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analyse

Le risque réel des cryptomonnaies

Monnaies virtuelles Ripple, Bitcoin, Etherum et Litecoin sur une carte mère d’un ordinateur

Monnaies virtuelles Ripple, Bitcoin, Etherum et Litecoin sur une carte mère d’un ordinateur.

Photo : Reuters / Dado Ruvic

Gérald Fillion

En soi, sur papier, les cryptomonnaies ont leurs forces et leurs faiblesses. Dans la réalité et dans les faits, elles demeurent risquées. Et l'affaire Quadriga, quoi qu'en disent les acteurs de l'industrie, en est une nouvelle preuve et nous rappelle combien il faut être prudent avec ce type d'investissements, spéculatifs et mal encadrés.

L’enjeu ici n’est pas de faire ou refaire le procès des cryptomonnaies, du Bitcoin et de la technologie Blockchain. Simplement, si cet instrument financier et les technologies qui y sont associées sont si formidables aux yeux de certains, il n’en demeure pas moins que les cryptomonnaies sont encore à classer dans la catégorie danger.

Comment expliquer sinon que 115 000 personnes n’ont plus accès à un total de 250 millions de dollars d’investissement parce qu’on rapporte la mort du fondateur de la plateforme QuadrigaCX? Peut-on imaginer que 250 millions de dollars puissent disparaître d’un coup sec parce qu’un homme est parti dans l’au-delà avec le mot de passe?

Alors qu’on nous vante l’hypersécurisation des cryptomonnaies, au temps de l’infonuagique et de l’économie numérique, on a l’impression que le fondateur a simplement avalé la clé du coffre-fort avant de quitter ce bas monde, sans même donner un indice à sa propre épouse!

Encadrement faible

La plateforme en question permettait d’acheter des cryptomonnaies et de les déposer dans un compte virtuel. Les sommes étaient versées temporairement dans un compte hors ligne chiffré, qu’on nomme un portefeuille froid. C’est le code de ce portefeuille qui s’est envolé avec son créateur. L’ordinateur est toujours là, la veuve du fondateur l’a en sa possession, mais il semble totalement impossible d’avoir accès au compte en question.

L’entreprise était aux prises aussi avec sa banque, la CIBC, qui avait gelé des fonds, suspectant des irrégularités dans le transfert de sommes vers une autre entreprise chargée de faire des transactions sur les cryptomonnaies.

Arrêtons-nous ici dans la description de cette affaire. Il est clair qu’il y a anguille sous roche dans le dossier de Quadriga. Mais la question fondamentale demeure : est-ce que ce type d’investissement est sécuritaire?

Au Canada, l’encadrement des cryptomonnaies est faible. Les transactions bancaires sont réglementées et protégées, mais une plateforme de cryptomonnaies peut être lancée sans qu’on s’assure d’une chose aussi simple que de voir à ce que le mot de passe ne soit pas entre les mains que d’une seule personne. C’est ridicule.

Le Centre d’analyse des opérations et déclarations financières du Canada, un organisme fédéral, étudie la question depuis un certain temps, un comité sénatorial a fait des recommandations, l’Autorité des marchés financiers du Québec s’intéresse aussi bien sûr à cet enjeu. Mais, rien n’a été fait sur un encadrement général et complet des cryptomonnaies.

Il est urgent d’agir

Dans un discours prononcé le 1er octobre dernier à Calgary, le sous-gouverneur de la Banque du Canada Timothy Lane disait que « le plus urgent » dans le dossier des cryptomonnaies était de s’assurer de la protection des investisseurs et de la légitimité des flux financiers. La capitalisation des cryptomonnaies atteint 230 milliards de dollars sur la planète actuellement et le volume de transactions s’élève à 15 milliards de dollars.

« L’encours des crypto-actifs ne cesse de grossir, disait Timothy Lane. Ces produits se complexifient et sont de plus en plus interconnectés au reste du système financier. Au vu de l’évolution des technologies qui sous-tendent les crypto-actifs et de la conception changeante de ces instruments, nous devons être prêts à réévaluer leur incidence potentielle sur la stabilité financière. » Selon lui, il faut un cadre réglementaire « suffisamment souple », mais complet.

Et les pays doivent chercher à harmoniser leur approche, selon lui. « Un nouveau produit, dit Timothy Lane, sera-t-il considéré comme un instrument de paiement, comme un titre, comme un produit de base, ou sera-t-il plutôt classé dans une autre catégorie? Devrait-on assimiler les bourses de crypto-actifs à des banques, à des infrastructures de marchés financiers ou à quelque chose de différent? »

La Chine a interdit les cryptomonnaies, alors que le Japon a choisi de faire un suivi serré. Les autorités surveillent là-bas les transactions régulièrement, vérifient les serveurs et s’assurent que le secteur se développe normalement.

« Ces approches réglementaires diffèrent à l’échelle internationale, dit Timothy Lane, et le caractère incomplet de la réglementation dans bon nombre de pays donne aux promoteurs de crypto-actifs la possibilité de se livrer à des arbitrages réglementaires et de mettre au point des produits pensés pour exploiter des différences. »

Vous n’êtes pas protégés

ll est donc fondamental de rappeler quelques mesures de prudence sur les cryptomonnaies. L’agence de la consommation en matière financière du Canada rappelle aux Canadiens que « vous pouvez être moins protégé » en négociant des cryptomonnaies et qu’il n’y a pas d’institution pour « vous aider à récupérer vos fonds si votre transaction ne se déroule pas comme prévu ».

De plus, « vos dépôts ne sont pas assurés » et « la monnaie numérique n’est pas protégée par des régimes d’assurance-dépôts fédéraux ou provinciaux. » S’il y a une faillite, « vos fonds ne sont pas protégés ». Et le cas Quadriga montre un autre danger réel exposé par l’Agence de consommation en matière financière du Canada : « la monnaie numérique peut être vulnérable à la fraude, au vol et au piratage informatique. »

Comprenons-nous bien : le vol, la fraude, le piratage n’ont pas été inventés avec l’arrivée du Bitcoin. Quantité d’événements malheureux ont prouvé qu’on pouvait se faire avoir simplement en confiant nos avoirs à des gestionnaires véreux. L’AMF a fait un travail sérieux pour mieux protéger et indemniser les victimes. Le temps n’est-il pas venu, au Canada, de se pencher sérieusement sur les enjeux de sécurité liés aux cryptomonnaies?

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