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Jouer à Humboldt : des Québécois se souviennent

Les quatre hockeyeurs québécois posent en compagnie de leur entraîneur-chef de l'époque, Bob Beatty.

De gauche à droite : Alex Gagnon, Bob Beatty, Kevin Duchaine, Simon Nadeau et Alex Lussier.

Photo : fournie par Alex Gagnon

Charles Lalande

Depuis la naissance des Broncos de Humboldt, en 1970, beaucoup de jeunes hockeyeurs québécois ont choisi de se diriger vers l'Ouest canadien pour faire partie de cette équipe de hockey junior de la Saskatchewan. Ces adolescents devenus aujourd'hui des adultes n'ont pas oublié leur passage à Humboldt.

Ils étaient d'ailleurs tous ébranlés d'apprendre, l'an dernier, la tragédie qui a coûté la vie à 16 personnes et en a blessé 13 autres. Ces anciens joueurs des Broncos avaient, eux aussi, déjà pris place à bord d'un autocar pour effectuer de longs trajets sur les routes de la Saskatchewan.

Voici l’histoire de ces Québécois. Encore aujourd’hui, même à des milliers de kilomètres, ils sont fiers de dire : « Broncos un jour, Broncos toujours! »


Mathieu Bonnelly, gardien de but

Mathieu Bonnelly devant le filet des siens.

Mathieu Bonnelly a mené les Broncos à la finale des séries éliminatoires au printemps 2002.

Photo : fournie par Mathieu Bonnelly

Mathieu Bonnelly, originaire de Beauport, à Québec, n’oubliera jamais son arrivée en Saskatchewan, un soir de septembre 2000.

Le gardien de but, épuisé, s’était levé aux petites heures pour attraper son vol ce matin-là.

C'est d'ailleurs à bord du camion de l’entraîneur-chef de l’époque, Bob Beatty, qu'il a fait la route de l'aéroport de Saskatoon vers Humboldt avec un autre joueur du Québec.

« Le voyage dans le truck de Bob a été long. Il essayait de nous parler en anglais, mais nous ne comprenions pas trop. Je ne sais pas s’il savait à quel point on ne parlait pas beaucoup anglais », se rappelle Mathieu Bonnelly en riant.

À Humboldt, les joueurs sont de petites célébrités. Les enfants nous regardaient avec des yeux émerveillés, comme si nous étions des joueurs de la Ligue nationale.

Mathieu Bonnelly

« Lors de chaque match local, il y avait toujours au minimum 700 ou 800 personnes. Il y avait du bruit dans l’aréna, particulièrement au printemps 2002, quand nous avions atteint la finale des séries éliminatoires », dit celui qui, après ses années en Saskatchewan, a pris la direction de l'Université du Wisconsin à Superior pour un stage universitaire de quatre saisons.

Un masque de hockey devant des coupures de journaux relatant le passage du gardien à Humboldt.

Aujourd’hui, Mathieu Bonnelly continue de représenter les Broncos à sa manière. Il a peint son propre masque et a dédié le côté gauche de celui-ci à son ancienne équipe de hockey junior.

Photo : fournie par Mathieu Bonnelly


La French Connection

Saison 2003-2004, c’est au tour des attaquants Simon Nadeau, de Lac-Etchemin, Alex Lussier, d’Acton Vale, et Kevin Duchaine, de Saint-Hyacinthe, et du gardien de but Alex Gagnon, de Saint-Joseph-de-Beauce, de répondre à l’invitation des Broncos.

« Pour une raison que j'ignore, Bob Beatty a toujours adoré les Québécois. Il avait un grand respect pour nous », se rappelle Alex Gagnon.

« J'avais beaucoup de respect pour les gars du Québec qui ont choisi de venir en Saskatchewan. Des gars sérieux qui ont fait tout ce chemin pour gagner, travailler et progresser », raconte Bob Beatty, qui a travaillé huit saisons pour les Broncos.

Les quatre hockeyeurs québécois posent sur le banc des joueurs.

De gauche à droite : Alex Gagnon, Kevin Duchaine, Simon Nadeau et Alex Lussier.

Photo : fournie par Alex Gagnon

Simon Nadeau, attaquant

Après plus de 200 matchs dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ), Simon Nadeau se retrouve, en août 2003, en attente d’une transaction.

C’est alors qu’il contacte lui-même l’entraîneur-chef Bob Beatty. Après quelques discussions, Simon Nadeau fait ses bagages et traîne sa poche de hockey jusqu’en Saskatchewan.

Les jours de match, on sortait du restaurant sans payer. Les propriétaires payaient la facture pour les joueurs des Broncos.

Simon Nadeau

« J’ai adoré mon année là-bas. C’était spécial de se retrouver avec d’autres Québécois, mais nous avions un groupe de gars très proches. Il n’y avait pas de clique, l’équipe se tenait toujours ensemble. »

Simon Nadeau tient son chandail des Broncos dans son lieu de travail.

Simon Nadeau est aujourd'hui directeur financier pour un concessionnaire automobile en Mauricie.

Photo : Radio-Canada

Le soir du 6 avril 2018, Simon Nadeau passe la soirée avec des amis. Il est loin de son téléphone. Ce n’est qu’en fin de soirée qu’il est informé de l’accident.

« Je connaissais la famille de Brayden Camrud, un joueur qui a été blessé dans l’accident, puisque sa tante travaillait dans les bureaux des Broncos à l’époque », explique Simon Nadeau. « Brayden avait 5 ans et il venait souvent voir nos matchs [...] Après l’accident, j’ai communiqué avec la famille et j’ai appris qu’il allait s’en sortir. J’étais vraiment soulagé. »

Des joueurs des Broncos de Humboldt lors d'un voyage dans l'autocar au cours de la saison 2003-2004.

Souvenirs d'une balade en autobus sur les routes de la Saskatchewan.

Photo : fournie par Alex Gagnon

Alex Gagnon, gardien de but

Le gardien de but Alex Gagnon a été repêché en troisième ronde par les Remparts de Québec en 2000, mais il n’a pas réussi à percer l’alignement.

« Quand la porte du hockey junior majeur québécois s’est fermée, celle du Junior A dans l’Ouest canadien s’est ouverte », se souvient-il.

Invité au camp d’entraînement des Broncos de Humboldt en 2003, Alex Gagnon a su se tailler une place dans l'équipe.

Quatre bâtons de hockey, un masque de gardien et un chandail sont placés à l'extérieur de la maison d'Alex Gagnon.

Alex Gagnon a suivi le mouvement #SticksOutForHumboldt après la tragédie. Il y a ajouté le masque qu'il a porté lors de sa saison à Humboldt et son chandail reçu pour le match des étoiles.

Photo : fournie par Alex Gagnon

J'ai eu de bons entraîneurs dans ma vie, mais Bob a été le meilleur. Je l'ai adoré, je l'appelais Bob Beauty!

Alex Gagnon
Alex Gagnon, installé dans son bureau, posant avec des souvenirs de son passage à Humboldt.

Alex Gagnon est aujourd'hui conseiller en sécurité financière et représentant en épargne collective à IG Gestion de patrimoine.

Photo : Radio-Canada


Emrik Guillemette, attaquant

Au mois d'octobre 2011, Emrik Guillemette, de Sorel-Tracy, reçoit un appel d’un agent de joueurs franco-ontarien, Marcel Audet. Son travail : trouver des joueurs libérés par leur équipe junior majeur et combler les places disponibles dans les équipes Junior A de l’Ouest canadien.

Marcel Audet tente de convaincre Emrik Guillemette de s’aligner avec les Broncos de Humboldt. Bon vendeur, l’agent l’informe que cette franchise va accueillir, cette année-là, le championnat canadien, la Coupe de la Banque royale (RBC). Mais il en faudra davantage pour le persuader.

Emrik Guillemette en action sur la patinoire.

Emrik Guillemette a récolté 24 points en 36 matchs avec les Broncos de Humboldt.

Photo : fournie par Emrik Guillemette

« Je n’étais pas très réceptif à l’idée d’aller à Humboldt. En plus, c’était ma dernière session au cégep et je voulais la finir. Il était trop tard pour abandonner mes cours, alors je ne pouvais pas partir », se souvient-il.

Mais Marcel Audet n’a pas lâché le morceau, continuant d’appeler régulièrement le jeune hockeyeur. Si bien que le joueur de Sorel-Tracy s’est finalement laissé amadouer et a même convaincu son bon ami Jonathan Parisien, qu’il avait côtoyé sur la Côte-Nord, de le suivre. Le 30 décembre 2011, les deux hockeyeurs quittent le Québec pour la Saskatchewan.

Honnêtement, dans toute ma vie, je n’ai jamais vu un groupe de gars qui voulait gagner autant que ça.

Emrik Guillemette
Tous les joueurs des Broncos de Humboldt célèbrent leur championnat. Les visages des deux Québécois sont encerclés.

Emrik Guillemette (jaune) et Jonathan Parisien (vert) célèbre leur championnat des séries éliminatoires de la SJHL.

Photo : fournie par Emrik Guillemette

Jonathan Parisien, défenseur

La veille de notre départ, on se demandait dans quoi on s’était embarqués. Finalement, ç’a été une année de fou!

Jonathan Parisien

Jonathan Parisien admet qu’Emrik Guillemette et lui craignaient leur accueil dans le vestiaire des Broncos. Ils savaient qu'ils débarquaient au beau milieu d’une saison importante et que tout le monde dans ce vestiaire ne parlait que l’anglais.

Heureusement, dès la première soirée d’équipe, les deux francophones ont senti qu’ils faisaient partie d’un groupe uni qui voulait gagner.

Jonathan Parisien était « sous le choc », le 6 avril 2018, quand il a appris la nouvelle de la tragédie. C'est son ancien coéquipier Taylor Duzan, avec qui il avait joué à Humboldt, qui la lui a annoncée.

Aujourd’hui employé du Service de sécurité incendie de Montréal (SIM), Jonathan Parisien, tout comme ses collègues, a été touché par la tragédie.

Vêtu de son chandail des Broncos, Jonathan Parisien pose avec 80 collègues du Service de sécurité incendie de Montréal.

Vêtu de son chandail des Broncos, Jonathan Parisien pose avec 80 collègues du Service de sécurité incendie de Montréal.

Photo : fournie par Jonathan Parisien


Mathieu Bonnelly, Simon Nadeau, Alex Gagnon, Emrik Guillemette et Jonathan Parisien ont tous quelque chose en commun : rien ne les destinait à jouer pour les Broncos. Cela n’a jamais été un objectif pour eux. C’est plutôt un concours de circonstances qui a fait en sorte qu’ils se sont retrouvés à Humboldt. Finalement, ils disent tous avoir apprécié leur expérience.

« Si un hockeyeur québécois a la chance d’aller jouer à Humboldt, je lui dis d’y aller à 100 milles à l'heure », conclut Emrik Guillemette.

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