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La « taxe police » suscite la grogne à Saint-Jérôme

Une voiture du Service de police de Saint-Jérôme, dans les Laurentides, est stationnée de nuit sur une route avec les gyrophares allumés.
La taxe pour les services policiers doit être payée non seulement par les propriétaires de maisons et de condos, mais aussi par les locataires et les commerçants. Photo: Radio-Canada / Jean-Claude Taliana
Radio-Canada

Des citoyens de Saint-Jérôme s'opposent à ce qu'ils appellent la « taxe police », un montant de 95 $ qui s'ajoute au compte de taxes municipales que les Jérômiens reçoivent ces jours-ci. Le montant doit être payé non seulement par les propriétaires de maisons et de condos, mais aussi par les locataires et les commerçants.

Un reportage de René Saint-Louis, journaliste à l'émission Le 15-18

La nouvelle ligne apparaissant cette année sur le compte de taxes municipales à Saint-Jérôme se lit comme suit : « Tarif Police Non Subventionnée : 95 $ ».

Ce tarif est appliqué par porte, c'est-à-dire que le propriétaire d'un immeuble de 20 appartements, par exemple, devra payer 20 fois 95 $.

Pour les baux qui se terminent le 1er juillet, les propriétaires ont jusqu'au 31 mars pour inclure ce montant dans l'avis d'augmentation de loyer de leurs locataires. Cela pourrait représenter un peu moins de 8 $ par mois d'augmentation.

Le mesure touchera davantage les personnes pauvres, estime Alain Langlois, qui possède plusieurs immeubles de logements. « Là, en ce moment, on touche directement la classe peut-être la plus vulnérable. Ici à Saint-Jérôme, on est une ville de locataires. Comparativement au nombre de propriétaires, il y a beaucoup plus de locataires. Là, on touche directement chacun des locataires, c'est ça qu'on fait », dit-il.

M. Langlois ajoute que cette nouvelle taxe ne devrait pas exister, car la Ville a toujours eu le même service de police.

« Ça aurait au moins dû être planifié sur le long terme », soutient de son côté Claude Dubois, qui possède aussi plusieurs immeubles de logements. Il se demande s'il ne sera pas obligé de payer lui-même une partie de la facture, ne serait-ce que la première année, afin d'étaler la hausse sur deux ans.

Moi, dans les logements que j'ai, il y en a qui sont sur le bien-être social, il y en a qui ne travaillent pas. C'est difficile pour eux de recevoir une augmentation. Ce n'est pas justifiable de hausser le loyer de façon aussi drastique.

Claude Dubois, propriétaire d'immeubles de logements
Claude Dubois, propriétaire d'immeubles locatifs, en compagnie de Richard St-Laurent, l'auteur de la pétition contre la « taxe police ». Tous deux posent dans un stationnement avec une casquette sur la tête. Claude Dubois, propriétaire d'immeubles locatifs, en compagnie de Richard St-Laurent, l'auteur de la pétition contre la « taxe police » Photo : Radio-Canada / René Saint-Louis

Pétition

C'est justement un locataire, Richard St-Laurent, qui a lancé une pétition qui réclame l'abolition de la « taxe police ». Il vient d'ailleurs d'atteindre l'objectif de 2500 signataires qu'il s'était fixé et entend remettre sa pétition aux élus lors du conseil municipal du 19 février prochain.

La tarification du service de police est aussi inéquitable pour les commerçants, estime la conseillère municipale Nathalie Lasalle. Pour eux, le montant à payer est de 190 $.

Walmart, pour ne pas le nommer, va payer 190 $ pour cette même taxe de police versus quelqu'un qui a son salon de coiffure à la maison qui va payer le 190 $ aussi, plus son autre taxe de police de 95 $ pour la maison.

Nathalie Lasalle, conseillère municipale

Au total, les gens qui ont un commerce à la maison devront donc payer 285 $ par année, soutient la conseillère de l'opposition. Nathalie Lasalle dénonce l'iniquité de la mesure autant pour les locataires que pour les petits commerçants.

Une autre conseillère de l'opposition, Johanne Dicaire, trouve que la Ville se sert de la police pour justifier une augmentation de taxe.

Le maire se défend

Le maire de Saint-Jérôme, Stéphane Maher, ne trouve pas le tarif inéquitable, au contraire.

Mais, en fait, c'est équitable, parce que tous les citoyens ont le même niveau de service de police. Vous savez, lorsqu'on a besoin de policiers, ce qu'on ne souhaite à personne évidemment, vous avez un service. Que vous ayez une grosse maison ou un petit logement, vous avez le même service.

Stéphane Maher, maire de Saint-Jérôme
Plan rapproché de Stéphane Maher devant le drapeau de Saint-Jérôme.Stéphane Maher, maire de Saint-Jérôme Photo : Radio-Canada / Hugo Lavoie

Le maire Maher dit aussi que la Ville de Saint-Jérôme est victime d'une injustice, car elle finance à 100 % son service de police municipale alors que des villes de même taille, comme Drummondville, utilisent le service de la Sûreté du Québec, qui est subventionnée à 50 % par le gouvernement provincial. Cette injustice, dit le maire, prive les Jérômiens de 10 millions de dollars par année.

Stéphane Maher souhaite que ses citoyens prennent conscience du sous-financement de la police de Saint-Jérôme et l'encouragent dans sa bataille contre Québec. La Ville, dit-il, va bientôt mettre en ligne un site web afin d'informer les citoyens sur cet enjeu. « On s'attend à une belle mobilisation de la population », conclut-il.

S'il gagne, le maire s'engage à retirer la nouvelle tarification du compte de taxes et même à rembourser les citoyens.

Quand on regarde en détail le budget de la Ville de Saint-Jérôme, on constate que le coût du service de police a augmenté de plus de 8 % en 2019, ce qui représente un montant additionnel de 1,7 million de dollars à budgéter. La hausse des frais administratifs de la Ville est cependant encore plus importante, avec un bond de 30 %, ce qui entraîne, pour les contribuables, une facture additionnelle de 1,8 million.

Granby et Saint-Jean-sur-Richelieu dénoncent aussi le sous-financement des villes qui ont leur propre corps de police municipale. À Granby, la hausse totale du compte de taxe est de 1,6 % cette année. Elle est de 1 % à Saint-Jean-sur-Richelieu.

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