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Un an après l’acquittement de Gerald Stanley, rien n’a changé, dit la famille Boushie

Debbie Baptiste affiche un air sérieux.

La mère de Colten Boushie, Debbie Baptiste, continue de se battre pour une meilleure représentation des Autochtones au sein du système judiciaire.

Photo :  CBC

Marie-Christine Bouillon

Il y a un an, au terme d'un procès fort médiatisé, un jury de 12 personnes déclarait le fermier de Biggar, en Saskatchewan, Gerald Stanley non coupable du meurtre de Colten Boushie, de la Première Nation crie Red Pheasant. Aujourd'hui, la famille de l'Autochtone de 22 ans déplore le fait que les changements espérés à la suite de ce verdict tardent à se concrétiser.

« Le temps ne m’a pas guérie. Mon fils me manque tous les jours. Je me demande ce qu’il ferait aujourd’hui », lance la mère de Colten Boushie, Debbie Gloria Baptiste. Malgré la douleur toujours vive, elle continue de lutter contre les préjugés envers les Autochtones.

Le 9 août 2016, son fils se trouvait à bord d’un véhicule utilitaire sport avec quatre autres jeunes. Peu après 17 heures, le groupe s'est engagé sur la route privée menant à la propriété de Gerald Stanley, à Biggar, un village situé à une centaine de kilomètres à l’ouest de Saskatoon. Des membres de la famille Stanley, dont Gerald Stanley, étaient présents à la maison ce soir-là. La situation a mené à un affrontement entre les deux groupes. C'est à ce moment que Colten Boushie a été tué d’une balle à la tête.

Lors de son procès, Gerald Stanley a déclaré qu’il n’avait pas appuyé sur la gâchette et que son arme s’était déclenchée par elle-même. À la suite du verdict de non-culpabilité du jury, rendu le 9 février 2018, le fermier a été acquitté de l'accusation de meurtre au deuxième degré.

Un an plus tard, les proches de Colten Boushie ne décolèrent pas. Selon eux, le racisme envers les Autochtones est toujours aussi présent, tant dans la société qu’au sein des forces de l’ordre et des établissements judiciaires. La famille a d’ailleurs déposé deux poursuites au civil, l’une contre Gerald Stanley et l’autre contre le procureur général du Canada et les agents de la Gendarmerie royale du Canada (GRC).

« Rien n’a vraiment changé ici. C’est la même chose. Et, quant au système de justice, j’attends toujours ces changements », déplore Debbie Baptiste.

Une femme montre une photo de Colten Boushie devant une foule. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La mère de Colten Boushie, Debbie Baptiste, montre la photo de son fils devant un parterre des membres des médias lors du procès de Gerald Stanley, innocenté par un jury de 12 personnes.

Photo : La Presse canadienne / Liam Richards

Une tragédie nationale

Après l’annonce du verdict de non-culpabilité, les réactions se sont multipliées. Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, avait exprimé sa sympathie envers les proches de Colten Boushie, ajoutant que le système de justice au pays « n’a pas toujours été très favorable ou très reconnaissant de la réalité autochtone ». Il s’était par la suite entretenu avec la famille lors d’une rencontre privée à Ottawa.

Un peu plus d’un mois plus tard, la ministre de la Justice de l’époque, Jody Wilson-Raybould, déposait le projet de loi C-75, qui vise entre autres à modifier le Code criminel canadien afin d’offrir une meilleure représentation des Autochtones dans le système de justice. Ce projet de loi est entre les mains du Sénat en première lecture depuis le mois de décembre. L’un des éléments clés de ce texte pour la famille Boushie est l’abolition de la récusation péremptoire, soit la possibilité pour la Couronne et la défense de refuser la candidature d’un juré sans avoir à donner de justification.

« Je pense que, s’il y avait eu un Autochtone, ou peut-être deux ou trois, parmi les jurés au procès de Gerald Stanley, le verdict aurait été différent. Je ne peux pas dire que j’en suis certaine à 100 %, mais ce que je sais, c’est que, lorsqu’il y a une personne autochtone dans un groupe, la dynamique change, et cela aide les gens à aller au-delà des stéréotypes », affirme une des avocates de la famille, Eleanore Sunchild.

Eleanore Sunchild fait dos à un  bureau sur lequel se trouve un ordinateur et un téléphone.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Eleanor Sunchild représente les intérêts de Colten Boushie dans la poursuite au civil intentée par la famille Boushie contre Gerald Stanley.

Photo : CBC

C’est pourquoi la mère de Colten Boushie continue de se battre, pour que d’autres obtiennent une justice qui, selon elle, a été refusée à son fils.

La voie pour y arriver est longue, mais, si nous continuons de nous lever et de dénoncer, en nous soutenant les uns les autres, peut-être que ces changements finiront par se produire.

Debbie Baptiste, mère de Colten Boushie

Au cours de la dernière année, des avocats canadiens ont affirmé être en désaccord avec l’abolition de la récusation péremptoire. C'est le cas, notamment, de Brian Pfefferle, un avocat criminaliste de Saskatoon, qui estime que ce changement ne permettra pas d'avoir des jurys plus diversifiés.

La GRC dit avoir fait ses devoirs

La GRC de la Saskatchewan, critiquée à plusieurs reprises pour des actes considérés comme racistes envers des membres des Premières Nations ou des Métis, affirme avoir mis en place plusieurs mesures pour faire taire les rumeurs et changer les mentalités.

Elle donne l’exemple de « rencontres trimestrielles et [de] consultations constantes » avec la Fédération des nations autochtones souveraines de la Saskatchewan (FSIN), de « formations offertes aux agents pour leur transmettre des connaissances sur mesure au sujet des communautés autochtones et des Premières Nations » ainsi que de mesures proactives pour recruter des employés issus de ces groupes.

« Nous travaillons à la création d’une stratégie de réconciliation dont le but sera de mener à bien une réconciliation significative aux yeux des communautés autochtones que nous servons. Notre stratégie en est à l'étape de la consultation et sera lancée au cours des prochains mois », indique le corps de police dans un communiqué.

La GRC souligne également avoir examiné ses stratégies de prévention du crime en milieu rural, en plus de mettre en place des partenariats avec d’autres agences gouvernementales provinciales qui devraient lui permettre de répondre plus rapidement aux urgences en régions éloignées.

La famille Boushie souhaiterait voir ces changements se concrétiser plus rapidement, mais se dit toutefois réaliste.

On a plus de 100 ans de colonisation à rattraper sur ce territoire. Et le changement est lent.

Eleanor Sunchild, avocate de la famille de Colten Boushie

« J’espère que les futures générations ne connaîtront pas de difficultés dans le système judiciaire, comme ça a été le cas pour notre famille et de nombreuses autres partout au Canada », espère pour sa part l’oncle de Colten Boushie, Alvin Baptiste.

Alvin Baptiste se tient debout dehors, Debbie Baptiste est enlacée par Jace Boushie.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'oncle de Colten Boushie, Alvin Baptiste, se tient à droite aux côtés de la mère et du frère de la victime, Debbie Baptiste et Jace Boushie, lors d'un rassemblement pour les soutenir, samedi, à la cour de justice de North Battleford, où s'est tenu le procès.

Photo : La Presse canadienne / Matt Smith

Selon Debbie Baptiste, la lutte doit se poursuivre aussi longtemps que nécessaire.

« Après tout ça, [Colten] nous manque autant et nous l’aimons toujours. Et si nous pouvons continuer à nous battre pour que d’autres obtiennent justice, alors nous avons de l’espoir. C’est tout », conclut-elle.

Quant à l’avocat de Gerald Stanley, Scott Spencer, il a indiqué que ni lui ni son client ne feraient de commentaires au sujet de l’anniversaire du verdict.

Le ministère de la Justice de la Saskatchewan a fait savoir que le procureur de la Couronne dans ce procès, Bill Burge, ne s'exprimerait pas non plus sur cette affaire.

Avec des informations de Jason Warick de CBC News

Gerald Stanley monte des marches pour rentrer au tribunal lors de son procès à Battleford le 8 février 2018Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Gerald Stanley rentre au tribunal lors de son procès à Battleford en Saskatchewan le 8 février 2018

Photo : La Presse canadienne / Liam Richards

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