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Venezuela : l'aide américaine, que Maduro a promis de bloquer, s'accumule

Le récit de Marie-Claude Morin

L'aide humanitaire américaine destinée au Venezuela s'accumule depuis jeudi dans des entrepôts colombiens situés tout près de la frontière, accentuant la pression sur le président Nicolas Maduro qui a juré qu'il y ferait barrage.

« Le Venezuela ne va pas tolérer le show de la prétendue aide humanitaire, car nous ne sommes les mendiants de personne », a déclaré M. Maduro vendredi en conférence de presse.

La veille, les premiers camions d'aide humanitaire sont arrivés dans la ville frontalière de Cucuta. Ils contiennent des médicaments et de la nourriture, comme du maïs, de la farine, des lentilles ou encore des boîtes de conserve de thon.

Frappé par une crise économique, le Venezuela souffre de graves pénuries, ce que nie toutefois le président Maduro.

Nicolas Maduro a plutôt dénoncé le fait que les États-Unis aient décidé d’envoyer quelques camions d’aide humanitaire tout en maintenant de lourdes sanctions économiques contre son pays.

C’est un jeu vraiment macabre, vous ne trouvez pas? Ils nous étranglent pour mieux nous faire mendier pour des miettes.

Nicolas Maduro, président du Venezuela

Les États-Unis « nous offrent du papier hygiénique, comme lorsque Donald Trump en a lancé aux sinistrés de Puerto Rico », a-t-il illustré, en référence à l’opération d’aide humanitaire improvisée à laquelle le président avait participé après le passage de l’ouragan Maria sur le territoire américain.

Donald Trump lance un rouleaux d'essuie-tout dans une foule, sous le regard surpris de la presse.Lors d'une rencontre avec des résidents de Porto Rico, Donald Trump leur avait en fait lancé des rouleaux d'essuie-tout. Photo : Reuters / Jonathan Ernst

Cette aide humanitaire afflue en réponse à l'appel à l'aide du chef du Parlement, l'opposant Juan Guaido, qui s'est autoproclamé président par intérim du Venezuela. M. Guaido, 35 ans, est reconnu comme tel par une quarantaine de pays, dont les États-Unis et le Canada.

Dans son bras de fer avec le pouvoir chaviste, M. Guaido est déterminé à faire entrer ces vivres et ces médicaments au Venezuela. Mercredi, il a exhorté l'armée à laisser passer l'aide, après le blocage du pont de Tienditas, à la frontière avec la Colombie, par des militaires vénézuéliens.

Le jeune politicien est allé jusqu’à mettre l’armée en garde. « Combien de militaires sont prêts à commettre un crime contre l’humanité » en bloquant cette aide, a-t-il demandé vendredi devant des étudiants, ajoutant que « de 250 000 à 300 000 personnes pourraient mourir si elles ne reçoivent pas une attention immédiate ».

Menace d'intervention militaire américaine

Il s'est même dit prêt à autoriser si nécessaire une intervention militaire américaine pour forcer Nicolas Maduro à quitter le pouvoir et mettre fin à la crise humanitaire.

« Nous ferons tout ce qui est nécessaire, tout ce que nous devons faire pour sauver des vies humaines, pour que des enfants cessent de mourir », a déclaré Juan Guaido.

Nous ferons tout ce qui est possible. C'est une question évidemment très polémique, mais en faisant usage de notre souveraineté, en exerçant nos prérogatives, nous ferons le nécessaire. [...] Ici, au Venezuela, chaque jour qui passe se compte en vies humaines.

L'opposant Juan Guaido, président par intérim autoproclamé
Juan Guaido salue la foule, autour de lui de nombreuses personnes le filment ou le photographient avec leur téléphone.Juan Guaido a été chaudement accueilli vendredi par des étudiants devant lesquels il s'est exprimé à Caracas. Photo : Reuters / Stringer

La Colombie supprime les visas de 300 pro-Maduro

Les services d'immigration colombiens ont annulé plus de 300 visas d'entrée quotidiens délivrés à des responsables politiques vénézuéliens et leurs proches qui soutiennent le président Nicolas Maduro.

La Colombie accueille une bonne partie des Vénézuéliens ayant fui la crise économique et politique dans leur pays. Ils sont des centaines de milliers à avoir franchi la frontière ces derniers mois.

« Cela n'a aucun sens que des partisans de la dictature bénéficient de ces avantages et entrent dans notre pays, qu'ils utilisent cette carte pour faire leurs courses, entre autres choses, pendant que les autres migrent par nécessité », a déclaré Christian Kruger, le directeur des services d'immigration dans un communiqué.

Parmi les responsables dont les cartes d'entrée ont été supprimées figurent notamment l'ancien gouverneur de l'État de Tachira, José Gregorio Vielma Mora, et la mairesse de Caracas, Erika Farias.

Environ 2,3 millions de Vénézuéliens ont choisi de s'exiler depuis 2015, selon l'ONU.

Avec les informations de Agence France-Presse, Associated Press, et Reuters

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