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L’abstinence ou comment mieux comprendre sa relation avec l’alcool

Une femme boit une boisson alcoolisée.

Le défi 28 jours sans alcool rassemble des milliers de participants chaque année au mois de février.

Photo : iStock / Rawpixel

Carolle-Anne Tremblay-Levasseur

Depuis quelques jours, ils sont des milliers à s'abstenir (ou du moins à essayer de s'abstenir) de boire de l'alcool. Pendant le défi 28 jours, on oublie la bière, le vin ou les cocktails au gin ou à la vodka. Place à l'eau ou aux cocktails sans alcool! Mais pourquoi ce besoin d'arrêter soudainement de boire?

Le défi 28 jours sans alcool a été créé en 2014 par la Fondation Jean Lapointe. L’initiative permet d’amasser des fonds pour la prévention de la toxicomanie chez les jeunes.

L’alcool est très présent dans nos vies. C’est un moment de rassemblement et de célébration. Ça demeure très personnel d’évaluer si le rapport avec cette substance est sain ou non.

Annie Papageorgiou, directrice générale de la Fondation Jean Lapointe.

Selon elle, la période d'abstinence permet de prendre conscience de la pression sociale liée à l’alcool.

La stigmatisation entourant l'abstinence

Mme Papageorgiou raconte que des participants au défi se sont dits étonnés non seulement de l’omniprésence de l’alcool dans la société, mais aussi du devoir d’explications lorsqu’ils refusent d’en consommer.

On voit trois grands verres remplis de boissons colorées.

Des cocktails préparés dans un bar

Photo : iStock / Tsuguliev

Selon Jean-Sébastien Fallu, professeur agrégé à l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal, la consommation d’alcool est valorisée socialement. Les personnes qui s’abstiennent sont stigmatisées.

On ne voit pas l’alcool comme la substance psychoactive qu’elle est avec des conséquences importantes et des risques pour la santé. C’est un produit qu’on banalise.

Jean-Sébastien Fallu

Il ajoute que le contexte culturel ne devrait pas encourager ni décourager l’usage de cette substance. Cette décision revient aux consommateurs.

« On vit dans une société qui favorise l’usage de l’alcool en raison de stresseurs comme la pauvreté, les inégalités sociales, les contextes de vie délétères, ce qui pousse certaines personnes à consommer par automédication. » – Jean-Sébastien Fallu

En 2017, 78 % de la population canadienne a consommé de l’alcool au cours de l’année

Source : Statistique Canada, Enquête canadienne sur le tabac, l’alcool et les drogues

Selon Annie Papageorgiou, le défi permet aux participants d’évaluer les bienfaits vécus pendant les 28 jours, de réfléchir à leur rapport à l’alcool, de profiter de l’occasion pour discuter de consommation avec leurs enfants et de se sensibiliser aux obstacles vécus par les personnes qui souffrent de dépendance.

Des participants nous ont dit : “J’avais l’habitude de boire un verre après le travail les jeudis et vendredis. Maintenant, j’opte pour d’autres activités comme la lecture ou l’entraînement.”

Annie Papageorgiou

Ne pas boire, un défi?

Le directeur général d’Éduc Alcool, Hubert Sacy, se demande pour sa part pourquoi les consommateurs modérés perçoivent l’abstinence d’alcool comme un défi.

« Ce qui est interpellant dans ça, c’est qu’on sous-entend que de ne pas boire pendant un mois est un exploit tout à fait extraordinaire. Qu’est-ce que ça dit sur notre relation avec l’alcool? » - Hubert Sacy

Directives de consommation d’alcool selon le Centre canadien de lutte contre les toxicomanies

« 10 verres par semaine pour les femmes – au plus 2 verres par jour, la plupart des jours de la semaine, et 15 verres par semaine pour les hommes – au plus 3 verres par jour, la plupart des jours de la semaine. Chaque semaine, prévoyez des jours sans alcool pour ne pas développer une habitude. »

Il salue l’initiative des organismes comme la Fondation Jean Lapointe, qui tiennent ces collectes de fonds.

Hubert Sacy, directeur général d’Éduc Alcool, constate deux problématiques distinctes liées à la consommation : le risque de dépendance et l’excès.

Les gens sont indulgents envers une personne en voyage dans un tout-inclus qui boit toute la semaine, alors qu’ils jugent sévèrement une autre personne qui boit un verre de vin un mercredi midi.

Hubert Sacy

Selon l’Enquête canadienne sur le tabac, l’alcool et les drogues, en 2017, 21 % (soit 16 % de la population de 15 ans et plus ou 4,7 millions de personnes) ont dépassé les limites recommandées de consommation.

Il considère que cette tolérance envers la consommation excessive occasionnelle est aveugle, puisqu’elle repose sur la méconnaissance d’un modèle sain. Préférer boire de petites quantités régulièrement à de grosses occasionnellement reste la voie à prioriser, selon lui.

Société