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Un nouveau toit pour le stade olympique, mais pas avant 2024

La toile externe qui recouvre actuellement le Stade olympique de Montréal a plus de 20 ans d'usage.

Photo : Radio-Canada / Martin Ouellet-Diotte

Romain Schué

Il faudra attendre près de deux années supplémentaires pour découvrir le nouveau toit du stade olympique de Montréal, dont une partie pourrait être démontable. L'échéancier du remplacement de la toile actuelle, sur laquelle les déchirures se multiplient, vient d'être revu pour réaliser de plus longues analyses, afin d'éviter de répéter les erreurs du passé.

« Cette fois-ci, on ne veut pas se tromper », soutient-on du côté de la Régie des installations olympiques (RIO), affirmant être conscient de l’enjeu et de la sensibilité des citoyens québécois vis-à-vis du stade olympique et de sa toiture.

Depuis l’installation de la deuxième toile, en 1998, suivie à peine trois mois plus tard par la malheureuse déchirure en plein Salon de l’auto, les projets de rénovation se sont multipliés, en vain. Désormais, la RIO préfère prendre son temps.

« Les projets sont jugés par le budget, l’échéancier et la qualité. Il y a toujours une dominante. Dans ce cas, ici, c’est clair que c’est la qualité. Les deux premiers toits n’ont pas fonctionné, celui-là doit fonctionner. Évidemment, on essaie de respecter le budget et l’échéancier, mais s’il y a une chose qui est préoccupante dans ce projet, c’est la qualité. On est focus sur la qualité », assure le vice-président construction et entretien du Parc olympique, Maurice Landry.

On veut prendre plus de temps pour réfléchir. On veut passer beaucoup plus de temps à analyser les impacts d’un concept sur la structure, sur le stade.

Maurice Landry, vice-président du Parc olympique

Depuis l’autorisation accordée par le précédent gouvernement, fin 2017, d’enclencher le processus de remplacement de la toiture de ce stade inauguré en 1976, l’instance provinciale a donc revu son calendrier.

Alors que le dernier Plan québécois des infrastructures (PQI) prévoyait « la fin des travaux de remplacement de la toiture [...] pour 2022 », la RIO se veut plus prudente et évoque une réouverture de l’enceinte au grand public en 2024, soit deux ans avant la Coupe du monde de soccer, qui sera organisée aux États-Unis, au Canada et au Mexique.

L’échéancier envisagé

  • Printemps 2020 : remise du dossier d’affaires au gouvernement
  • Été 2020 : lancement de l’appel à propositions avec trois candidatures déjà retenues
  • Printemps 2021 : choix du consortium
  • 2024 : réouverture au grand public du stade olympique

Un « opercule » de la taille d’un terrain de soccer souhaité

La Coupe du monde, le plus important championnat mondial avec les Jeux olympiques, a une incidence majeure sur les plans de la RIO, puisque Montréal est candidate pour accueillir plusieurs rencontres en 2026. Pour être retenue par la Fédération internationale de football association (FIFA) parmi les 16 villes hôtes (23 en lice), la métropole augmentera considérablement ses chances en ayant à sa disposition un toit amovible.

La FIFA rendra sa décision en 2021, soit quelques mois après la remise du dossier d'affaires, qui comprendra notamment les plans et devis de ce projet.

« On est à l’étude pour avoir un opercule [démontable] sur le toit du stade », détaille Maurice Landry. Celui-ci pourrait être de la dimension d’un terrain de soccer, afin de permettre à la future pelouse de bénéficier de conditions climatiques optimales.

Photo de l'espace entre les deux toiles du stade olympique.

Des travailleurs doivent parfois œuvrer entre les deux toiles pour effectuer des réparations.

Photo : Radio-Canada / Martin Ouellet-Diotte

Comment cet opercule pourrait-il être enlevé? Des analyses sont en train d’être réalisées par plusieurs firmes internationales, dont les ingénieurs de Schlaich Bergermann Partner.

Depuis septembre 2018, cette entreprise, qui a travaillé sur les plus grands stades du monde (stade olympique de Berlin, Maracana à Rio, BC Place à Vancouver, Wanda Metropolitano à Madrid), collabore avec la RIO pour trouver une solution réaliste, en compagnie de GMP Architekten, une autre société allemande spécialisée dans ce type de construction. Les Québécois de WSP, experts en génie-conseil, sont quant à eux responsables d'évaluer la capacité portante du stade.

« Nos spécialistes se penchent sérieusement sur cette solution-là pour voir si c’est techniquement faisable et à quel coût on peut le faire. C’est très important. On doit rester à l’intérieur de l’enveloppe budgétaire », détaille le vice-président de la RIO, tout en montrant un vif intérêt pour « la translucidité de la future toile ».

Avoir davantage de luminosité à l’intérieur du stade, « ça change toute l’ambiance », glisse-t-il, citant le Mercedes-Benz Stadium d’Atlanta, qui vient d’accueillir le dernier Super Bowl.

Si la RIO refuse d’évoquer un montant, une enveloppe allant de 200 à 250 millions de dollars serait budgétée pour cette nouvelle toiture.

Des journalistes observent la toile recouvrant le stade olympique à partir du parterre.

La toile du Stade olympique de Montréal est composée de deux membranes, une membrane externe recouvre celle située à l'intérieur.

Photo : Radio-Canada / Martin Ouellet-Diotte

Pas de rétractabilité complète

Chose certaine, il est hors de question pour la RIO de se lancer dans une toiture entièrement rétractable, comme au Centre Rogers de Toronto. Bien que des discussions aient été menées en ce sens, l’organisme public n’a pas retenu cette option.

Trop risqué, explique-t-on, en raison du poids supplémentaire sur la structure portante du stade.

« Le réel besoin pour le stade olympique, c’est d’avoir un toit fixe avec lequel on pourra protéger l’intérieur du stade. L’idée de l’opercule ne sert que lorsqu’on aura des événements d’exception pour lesquels on aura besoin d’ouvrir le stade », ajoute Maurice Landry, qui tient également à garder le « cachet architectural » de l’enceinte.

Conserver l’idée originale de Roger Taillibert demeure primordial, révèle la ministre responsable de la RIO, Caroline Proulx, qui soutient la volonté de la RIO.

C’est comme si vous demandiez à la tour Eiffel de se refaire une beauté, puis [que] vous enleviez une partie de sa tour. On dénaturerait la tour Eiffel. Il faut absolument garder la ligne que M. Taillebert a signée. C’est sa signature.

Caroline Proulx, ministre du Tourisme

Actuellement, la tour olympique, penchée, a également une fonction importante, précise la RIO. Près de 75 % de la charge de la toiture est soutenue par ce mât.

Une classique hivernale de la LNH au début de 2024?

Pour notamment « redonner des lettres de noblesse à ce stade », la RIO clame avoir appris des « erreurs du passé ». Alors que la dernière toile a été installée au début de l’hiver, après avoir été pliée et entreposée de longs mois, fragilisant ainsi les plis, elle envisage désormais un démontage et une nouvelle installation durant les saisons plus chaudes. Ainsi, le stade pourrait être dépourvu de toit durant l’hiver 2023.

L’occasion d’organiser une Classique hivernale de la Ligue nationale de hockey, en janvier 2024? L’idée a de nombreux partisans au sein de la RIO, qui pourrait profiter de ce délai pour planifier différents événements hivernaux. « Mais tout ça est très spéculatif », prévient Maurice Landry.

Des gens marchent à l'arrière du Stade olympique de Montréal.

Le Stade olympique de Montréal a été construit en 1973. Aujourd'hui, son entretien nécessite des rénovations coûteuses.

Photo : Radio-Canada / Martin Ouellet-Diotte

L’idée générale est cependant claire : « Rentabiliser l’actif et opérer 12 mois par année », avance la ministre Proulx. À ce jour, un règlement oblige la fermeture du stade en cas d'accumulation de plus de 3 cm de neige sur le toit.

« Ça va être complètement un game changer », imagine le maire de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, Pierre Lessard-Blais.

« C’est une excellente nouvelle pour tout l’est de Montréal. Ça va nous positionner comme étant un pôle important. Les gens vont considérer de plus en plus le fait d’y investir, de venir le visiter », reprend-il.

On va changer la manière dont on voit le quartier olympique. Il va redevenir une fierté pour les Montréalais. Le plus important, c’est qu’on ne manque pas notre coup. S’il y a un peu de retard, ça ne me dérange pas. Ce qui est important, c’est que ce soit bien fait.

Pierre Lessard-Blais, maire de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve

La toiture du stade, une longue saga

  • Inauguration du stade olympique en 1976;
  • En 1987, la tour est achevée et une première toile mobile de Kevlar est installée;
  • Jusqu’en 1991, 88 manœuvres d’ouverture sont réalisées, provoquant une détérioration de la toile;
  • Une deuxième toiture est posée en novembre 1998;
  • En raison d’une accumulation de neige, la toile se déchire le 18 janvier 1999;
  • Un règlement interdit désormais tout événement en cas d’accumulation de 3 cm de neige à moins de 24 heures d'une manifestation.

Des déchirures en forte augmentation

Le nombre de déchirures constatées l’an passé a explosé, a appris Radio-Canada. En septembre 2018, date du dernier relevé, 3256 déchirures ont été réparées, contre 457 l’année précédente.

Des trous sont visibles dans la toile du stade olympique.

Les déchirures dans la toile du Stade olympique sont nombreuses. Après détection, elles sont recouvertes d'une « patch » composée du même matériel que la toile.

Photo : Radio-Canada / Martin Ouellet-Diotte

Au total, depuis 2007 et le début de ce comptage, 11 166 déchirures ont été notées. Le « vieillissement » de la toile serait en cause.

« La toile est rendue vieille. Tous les défauts accumulés ces dernières années sortent de façon importante après 20 ans », souligne Maurice Landry, tout en précisant que « le toit reste totalement sécuritaire » et que ces fissures ne représentent que 1,5 % de la surface totale (24 000 m2).

Environ 500 000 $ sont dépensés annuellement pour « maintenir l’entretoit en fonction », précise la RIO.

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