•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Vive les mariés!

Un couple de personnes âgées sourit à la caméra
Lorraine Mercier-Marois et Robert Marois Photo: Radio-Canada / Christelle D'Amours

Il y a de ces histoires d'amour qui nous réconcilient avec l'amour. Le vrai, le beau. Celui avec un grand A. Jeudi dernier, j'ai fait la connaissance de Lorraine, 88 ans, et Robert, 91 ans. À une certaine époque, ils ont été des amis. Jusqu'à ce que la vie les réunisse à nouveau.

Un texte de Jhade Montpetit pour Les Malins

« Le ciel bleu sur nous peut s'effondrer... »

Lorraine et Robert se sont connus alors qu’ils avaient tous les deux une trentaine d’années, des familles et de jeunes enfants. Ils étaient voisins. C’était l’été, sur le bord du lac.

Ils étaient en couple, chacun de son côté, et tout le monde se réunissait de temps en temps pour une partie de bridge.

Ils étaient des amis. Tout simplement.

Bien sûr que Lorraine Mercier avait remarqué les beaux yeux bleus de Robert, mais la vie était ce qu’elle était, et les choses demeurèrent ainsi.

C’était tabou, il n’était pas question que je pense à lui. J’ai tout bloqué. On a fait nos vies.

Lorraine Mercier-Marois

Robert et sa famille ont finalement quitté le lac. Le parc Forillon allait naître en Gaspésie et Robert Marois allait en être le premier directeur.

Ça aurait pu se terminer ainsi.

« Dieu réunit ceux qui s’aiment »

Cinquante ans ont passé depuis.

Lorraine, devenue veuve, s’est installée au Domaine des Trembles, la résidence pour aînés du secteur Hull.

Je me remettais d’un deuil... tranquillement. C’est beau ici. C’est calme ... J’écris..., raconte-t-elle.

Puis, un beau jour de septembre 2018, le destin (ou appelez-le comme vous voulez) a joué du coude un brin et lui a fait tout un cadeau.

Comme si l’amour avait été patient et qu’il avait attendu le bon moment, Robert, désormais veuf lui aussi, allait venir s’installer à son tour au Domaine des Trembles.

Et puis, surprise! Au mois de septembre, on m’a dit : "Tu sais qui s’en vient? Robert Marois." J’ai dit : "Voyons donc!", se souvient Lorraine.

Lorraine, dont le coeur devait battre un peu (pas mal!) plus vite ce jour-là, est allée frapper directement à la porte de l’appartement de son vieil ami. Il était là, souriant, s’installant tranquillement avec l’aide de sa famille.

De fil en aiguille, la conversation a repris quasi aussi naturellement que sur le bord du lac… Lorraine a parlé de son fils qui habite maintenant en Australie. Elle souhaite bien aller le visiter, mais ce long voyage lui fait peur. Elle ne veut pas y aller seule. À ce moment bien précis, une voix s’est élevée parmi les autres. Les mots que Robert prononce vont tout changer : Je vais y aller, moi, avec toi!

Pour moi, c’est un peu comme la distribution des prix à la fin de l’année. Et puis j’avais gagné le gros lot! J’étais première, les meilleures notes qu’on puisse avoir puis, maintenant, je pense qu’on a la médaille d’or, explique Lorraine avec son beau sourire.

Un couple de personnes âgées est en entrevue radio, assis dans des fauteuils.Lorraine et Robert Marois en entrevue avec l'animatrice Jhade Montpetit dans le cadre de l'émission Les Malins Photo : Radio-Canada / Christelle D'Amours

Et c’est à ce moment-là, Lorraine, que vous avez su que vous étiez en amour? que je lui demande,mes yeux presque aussi brillants que les siens.

C’est que je savais, mais je ne pouvais pas l’expliquer. C’était vraiment tellement fort et je disais à mes enfants qui disaient : "Bien voyons maman, à ton âge!". Je disais : "Demandez-moi pas de vous expliquer les sentiments, je ne les comprends pas. Mais c’est beau, c’est tout!", me répond-elle.

« Je me fous du monde entier »

En décembre dernier, quelques jours avant Noël, Lorraine et Robert se sont promis de veiller l’un sur l’autre. Ce dernier droit du parcours, ils vont le faire ensemble, main dans la main.

Mais pour ça, il a fallu faire la grande demande. Et Robert a dû s’y prendre deux fois plutôt qu’une. Pas que Madame s’y soit opposée la première fois (!), c’est seulement que, selon Raymond,le fils de Lorraine, les affaires devaient se faire "comme il faut".

Robert a reçu la visite de sa parenté, on était au restaurant avec la famille. Et en parlant, il dit à tout le monde : "Vous savez que Lorraine et moi, nous allons nous marier?’’

Lorraine, 88 ans

Mon fils a dit que ce n’était pas comme ça qu’on faisait une demande en mariage : "Dis à Robert qu’il faut qu’il le demande comme il faut!" Et ça a été la grande demande! (rires)

Une femme de l'âge d'or vêtue de blanc regarde amoureusement son conjoint qu'on voit de dos dans la photo.Lorraine Mercier-Marois considère que ses retrouvailles avec Robert sont un véritable cadeau de la vie. Photo : Radio-Canada / Christelle D'Amours

Elle se tourne vers Robert : T’en souviens-tu?

Je ne sais pas si tu t’es mis à genoux, mais c’était pas loin. Tu m’as pris la main, puis tu m’as demandé en mariage.

Robert, en riant, confirme qu’il ne s’est pas mis à genoux

Le mariage a été célébré le 22 décembre dernier. Un mariage en famille, un mariage d’hiver... tout blanc!

Je me suis mariée en blanc. Je ne voulais pas que ce soit ridicule non plus! Je n’ai pas 18 ans. J’étais en blanc, simplement avec un pantalon...

« Peu m'importent les problèmes »

Ce que je ne vous ai pas encore dit, c’est que depuis quelques mois, Robert souffre d'aphasie, un trouble du langage qui l’empêche de s'exprimer comme il le souhaiterait. Ses pensées sont claires et juste à regarder ses yeux, il est évident que Robert en a long à dire.

Tout au long de notre conversation, il prendra le temps nécessaire pour formuler ses mots, souvent très tendres à l’endroit de son épouse, mais il laisse le soin à Lorraine de nous raconter la majeure partie de leur histoire.

Un couple de personnes âgées de regardent en souriant.Maintenant qu'ils se sont retrouvés, Lorraine et Robert comptent bien profiter de la vie. Photo : Radio-Canada / Christelle D'Amours

Je le regarde la regarder. Il hoche la tête. Il approuve. Il rigole. L’émotion le gagne aussi, par moments.

Et il faut la voir, Mme Lorraine, lorsqu’elle regarde son homme. Il faut la voir lui tenir la main avec mille millions de litres de douceur dans les gestes, avec de la tendresse et tout l’amour du monde qui lui sortent par les yeux.

Robert était malheureux seul, sans son épouse... Il était en condo. Il cherchait de la compagnie. Il a (re)trouvé l’amour. [...] Je voyais qu’il souffrait d’aphasie et je me suis dit c’est tellement difficile. Il faut que je sois avec lui. On va surmonter ça.

À 88 ans Lorraine, pensiez-vous un jour vous remarier? Pensiez-vous que les grands émois c’était fini?

S'il y a de l’amour, c’est possible! Et l’amour, ça existe partout! Nous autres, on a été béni. Et ça existe pour tout le monde. Certains font le choix de demeurer seuls, mais c’est difficile, la solitude, quand tu penses aux amours que t’as eus, fait-elle valoir.

Lorraine est une belle rebelle, une battante. Elle fait à sa tête, elle n’a plus le temps d’attendre ou de s’inquiéter du regard ou de l’opinion des autres. Elle a retrouvé son Robert et refuse de perdre ne serait-ce qu’une seconde de leur précieux temps ensemble.

Un couple de personnes âgées se tiennent la main en souriant, les yeux dans les yeux.Lorraine et Robert se sont mariés en décembre 2018. Photo : Radio-Canada / Christelle D'Amours

Depuis, les amoureux ont pris un appartement commun à la résidence. Ils ont des projets plein la tête.

Et selon leurs dires, le voyage de noces va durer toujours

J’aimerais que les gens qui trouvent difficile la solitude aient la même chance qu’on a. Robert, c’est le plus beau cadeau de ma vie.

Lorraine Mercier-Marois

Lorraine insiste : il ne faut pas désespérer.

C’est tellement beau. T’es beau (qu’elle dit à son Robert, en plongeant ses yeux dans les siens).

Pendant que moi, j'essuyais discrètement les miens...

Ottawa-Gatineau

Société