•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Montréal n'obligera pas ses policiers à se munir de caméras portatives, confirme Plante

Un homme tient une caméra portative dans ses mains.

Des caméras de marque Axon ont été utilisées pour le projet pilote du SPVM.

Photo : Reuters / Brendan McDermid

Jérôme Labbé

La mairesse Valérie Plante a confirmé mercredi matin ce que tout le monde avait déjà compris, soit que la Ville de Montréal ne forcera pas ses policiers à s'équiper de caméras portatives.

Un projet pilote, dont les résultats ont été présentés la semaine dernière devant la Commission de la sécurité publique, n'a pas été concluant, selon le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

Un système peu utile, des coûts trop élevés, une technologie qui mérite encore d'être peaufinée : la mairesse a repris sensiblement les mêmes arguments que le corps de police en s'adressant au comité exécutif de la Ville de Montréal, mercredi matin.

On a l'impression que parfois, une caméra, c'est vite, bing bang! on met une caméra et ça va tout être réglé... Ben non. Ce n'est pas aussi simple.

Valérie Plante, mairesse de Montréal

Le SPVM et la Ville de Montréal assureront toutefois une veille technologique, a-t-elle indiqué, « pour voir si éventuellement, ça pourrait être quelque chose à mettre en place ».

Un bilan négatif

Dans son rapport rendu public l'avant-veille de sa présentation en commission, le SPVM évoquait des coûts de 17 millions de dollars pour acheter les caméras portatives et former ses 3000 patrouilleurs. Il estimait aussi que le maintien d'un tel système lui coûterait environ 24 millions de dollars par année, car il faudrait embaucher plus de 200 agents pour traiter le flux de vidéos.

Le projet pilote avait été lancé au printemps 2016. Quelque 78 agents du Plateau-Mont-Royal, de Lachine et de Montréal-Nord, ainsi que des patrouilleurs du métro et des policiers affectés à la sécurité routière y ont participé pendant une période d'un an.

La Ville de Montréal espérait ainsi accroître le sentiment de sécurité des citoyens et diminuer le profilage racial et social. Le système devait aussi permettre d'identifier d'éventuels accrocs au protocole des interventions. Or, les caméras portatives n'ont eu que très peu d'incidence sur le déroulement de ces dernières, selon le SPVM.

Pour atteindre ces objectifs, Mme Plante a expliqué mercredi matin qu'elle misera plutôt sur la formation des patrouilleurs et sur la « police de proximité », ces équipes spécialisées qui travaillent sur le terrain en partenariat avec les organismes communautaires. La Ville de Montréal continuera par ailleurs à récolter des données sur les interventions policières et à les partager avec le milieu de la recherche.

D'autres grandes villes canadiennes, dont Toronto, ont fait l'expérience des caméras portatives au cours des dernières années. Toutefois, à ce jour, seul le corps de police de Calgary a commencé à les utiliser à grande échelle.

Le point de presse de la mairesse.

Valérie Plante a répondu aux questions des journalistes vers 10 h mercredi dans le salon Maisonneuve de l'hôtel de ville de Montréal.

Photo : Radio-Canada / Julie Marceau

Ces villes, a repris Mme Plante plus tard en matinée, « ont décidé de ne pas continuer leur projet pilote, justement parce qu'il y avait des résultats mitigés » et que l'implantation de caméras portatives sur l'ensemble des policiers impliquait un investissement majeur « pour une technologie qui n'est peut-être pas tout à fait au point ».

La mairesse a illustré son propos en disant que les vidéos recueillies ne pouvaient pas encore être utilisées en Cour et que leur format n'était même pas compatible avec le système utilisé dans les palais de justice.

« Je ne peux pas juste investir 25 millions dans une technologie qui ne semble pas être au point et qui ne semble pas avoir fait l'unanimité », a-t-elle expliqué.

Mme Plante a aussi balayé du revers de la main les critiques de la compagnie Axon – le fournisseur qui a équipé les policiers lors du projet pilote – selon lesquelles les estimations budgétaires du SPVM sont exagérées. Les services de la Ville de Montréal, a-t-elle indiqué, ont validé les chiffres du corps de police. « Pour moi, c'était important d'avoir une analyse indépendante de celle d'un possible fournisseur », a souligné la mairesse.

L'opposition se prononce

De son côté, le parti Ensemble Montréal s'est engagé mercredi à munir tous les patrouilleurs du SPVM de caméras portatives s'il est porté au pouvoir en 2021.

La formation politique, qui forme l'opposition officielle à l'Hôtel de Ville, en a fait sa première promesse électorale, plus de deux ans et demi avant la prochaine élection.

Son chef par intérim, Lionel Perez, rejette les raisons financières et technologiques évoquées par la mairesse pour dire non aux caméras portatives.

Il accuse plutôt l'administration Plante d'avoir cédé aux pressions du SPVM et du syndicat des policiers.

Selon lui, la mairesse ne veut tout simplement pas « se mettre à dos » le SPVM et la Fraternité des policiers et policières de Montréal, alors qu'elle devrait plutôt « montrer un réel leadership, et faire ce qui est dans le meilleur intérêt des Montréalais et des Montréalaises afin de rétablir la confiance du public ».

Grand Montréal

Politique municipale