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Bruce McArthur condamné à la prison à vie sans possibilité de libération avant 25 ans

Bruce McArthur a plaidé coupable en cour le 29 janvier à huit chefs d'accusation de meurtre prémédité. Photo: CBC/Pam Davies
Radio-Canada

Le tueur en série de Toronto Bruce McArthur, 67 ans, écope d'une peine d'emprisonnement à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant l'âge de 91 ans. Il s'agit d'un revers pour la Couronne et les proches des huit victimes qui réclamaient une période d'inadmissibilité à une libération conditionnelle deux fois plus longue, pour faire en sorte que le meurtrier finisse sa vie derrière les barreaux.

Le juge John McMahon a expliqué sa décision vendredi en soulignant que McArthur avait plaidé coupable le mois dernier aux huit accusations de meurtre prémédité, ce qui a permis d'éviter la tenue d'un douloureux procès pour les familles des victimes.

Le magistrat a aussi soutenu qu'il n'y avait pas de grande différence entre le fait de permettre au tueur en série d'être admissible à une libération conditionnelle à l'âge de 91 ans ou de 116 ans, puisque vu la nature de ses crimes, il y a peu de chances qu’il obtienne la libération conditionnelle.

La ligne est mince entre la justice et la vengeance.

John McMahon, juge de la Cour supérieure de l'Ontario

Le processus de guérison peut maintenant commencer, a ajouté le juge de la Cour supérieure de l'Ontario. Le magistrat précise qu'il ne croit pas aux remords de McArthur, même si ce dernier a plaidé coupable aux accusations. Son nom sera ajouté au registre national des délinquants sexuels.

McArthur avait été arrêté en janvier 2018 pour les meurtres de huit hommes dont les restes ont été trouvés enterrés dans des pots de fleurs et le ravin derrière une maison où l'ancien jardinier paysagiste travaillait.

Les victimes avaient disparu entre 2010 et 2017, la plupart ayant été vues pour la dernière fois dans le quartier gai de Toronto que fréquentait aussi le tueur.

Réactions

La Couronne a refusé de commenter la peine imposée.

Des sketches de 8 personnes, côte-à-côteLes victimes de Bruce McArthur. De gauche à droite, haut en bas : Skandaraj Navaratnam, Andrew Kinsman, Selim Esen et Abdulbasir Faizi; Kirushna Kumar Kanagaratnam, Dean Lisowick, Soroush Mahmudi et Majeed Kayhan Photo : Radio-Canada / John Fraser/CBC News

De leur côté, beaucoup de proches et d'amis des victimes sont déçus.

[Vingt-cinq ans], ce n'est pas assez long aux yeux des familles et de la communauté.

Nicole Borthwick, amie de la victime Andrew Kinsman

Hamid, un proche d'une autre victime originaire du Sri Lanka, Kirushna Kumar Kanagaratnam, s'attendait lui aussi à une période d'inadmissibilité de 50 ans avant toute libération conditionnelle. On n'aurait jamais cru qu'une telle chose puisse se produire au Canada, raconte-t-il.

Pour sa part, le maire de Toronto, John Tory, dit espérer que McArthur ne sera jamais libéré.

J'espère que cette peine contribuera à répondre au besoin de justice des victimes de ces crimes, à leurs amis et familles, à la communauté LGBTQ et à toute la ville.

John Tory, maire de Toronto

La police se défend

Nombre de membres de la communauté LGBTQ ont accusé la police d'avoir tardé à prendre au sérieux une série de mystérieuses disparitions survenues dans le quartier gai de 2010 à 2017. Les hommes disparus ont plus plus tard été identifiés comme les victimes de McArthur.

Le maire Tory répond qu'il a lancé un examen indépendant pour évaluer le travail de la police.

Photo d'un homme qui porte un uniforme de la policeLe chef de police de Toronto, Mark Saunders Photo : Radio-Canada

Pour sa part, le chef de police Mark Saunders défend le travail de ses enquêteurs, affirmant qu'ils n'avaient rien de tangible sur McArthur avant janvier 2018. Il affirme qu'il a dit la vérité lorsqu'il a nié, en décembre 2017, qu'un tueur en série était à l'oeuvre.

On ne s'est pas croisé les bras à ne rien faire. On a toujours pris [les disparitions] au sérieux.

Mark Saunders, chef de police de Toronto

Concernant l'insatisfaction de certains proches de victimes quant à la peine imposée, M. Saunders fait preuve d'empathie, disant que s'il était à leur place, aucune peine ne suffirait. Il ajoute ceci : [McArthur] n'aura jamais droit à une libération conditionnelle. Si c'était le cas, il faudrait remettre en question le système.

La police continue à examiner des cas de disparition non résolus, mais rien n'indique pour l'instant que McArthur ait fait d'autres victimes.

Pas de peines consécutives

Le Code criminel a été amendé sous les conservateurs de sorte que les juges ont aujourd'hui la discrétion d'infliger des peines consécutives et de prolonger la période d'inadmissibilité à une libération conditionnelle.

Certains proches des victimes de Bruce McArthur avaient demandé plus tôt cette semaine au magistrat de tenir compte dans sa sentence de la douleur qu'ils disent ressentir depuis la mort de leur être cher.

La Couronne avait réclamé au moins deux peines consécutives de 25 ans ferme chacune pour deux des huit meurtres. Le procureur Craig Harper voulait ainsi s'assurer que le meurtrier ne serait pas admissible à une libération conditionnelle avant l'âge de 116 ans et qu'il finirait donc sa vie en prison.

Le procureur avait ajouté que Bruce McArthur savait ce qu'il faisait puisqu'il avait prémédité ses meurtres et que les victimes avaient été tuées de façon brutale.

On voit une illustration judiciaire de l'avocat de la défense de Bruce McArthur, James Miglin.L'avocat de la défense de Bruce McArthur, James Miglin. Photo : Radio-Canada / Pam Davies

La Couronne reconnaissait que les relations entre les procureurs et McArthur avaient pris un tournant positif et décisif grâce à l'intervention des deux avocats de la défense de l'assassin, et qu'il fallait en tenir compte dans la sentence. Néanmoins, elle continuait à douter que le meurtrier fasse preuve d'un véritable acte de contrition.

Le procureur rejetait par ailleurs tout parallèle avec l'infirmière Elizabeth Wetlaufer qui a plaidé coupable, elle aussi, en 2017, à huit accusations de meurtre prémédité. Elizabeth Wettlaufer était passée aux aveux bien avant de plaider coupable, ce qui n'est pas le cas de Bruce McArthur, a-t-il souligné.

Victoire pour la défense

La défense avait pour sa part demandé une peine de prison à vie sans droit de libération conditionnelle avant 25 ans.

L'avocat James Miglin avait reconnu que le degré de culpabilité de son client était très élevé compte tenu de l'horreur de ses crimes. Le seul enjeu de ces audiences portait selon lui sur la disposition du Code criminel qui accorde aux juges la discrétion d'infliger des peines consécutives.

Me Miglin avait avancé que son client était relativement âgé et qu'il serait donc admissible à une libération conditionnelle seulement à l'âge de 91 ans (s'il survit d'ici là en détention, NDLR). Le meurtrier est malade et atteint de diabète.

Photo d'un homme penché vers l'avant alors qu'un policier l'escorte à l'extérieur d'une salle de cour.Bruce McArthur, menotté, est escorté à l'extérieur de la salle d'audience. Photo : CBC/Pam Davies

Il avait fait référence à l'assassin Dellen Millard, l'héritier de 33 ans de la défunte entreprise d'aviation familiale MillardAir. Il était beaucoup plus jeune lorsqu'il a été condamné à 75 ans de prison [pour les trois meurtres qu'il a commis], a-t-il souligné, laissant entendre que son client ne méritait pas le même sort vu qu'il avait deux fois l'âge de Millard.

L'avocat de la défense soutenait que son client était rempli de remords, puisqu'il a plaidé coupable à tous les chefs dont il était accusé.

Avec des renseignements fournis par Jean-Philippe Nadeau et Christian Noël

Homicide

Justice et faits divers