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Cryptomonnaies : casse-tête pour récupérer les millions de QuadrigaCX

Une représentation visuelle du bitcoin

Une représentation visuelle du bitcoin

Photo : Getty Images / Dan Kitwood

Radio-Canada

L'avocat de QuadrigaCX, une plateforme d'échange de cryptomonnaie, demande un délai de 30 jours à un juge de Halifax pour lui permettre de récupérer quelque 250 millions de dollars qui appartiennent à ses clients, mais qui sont inaccessibles en raison de la mort de son fondateur qui détenait le seul mot de passe permettant de récupérer l'argent.

La démarche de Me Maurice Chiasson vise essentiellement à gagner du temps, mais aussi à protéger l’entreprise de toute nouvelle poursuite judiciaire pendant que ses dirigeants tentent de récupérer ou de réamorcer le mot de passe qui permet d’avoir accès à ces fonds.

Sur son site Internet, QuadrigaCX indique à ses clients qu'elle a demandé la protection contre ses créanciers et qu'il sera demandé au tribunal de nommer un contrôleur pour surveiller les procédures qui doivent conduire à la libération des fonds.

Dans un affidavit présenté le 31 janvier à la Cour suprême de la Nouvelle-Écosse, Jennifer K. M. Robertson, la veuve du fondateur et ex-PDG de QuadrigaCX, Gerald W. Cotten, explique que son défunt mari a succombé subitement à des complications liées à la maladie de Crohn, en décembre dernier.

Or, M. Cotten détenait apparemment la seule clé de chiffrement permettant d’accéder à l’argent investi par les utilisateurs de QuadrigaCX. « C’est surprenant de voir comment l’entreprise dépendait d’une seule personne pour la gestion des fonds sur une base journalière », s'étonne le directeur de la plateforme de cryptomonnaie Liquid.com pour l'Amérique du Nord, Nick Chong.

« Nous aussi, nous opérons une plateforme de cryptomonnaie comme QuadrigaCX, et nous, ce n’est pas une seule personne qui a accès à ces fonds-là, poursuit M. Chong. On a un système de quorum pour accéder aux fonds et ce sont des fonds qui appartiennent à nos clients, pas à nous. Donc, ce sont des fonds qui sont en fiducie que l’on doit gérer avec une certaine responsabilité. »

Il y a quatre, cinq ou six personnes qui disposent des codes d’accès et il faut un quorum de deux ou quatre personnes pour accéder aux comptes.

Le directeur de la plateforme de cryptomonnaie Liquid.com pour l'Amérique du Nord, Nick Chong

Au moment de sa mort, Gerald W. Cotten se trouvait en Inde, où il travaillait à ouvrir un orphelinat pour les enfants dans le besoin, selon ce qu’a indiqué QuadrigaCX sur Facebook.

Sa veuve a fourni le certificat de décès de Gerald W. Cotten, et Affaires mondiales Canada a confirmé à CBC qu’un Canadien était bel et bien mort en Inde, sans toutefois pouvoir donner plus de détails en raison de la Loi sur la protection des renseignements personnels.

QuadrigaCX est une plateforme qui permet d’acheter des cryptomonnaies avec des fonds véritables déposés dans un compte virtuel.

L’entreprise détient donc à la fois des cryptomonnaies et des devises appartenant à ses clients, qu’elle conservait pour eux à la manière d’une banque, jusqu’à ce qu’elle n’ait plus accès à ses fonds.

« La cryptomonnaie est une monnaie virtuelle à laquelle on attribue une valeur », explique le spécialiste en cybersécurité pour les Commissionnaires du Québec, Jaen-Philippe Décarie-Mathieu, en entrevue à ICI RDI. « Ça s’achète et ça s'échange comme toute autre monnaie fiduciaire, c’est le même principe. »

« Il y a deux types de stockage de cryptomonnaie : le portefeuille chaud (hot wallet) et l’entreposage à froid (cold storage), poursuit M. Décarie-Mathieu. Dans le premier cas, les liquidités courantes peuvent être retirées de la plateforme en ligne. C’est à peu près l’équivalent du guichet automatique pour la monnaie conventionnelle. »

Le second type de stockage « est l’équivalent d’un coffret de sécurité à la banque. Alors qu’il faut une clé pour ouvrir le coffret à la banque, il faut un mot de passe cette fois » pour avoir accès à son argent. « C’est ce qui manque maintenant dans le cas de Gerald Cotten. C’est ce qui va débarrer la voûte. »

Les investisseurs pourraient ne jamais revoir leur argent, qui pourrait dormir dans le cyberespace un bon moment, convient M. Décarie-Mathieu.

Disparition de 250 millions de dollars, les cryptomonnaies sont-elles sécuritaires ? Entrevue avec Élisabeth Préfontaine, fondatrice de la firme de recherche Octonomics

115 000 clients touchés

Le gel ou la perte de ces 250 millions de dollars a mis en porte-à-faux plusieurs de ses clients, dont la Bourse de Vancouver, qui doit 70 millions de dollars en devises et 180 millions de dollars en cryptomonnaie à environ 115 000 utilisateurs.

Les documents judiciaires nous apprennent aussi que QuadrigaCX a fait face à des problèmes de liquidité au cours de la dernière année, qui ont conduit la CIBC à geler près de 26 millions de dollars de capitaux de QuadrigaCX.

J’espère qu’il y aura une enquête criminelle là-dessus parce que c’est quand même 250 millions de dollars qui ont été perdus.

Le directeur de la plateforme de cryptomonnaie Liquid.com pour l'Amérique du Nord, Nick Chong

Selon la CIBC, qui avait porté l’affaire devant la Cour supérieure de l’Ontario, QuadrigaCX aurait transféré illégalement 67 millions de dollars dans un compte de Costodian Inc., une entreprise qui faisait affaire avec QuadrigaCX pour le traitement des transactions.

Gerald W. Cotten s’était défendu d’agir dans l’illégalité et avait à son tour accusé la CIBC de le cibler en raison d’inquiétudes liées aux cryptomonnaies.

M. Chong soutient que le Japon, où est basée son entreprise, possède la plus solide réglementation en matière de cryptomonnaie et que les autres pays devraient s'en inspirer pour protéger les investisseurs. « Au Canada, il y a seulement le Québec qui a légiféré sur les cryptomonnaies et cette loi ne protège que contre le blanchiment d’argent, explique M. Chong. Donc, ça n’assure pas la sécurité des fonds ni la manière dont ces cryptomonnaies sont gérées. »

M. Chong souligne que le Japon oblige la « ségrégation des fonds ». Cela veut dire que « les fonds de roulement de l’entreprise – tant en monnaie fiduciaire qu’en cryptomonnaie – doivent être séparés des fonds qui appartiennent à nos clients ».

De plus, les entreprises de cryptomonnaie doivent se soumettre à une vérification de leurs livres comptables. « Notre vérificateur vient à nos bureaux tous les trois mois pour vérifier que les fonds – tant en monnaie fiduciaire qu’en cryptomonnaie – qui appartiennent à nos clients sont toujours là et que tout balance bien », précise-t-il.

M. Chong estime qu'une telle réglementation est nécessaire pour protéger les investisseurs et pour que la cryptomonnaie reçoive la reconnaissance des gouvernements.

Avec les informations de La Presse canadienne

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