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Multiples cas de mauvais traitements au Centre hospitalier Restigouche

Anaïs Brasier

Les patients du Centre hospitalier Restigouche (CHR) sont « victimes d'actes de négligence, de violence et de traitements inacceptables », alors que la sécurité des employés est mise en jeu, peut-on lire dans un rapport du bureau de l'ombudsman du Nouveau-Brunswick rendu public jeudi. Dans ses recommandations, l'ombudsman demande une réduction importante des services offerts par le CHR.

Le Centre hospitalier Restigouche (CHR) est le principal hôpital de soins psychiatriques du Nouveau-Brunswick. Il comptait, jusqu'à l'automne, 140 lits et fournit des services psychiatriques à l'échelle provinciale. Cela comprenait 60 lits en réadapation psychiatrique, 60 lits en psychiatrie légale et 20 lits en réinsertion sociale, tous en chambres privées. Une quarantaine de lits ont toutefois été fermés à l'automne, mais on ignore lesquels.

En mai 2017, le Bureau de l’ombudsman a reçu une dénonciation écrite anonyme alléguant des manquements significatifs à la protection des patients du CHR contre les mauvais traitements et les soins inadéquats infligés par son personnel.

Après enquête, le Bureau de l’ombudsman conclut que ces allégations sont fondées : Dans de multiples cas, des patients ont subi des mauvais traitements significatifs.

La multiplicité de ces incidents et leurs détails inquiétants démontrent que le CHR est en situation de crise.

Rapport spécial du Bureau de l'ombudsman du Nouveau-Brunswick concernant le Centre hospitalier Restigouche
Charles Murray en point de presse. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Charles Murray, l'ombudsman du Nouveau-Brunswick, a rendu public son rapport sur le Centre hospitalier Restigouche jeudi.

Photo : Radio-Canada / Michel Corriveau

Dans au moins un cas, les lacunes d’évaluation et de soins pourraient même être responsables du décès prématuré d’un patient, est-il écrit.

Décès, malnutrition, violence et rapports inexacts

Cinq cas ont été retenus par le Bureau de l’ombudsman pour illustrer la gravité de l’échec du CHR de prodiguer des soins adéquats, tout en s’assurant de respecter la confidentialité des patients.

Un premier cas concerne un patient retrouvé mort un matin du printemps 2018. Il a été déclaré que le patient A est mort dans la nuit de manière inattendue. Pourtant, d’après des témoignages, le patient aurait mentionné des douleurs, dans la région thoracique, axillaire et abdominale à plusieurs reprises durant les jours qui ont précédé sa mort. Le patient a même été évalué à l’Hôpital régional de Campbellton.

Le Centre hospitalier Restigouche vu de l'extérieur. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le Centre hospitalier Restigouche est situé à Campbellton, dans le nord du Nouveau-Brunswick (archives).

Photo : Radio-Canada

Un deuxième cas révèle qu’un homme âgé de 70 ans présentait des signes de malnutrition, ainsi qu’une mauvaise hygiène buccodentaire et périnéale lorsqu’il a été transporté à l’Hôpital régional de Campbellton en septembre 2017.

Dans un troisième cas, l’interrogatoire d’un employé a dévoilé que les rapports ne présentent pas toujours la vérité.

Les faits décrits dans les rapports d’incident n’étaient pas toujours exacts.

Rapport spécial du Bureau de l'ombudsman du Nouveau-Brunswick concernant le Centre hospitalier Restigouche

Selon l’employé, des aides-légistes (qui contribuent à la sécurité du personnel et des patients) utilisent souvent des moyens d’intimidation contre le personnel [...] lorsque des altercations surviennent avec les patients, en utilisant des phrases du type : "Vous n’avez rien vu, rien entendu". Dans ce cas, un patient qui avait montré des signes d’agressivité s’est retrouvé avec une commotion cérébrale et une fracture sous l’oeil droit, en plus de blessures au cou.

Une photo des ecchymoses du patient. On ne voit pas son visage afin de conserver sa confidentialité. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'évaluation a montré que le patient présentait des ecchymoses et des égratignures sur la clavicule gauche.

Photo : Rapport spécial du Bureau de l'ombudsman du Nouveau-Brunswick concernant le Centre hospitalier Restigouche

Le manque de personnel en cause

Si le CHR ne prodigue pas périodiquement des soins adéquats aux patients, c’est notamment en raison du manque chronique de personnel [qui] a érodé la culture et le modèle de service de l’établissement.

[Des employés] croulent sous une charge de travail totalement déraisonnable en tentant de contrebalancer cette pénurie, peut-on lire dans le rapport (Nouvelle fenêtre).

Une culture de silence et de la peur a pris racine.

Rapport spécial du Bureau de l'ombudsman du Nouveau-Brunswick concernant le Centre hospitalier Restigouche
Le local du personnel du Centre hospitalier Restigouche, derrière une vitre, vide.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le CHR avait déjà rencontré des problèmes en 2015, alors que des rumeurs circulaient par rapport au climat de travail au sein de l’établissement.

Photo : Radio-Canada

En conséquence, l’évaluation des patients subit d’importants retards, les patients n’ont pas de soins individualisés, des installations sont sous-utilisées, des patients qui auraient pu recevoir leur congé sont toujours au CHR et des membres du personnel ne peuvent terminer leur formation, entre autres.

[Le CHR] ne respecte même pas les normes de soins minimales d’un établissement de santé.

Rapport spécial du Bureau de l'ombudsman du Nouveau-Brunswick concernant le Centre hospitalier Restigouche

Il faut alléger la mission du CHR, selon l'ombudsman

Le Bureau de l'ombudsman propose plusieurs recommandations, dont :

  • alléger considérablement la mission du CHR en la limitant à une ou deux populations de patients en santé mentale;
  • disposer d'un nombre suffisant d'employés du CHR, adéquatement formés;
  • considérer la fermeture de plusieurs des unités actuelles du CHR;
  • réévaluer la construction, qui semble particulièrement mal avisée, d'un établissement de santé mentale mitoyen pour les jeunes, compte tenu des défis avérés et persistants en matière de dotation du personnel du CHR.

Nouveau-Brunswick

Santé mentale