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Concert d'inquiétudes devant le projet de Québec de confier ses données informatiques au privé

Un travailleur  est debout  et il tient dans la paume de sa main gauche un petit ordinateur portatif. Une femme montre du doigt des données d'un serveur informatique et discute avec l'homme.

Deux techniciens analysent des données dans une pièce remplie de serveurs.

Photo : iStock / gorodenkoff

Radio-Canada

Le gouvernement du Québec pourrait devenir « l'otage » des entreprises privées à qui il confiera le traitement de ses données informatiques, prévient un expert de Polytechnique Montréal, José Fernandez. Des craintes partagées par deux syndicats du secteur public, qui s'inquiètent entre autres de la confidentialité des données des Québécois.

Un texte d'Anne Marie Lecomte

Pour le professeur en génie et expert en sécurité informatique qu'est José Fernandez, la décision annoncée par Québec lundi de confier le stockage de ses données publiques au privé est « très décevante ».

« Dans le court terme, on va réduire les coûts », a admis le professeur de génie informatique, mardi, sur ICI Première.

Mais, à long terme, poursuit-il en substance, le gouvernement se retrouvera dans une situation similaire à celle qui prévaut dans le domaine de la construction : il deviendra « otage de ces grandes compagnies », qui feront augmenter la note.

D'après ce qu'a annoncé Québec, jusqu'à 80 % des données informatiques gouvernementales seront confiées à des services d'hébergement en ligne privés, comme ceux d'Amazon, de Google ou encore de Microsoft.

Or, pour José Fernandez, pareille entreprise n'est pas sans risque. « Le gouvernement des États-Unis fait de plus en plus appel à l'infonuagique, et il essaie d'exiger des standards de qualité et de sécurité aux grands fournisseurs que sont Amazon, Google, etc. » Or, même Washington parvient difficilement à imposer ses règles à ces géants de l'informatique, dit M. Fernandez.

Pensez-vous que le gouvernement du Québec va pouvoir imposer des standards, que ce soit au niveau de la protection de la vie privée ou au niveau technologique? Le gouvernement britannique ou américain a des leviers face à ces grandes compagnies que nous, nous n'avons pas au Québec.

José Fernandez au micro de Michel C. Auger sur ICI Première

« Si c'est au Québec, c'est correct »

Le Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ) s'inquiète à l'idée que les données des Québécois puissent être stockées en sol américain. « Ça nous amène des craintes sur la confidentialité des données qui vont être utilisées par le gouvernement américain », affirme Christian Daigle, président du SFPQ.

Où vont être situés ces nouveaux serveurs-là? Si c'est au Québec, c'est correct. S'il n'y a pas de lien avec les États-Unis, c'est correct.

Christian Daigle, du SFPQ, en entrevue avec La Presse canadienne

Christian Daigle dit comprendre le recours au privé pour implanter des systèmes informatiques. « On n'a pas l'expertise », reconnaît-il. « Mais, une fois que c'est implanté, on devrait être capable de l'entretenir à l'interne; c'est récurrent comme travail », a-t-il ajouté.

Garder ses données, c'est mieux

Un ordinateur, un ordinateur portable, une tablette, un téléphone cellulaire et une liseuse sont liées par des fils vers un nuage.

La sauvegarde d'information en utilisant la technologie infonuagique

Photo : iStock / Kalawin

Le Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) se dit quant à lui déçu de ne pas avoir été consulté. Les recommandations du SPGQ, dit son président Richard Perron, n'ont pas été prises en compte par le gouvernement Legault.

« Une infonuagique, il faut garder ça chez nous; il ne faut pas mettre ça sur un serveur étranger dont les données pourraient être saisies par un gouvernement malveillant [...] », affirme M. Perron.

Des inquiétudes qui trouvent écho dans l'analyse que fait José Fernandez de Polytechnique : « Si on veut faire une saisie, si on veut limiter l'accès d'un point de vue légal, si c'est en dehors du Canada, on ne peut pas faire grand-chose ».

Est-ce qu'on veut avoir, au Québec, une souveraineté numérique? Est-ce qu'on veut avoir nos données là où on peut les contrôler?

José Fernandez au micro de Michel C. Auger, sur ICI Première

Le vrai problème : la main d'oeuvre

Le Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec affirme que l'appareil gouvernemental ne parvient pas à pourvoir 800 postes de techniciens en informatique. La raison? Ces employés spécialisés préfèrent le secteur privé qui leur accorde une fois et demie le salaire offert dans le public. Le SFPQ, qui comptait 2030 techniciens en informatique parmi ses membres en 2004, n'en compte plus que 1050.

Cette incapacité à recruter puis à garder les experts constitue le « vrai problème » du gouvernement dans ce domaine, selon José Fernandez.

Plutôt que de s'en remettre au privé, le gouvernement de François Legault devrait plutôt investir et développer l'expertise dans ce domaine fertile en emplois « de haute valeur », dit M. Fernandez. D'autant plus que le Québec a de l'hydroélectricité à bon prix et un climat froid, deux qualités recherchées par tout centre hébergeant des données.

Pourquoi ne pas développer l'expertise au Québec?

« Le Québec se veut un phare en technologie de l'information, en cybersécurité », rappelle José Fernandez. En se tournant vers le privé, déplore-t-il, Québec donne « une claque » aux initiatives visant à favoriser l'essor de cette industrie ici.

José Fernandez soutient que le centre d'expertise de Polytechnique Montréal a tenté d'établir des liens avec le nouveau gouvernement de François Legault. « On n'a pas eu de retours d'appel », dit le professeur.

« D'entendre, après quatre mois, qu'on va exactement dans la même direction que les libéraux avaient établie il y a quatre ou cinq ans, d'aller vers l'impartition, sans avoir consulté les expertises mondiales qu'on a au Québec... Encore une fois, c'est décevant », conclut José Fernandez.

Avec les informations de La Presse canadienne

Société