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Une « culture d’omerta » règne au CHR selon un ancien infirmier

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Anaïs Brasier

Les cas de négligence et la violence au Centre hospitalier Restigouche (CHR) auraient pu être évités, selon un infirmier qui y a travaillé pendant 33 ans. Selon lui, le personnel baigne encore aujourd'hui dans une « loi du silence », malgré ce qu'en dit le Réseau de santé Vitalité.

Luc Roussel a obtenu un emploi au CHR dès sa sortie de l’école et y est resté pendant ses 33 années de carrière. Retraité depuis un an, il n'a pas été surpris du rapport de l’ombudsman sur les cas de violence, de maltraitance et de négligence au centre de psychiatrie.

Trop de changements, trop vite

Les 20 premières années, l’ambiance de travail était numéro un, relate Luc Roussel. Mais vers 2010, il y a eu un grand bouleversement. La direction a quitté, on a changé la façon de travailler.

Selon Luc Roussel, les problèmes viennent notamment des changements qui ont été imposés vers 2010. Ceux-ci étaient trop drastiques, dit-il.

Notamment, des lectures universitaires ont été imposées au personnel, mais celles-ci étaient trop exigeantes. Les employés se décourageaient et avaient l’impression de mal faire leur travail, affirme l’ancien infirmier : C’était du bourrage de crâne, dit-il, en soulignant qu’il aurait fallu mieux les encadrer.

Le Centre hospitalier Restigouche vu de l'extérieur.

Le Centre hospitalier Restigouche est situé à Campbellton, dans le nord du Nouveau-Brunswick (archives).

Photo : Radio-Canada

La loi du silence est forte

Dès lors, une culture d’omerta s’est installée au sein du personnel du CHR. Luc Roussel appelle même ces années le règne de la terreur : tous les employés sont devenus méfiants, non seulement à l’égard de la direction, mais aussi entre eux.

Il s’était propagé de la paranoïa. On s’imaginait qu’on était écouté quand on parlait au téléphone, qu’il y avait des caméras cachées. On avait peur. Alors on ne parlait pas et on endurait.

Luc Roussel, infirmier retraité au Centre hospitalier Restigouche

Les patients en paient le prix

Résultat : les soins prodigués aux patients sont de moins bonne qualité, explique Luc Roussel. Quand tu te sens mal, quand tu as peur, tu travailles mal. Tu es toujours sur tes gardes. Quand tu n’es pas bien mentalement, tu ne donnes pas ton 100 %.

Plus les employés se sentent mal, plus ils s’absentent. Quand tu fais une crise d’angoisse, on te dit de rentrer chez toi, indique Luc Roussel. Ceux qui doivent rester au travail ont donc encore plus de pain sur la planche, ce qui empire la situation. Il arrive que tu perdes tes moyens, et là, il arrive des incidents comme dans le rapport, explique Luc Roussel. En situation de crise, il y a des gens qui paniquent.

Une photo des ecchymoses du patient. On ne voit pas son visage afin de conserver sa confidentialité.

L'évaluation a montré que le patient présentait des ecchymoses et des égratignures sur la clavicule gauche.

Photo : Rapport spécial du Bureau de l'ombudsman du Nouveau-Brunswick concernant le Centre hospitalier Restigouche

Un niveau de violence évitable

Tout cela aurait toutefois pu être évité, selon lui, si les employés avaient été écoutés et épaulés.

On n’a pas utilisé les ressources nécessaires, on n’a pas écouté, on a été laissés à nous-mêmes.

Luc Roussel, infirmier retraité au Centre hospitalier Restigouche

Un des problèmes est peut-être le fait que les gestionnaires embauchés vers 2010 avaient très peu ou pas d’expérience en psychiatrie, explique l'ancien infirmier. Ils n’étaient donc pas nécessairement bien équipés ni formés pour comprendre les besoins de leurs employés et de leurs patients.

Des tentatives inefficaces pour régler la situation

Le problème aurait été abordé à quelques reprises, et des enquêtes externes ont même été commandées. Une première fois en 2012, mais ça ne s’est pas réglé, précise Luc Roussel.

Une seconde fois, les employés se sont alors sentis écoutés et l’ancien infirmier assure même que les résultats étaient encourageants. Mais peu de temps après, le CHR a déménagé et ça s’est mis à se détériorer à vue d’oeil, de semaine en semaine.

Luc Roussel ne croit d’ailleurs pas le discours du PDG du Réseau de santé Vitalité, Gilles Lanteigne, qui affirme que la situation a été prise en main et que les employés et les patients sont maintenant en sécurité au CHR.

Gilles Lanteigne en point de presse.

Selon Gilles Lanteigne, PDG du réseau de santé Vitalité, les mesures pour remédier à la situation ont déjà été entamées.

Photo : Radio-Canada / Michel Corriveau

Ça fait un an que je suis parti, mais à la lumière de ce que je vois et [de] ce que j’entends, ça n’a pas changé. [...] Les gens se sentent encore insécures, ils n’osent pas parler, n’osent pas s’exprimer.

Luc Roussel, infirmier retraité au Centre hospitalier Restigouche

Enfin, si rien n’est fait rapidement, Luc Roussel prévoit que d’autres incidents se produiront. Ça ne s’arrêtera pas là, c’est un cercle vicieux. Il faut prendre soin du personnel, parce que le personnel est malade.

Nouveau-Brunswick

Santé mentale