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Internet haute vitesse : pour la fin d'une discrimination numérique en région

Routeur sans fil avec deux antennes sur une table en bois.
Un routeur sans fil Photo: Getty Images / farakos
Angie Bonenfant

Selon des données rendues publiques par le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), près de 6 millions de Canadiens n'ont pas accès à un service Internet haute vitesse. À l'ère numérique, où des applications telles que Netflix font la loi et l'ordre sur la Toile, cette donnée peut presque sembler une hérésie.

Ces Canadiens privés d'Internet haute vitesse vivent principalement dans des municipalités rurales et éloignées. Le CRTC évalue qu'environ 4 résidents de la campagne sur 10 se contentent d'une connexion Internet très lente.

Dans les régions rurales, un accès à Internet haute vitesse avec données illimitées n'est pas à la portée de tous. Il faut débourser de 130 $ à 150 $ mensuellement pour un service dont la capacité et la qualité laissent parfois à désirer.

Pourtant, en 2016, le gouvernement fédéral a décrété qu'un accès Internet à large bande est un service de télécommunication essentiel pour tous les Canadiens. Trouvez l'erreur.

Mes commettants savent très bien qu'ils n'ont pas ce que leurs amis canadiens ont dans les milieux urbains.

Will Amos, député fédéral du Pontiac

Le député fédéral de Pontiac, Will Amos, s'intéresse depuis longtemps à ce qu'il décrit comme une iniquité numérique entre les régions urbaines et rurales. Une dizaine de municipalités dans sa propre circonscription ne sont pas branchées à la haute vitesse.

On voit que les compagnies de télécommunication sont prêtes à investir là où il y a une concentration de clients, là où il y a un marché et une masse critique d'acheteurs de produits en télécommunication, explique-t-il. Cependant, dans nos régions, là où la densité démographique est moindre, les opportunités et les rentabilités économiques ne sont pas là pour les compagnies, donc elles investissent beaucoup moins.

D'où l'importance, selon M. Amos, des programmes de subventions publiques — comme Brancher pour innover dont le but est d'encourager les entreprises à mettre sur pied des projets d'infrastructures à large bande en région. Le fédéral, rappelle-t-il, compte investir jusqu'à 500 millions de dollars pour fournir des services Internet haute vitesse à 300 collectivités rurales et éloignées.

D'ici 2021, on s'attend à ce qu'il y ait 20 millions de dollars investis dans l'infrastructure numérique à travers ma circonscription, lance-t-il fièrement. Les maires, les conseillers et les préfets me le disent, l'enjeu critique pour le développement durable de notre région, c'est l'expansion et l'investissement dans les infrastructures numériques.

Antenne de transmission du réseau LTE.La Municipalité de La Nation a investi dans la construction de tours de transmission dans le but d'avoir accès à un service Internet potable. Photo : Radio-Canada / Mélanie Picard

Une condition sine qua non

Fatigués d'attendre qu'une entreprise de télécommunication daigne investir dans leur localité, les élus de La Nation, une municipalité située à moins d'une heure de route à l'est d'Ottawa, ont puisé dans les coffres de la Ville pour financer leur propre infrastructure de six tours de transmission.

Tout n'est pas parfait et on envisage d'ériger une septième tour dans la région de Saint-Albert, mais le système pare au plus urgent.

Nous, ici, on ne pouvait plus attendre. Le service n'était pas adéquat, il ne fournissait pas assez bien, relate le maire François St-Amour. Avant, l'internet était tellement lent que ça entravait l'efficacité des travailleurs. Ça tombait à tout bout de champ. Quand on n'avait plus d'internet, les employés se tournaient les pouces. On ne peut pas se permettre ça!

On pense que le rural n'a pas besoin de l'internet, mais je crois qu'ils en ont besoin plus, sinon autant que les grands centres urbains.

François St-Amour, maire de La Nation

Cet investissement fut aussi une réponse aux préoccupations de nombreuses familles qui ont choisi de vivre en région, mais qui voulaient conserver les avantages de la ville.

Tout le monde veut du service Internet parce que de plus en plus dans les maisons on a du Netflix, du Crave, etc., poursuit le maire. Et il y avait aussi plusieurs fonctionnaires qui voulaient quelques jours travailler à partir de la maison, mais le service Internet n'est pas assez fort pour les accommoder.

Et c'est sans compter sur les occasions d'affaires qui sont peut-être passées sous le nez des élus parce qu'il n'y avait pas Internet haute vitesse à La Nation, alors qu'à Hawkesbury, un grand centre situé plus à l'est, ce n'est pas un enjeu.

Si on avait un service de qualité, ça nous rendrait plus compétitifs, plus attrayants, c'est certain, admet M. St-Amour.

Un tel investissement a toutefois coûté cher, près d'un demi-million de dollars. Ce ne sont pas toutes les petites municipalités qui peuvent se le permettre.

Bernadette Jordan, souriante, parle dans un micro installé devant l'édificeBernadette Jordan, ministre du Développement économique rural. Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Une voix rurale au cabinet

Quelques jours après le retour des Fêtes, le premier ministre Justin Trudeau a fait une annonce salutaire pour bon nombre de municipalités rurales au Canada. Il a nommé la députée néo-écossaise Bernadette Jordan nouvelle ministre du Développement économique rural.

Rapidement, Mme Jordan a fait savoir que l'accès à un solide service Internet haute vitesse en région faisait partie de ses priorités. Son rôle sera d'établir une stratégie pour atteindre cet objectif, a-t-elle déclaré, en entrevue avec Radio-Canada.

Les gens veulent vivre et travailler en région. À moins d'avoir une bonne connectivité, ils ne peuvent pas le faire, a soutenu la nouvelle ministre. Si nous voulons développer des affaires dans le Canada rural et retenir nos jeunes dans des milieux ruraux, nous devons disposer de l'infrastructure nécessaire pour le faire.

En 2019, ce n'est pas seulement quelque chose que les gens veulent, c'est quelque chose que les gens doivent avoir, c'est un besoin.

Bernadette Jordan, ministre fédérale du Développement économique rural

Au Canada, 27 % du PIB provient des localités rurales, a-t-elle rappelé. L'accès à Internet haute vitesse en région, c'est une question de développement économique.

Chose certaine, elle a toute l'attention du député de Pontiac, qui a déposé en novembre dernier une motion demandant la mise sur pied de deux études sur l'accès en région à Internet haute vitesse. Il espère aller au-delà du débat partisan parce que, selon lui, il s'agit d'une question de justice sociale.

Je ne vois pas comment un Canadien sans accès à l'internet pourrait participer pleinement dans notre société, jouir des opportunités économiques et participer pleinement dans la démocratie qui est, de plus en plus, basée sur les médias sociaux, a-t-il exposé.

À mon avis, ce qui est nécessaire, c'est d'aller au-delà d'un débat public, oui ou non, sur la nécessité d'un investissement dans l'internet rural. Car la réponse est oui. Tout le monde est d'accord. Là où il y a très peu de discussions, c'est dans le comment.

Ottawa-Gatineau

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