ou si c’est M. Langlois lui-même qui n’a pas transféré au prêteur Laurent Labrie les paiements reçus des emprunteurs.

Une poursuite personnelle du maire de Clarence-Rockland

Le maire de Clarence-Rockland, Guy Desjardins, aurait aussi prêté de l’argent à Stéphane Langlois : près d’un million de dollars en cinq prêts différents.

Sa poursuite allègue que Stéphane Langlois avait besoin de cet argent pour réaliser les projets d’expansion de son cabinet d’avocats, notamment à Ottawa, et pour aider au financement des opérations de l'entreprise. M. Langlois aurait remboursé une petite partie de ses prêts, mais M. Desjardins affirme, dans le document, qu’il a dû essuyer des pertes évaluées à près de 935 000 $.

Un jugement de la Cour supérieure, daté du 23 novembre 2017, ordonne à Stéphane Langlois et à son entreprise Société professionnelle Langlois de rembourser un total de plus d’un million de dollars à M. Desjardins.

Guy Desjardins en entrevue dans son bureau.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le maire de la Cité de Clarence-Rockland, Guy Desjardins.

Photo : Radio-Canada

Des enquêtes qui piétinent

Après la plainte initiale faite au Barreau de l’Ontario par d'anciens collègues de M. Langlois, soit Christian Pilon et Sophie Patenaude, Stéphane Langlois a été suspendu le 1er septembre 2016. Il vit maintenant à Punta Cana, en République dominicaine, et il n’a pas été radié du Barreau.

Quelques mois plus tard, en décembre 2016, une enquête policière a été déclenchée pour évaluer les implications criminelles des soupçons qui pèsent contre lui.

Mais depuis, rien, ou presque. À part ces nombreuses poursuites au civil, Stéphane Langlois ne fait l’objet d’aucune accusation criminelle à ce jour.

Nous avons pu joindre M. Langlois par courriel. Il explique, dans ses mots, qu’il ne comprend pas pourquoi il est spécialement visé par les médias. Il estime également que les reportages ont eu des conséquences négatives sur sa famille.

Qu’est-ce que ça donne de faire des histoires sur moi tout le temps? Vous savez ce que ça fait à mes trois enfants et mes parents au Canada??? Pourquoi toujours moi??

Extrait du courriel de Stéphane Langlois

Frustration et colère

L'agriculteur Jocelyn Levac est celui, à titre individuel, qui aurait perdu la plus grosse somme d’argent : près de 750 000 $. Le dossier est constamment repoussé à une date ultérieure.

Oui, il y a de la frustration, mais comment ne pas l'être? Il y a tellement de choses qu'on n'a pas de contrôle dessus.

Jocelyn Levac, victime présumée de Stéphane Langlois

Si j'avais le pouvoir, si j'avais du contrôle sur la situation, je dirais : ''Je vais régler le problème.'' Mais ce n'est pas moi qui a le contrôle, soupire-t-il.

Cette frustration vient aussi du fait que pour récupérer l’argent qui a disparu, l’agriculteur doit payer de sa poche un autre avocat. La cause au civil n’aboutit pas et il doit occuper un autre emploi, en plus d'effectuer le travail exigeant à sa ferme, pour arriver à payer toutes ses factures et conserver l’héritage familial.

Pour le moment, j'ai la santé, mais c'est vrai qu'il y a des journées où je n’en peux vraiment plus. [...] Ça arrive aussi dans le tracteur, je suis en train de conduire, puis je tombe endormi, ce qui fait que je ne pourrai pas toujours continuer comme ça.

Jocelyn Levac, victime présumée de Stéphane Langlois

Des recours difficilement accessibles

Pour récupérer une partie des économies disparues, les présumées victimes peuvent faire une demande au Fonds d’indemnisation du Barreau de l’Ontario. Mais tous les autres recours juridiques doivent d’abord être épuisés, comme la poursuite au civil, avant que la demande puisse être considérée.

La somme maximale qu’offre ce fonds était de 150 000 $ à l’époque des faits reprochés. Jocelyn Levac, qui a perdu plus de 700 000 $, serait donc bien loin du compte.

Les avocats ont aussi des assurances professionnelles. Ces assurances peuvent couvrir certains dommages que doivent payer des avocats, à la suite de poursuites devant les tribunaux. C’est une autre option.

Rappelons que les anciens collègues de Langlois Pierre Charron et Christian Pilon sont aussi visés dans la plupart des poursuites. Ce sera à un juge de déterminer s’ils ont ou non une part de responsabilité dans ces dossiers.

Nous avons communiqué avec Me Pilon et Me Charron. Au nom de leur cabinet d’avocats et d’une autre partenaire, ils disent avoir été instruits de ne pas commenter ces dossiers et de laisser le processus judiciaire suivre son cours.

Appel à l'intervention du gouvernement

Jocelyn Levac est épuisé par la lenteur du système judiciaire et frustré par son incapacité à obtenir des résultats.

On tombe dans un système qui fait en sorte que ça va durer longtemps, puis qu'on n'est pas pressé d'arriver à une solution finale, puis c’est de là que vient la frustration, lance-t-il.

Si quelqu’un vole une banque et qu’on attrape la personne, le processus est très rapide! Mais là, ça fait deux ou trois ans… Et rien!

Guy Desjardins, maire de Clarence-Rockland

Le maire Desjardins abonde dans le même sens et en appelle au ministère de la Justice et au Barreau de l’Ontario pour changer les choses.

Avec les informations et la collaboration d'Amanda Pfeffer.

Ottawa-Gatineau

Procès et poursuites