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  • Exclusif
  • Trop de doctorants, pas assez de bourses : l'UdeS propose un tirage au sort

    Trop de doctorants, pas assez de bourses : l'UdeS propose un tirage au sort
    Marion Bérubé

    Faute de financement pour honorer les bourses de 25 000 $ promises à ses doctorants en psychologie, l'Université de Sherbrooke leur a proposé un tirage au sort pour déterminer qui mettra la main sur l'argent. Depuis l'automne, les étudiants se livrent à un bras de fer avec l'administration pour avoir droit au soutien financier.

    Depuis 2017, le ministère de l’Éducation verse 250 bourses de 25 000 $ aux étudiants qui réalisent leur internat de 1600 heures dans le réseau de la santé public ou communautaire.

    On fait 80% de la tâche d’un psychologue, explique la représentante de l’Association des doctorants en psychologie de l’Université de Sherbrooke, Raphaëlle Paradis-Lavallée. C’est presque impossible d’avoir un emploi en même temps.

    Un tableau montre comment sont réparties les bourses parmi les universités.Les bourses de 25 000$ sont réparties parmi neuf universités de la province. Photo : Radio-Canada

    La lune de miel aura été de courte durée pour la vingtaine de doctorants admissibles de l’Université de Sherbrooke. En septembre dernier, l’administration confirme la rumeur qui court depuis plusieurs mois : il n’y a plus assez de bourses de 25 000 $ pour tout le monde. Médusés, ils apprennent qu’ils doivent décider entre eux qui aura droit au soutien financier.

    D'abord il y avait le choc : ''Quoi? On a compté sur cet argent-là et on ne l'aura pas?''. Il y avait une grande détresse au sein de nos étudiants qui ne pouvaient pas pour certains payer leur loyer, payer leur épicerie.

    Raphaëlle Paradis-Lavallée, représentante de l’Association des doctorants en psychologie de l’Université de Sherbrooke

    Les doctorants sherbrookois refusent de trancher et décident plutôt d’attribuer toutes les bourses disponibles cette année. Six mois plus tard, ils voient enfin la couleur de leur argent. La prochaine cohorte ne sera pas aussi chanceuse.

    Raphaëlle Paradis-Lavallée regarde au loin . La représentante de l’Association des doctorants en psychologie de l’Université de Sherbrooke, Raphaëlle Paradis-Lavallée Photo : Radio-Canada

    Il reste seulement 13 bourses et demie disponibles pour l'année prochaine sur un potentiel d'environ 30 personnes qui pourraient les demander, c’est moins d'une personne sur deux qui pourrait avoir la bourse, révèle Raphaëlle Paradis-Lavallée.

    La réponse de l'Université n'a pas tardé. Dans un avis envoyé le 7 janvier dernier, la direction reconnaît qu'il y aura un manque de fonds important l'année prochaine. L'établissement compte sur le désistement volontaire, suivi d’un principe de sélection au hasard pour remettre les dernières bourses.

    « Ça veut dire qu'il y a deux internes dans le même milieu qui peuvent se côtoyer tous les jours, faire le même travail, mais une personne est rémunérée et l'autre non », dénonce l'Association.

    Plus d'internes que prévu

    L’Université de Sherbrooke explique la pénurie de bourses par un nombre d'internes plus important que prévu.

    En 2017, le ministère de l’Éducation s’est basé sur les recommandations de l’expert Luc Granger pour attribuer le nombre de bourses aux universités. Le rapport stipule qu’il y a eu en moyenne 265 internes annuellement dans le réseau public de 2013 à 2016… mais il n’y a que 250 bourses disponibles.

    Il y a plus d’étudiants admissibles que le nombre qui avait été calculé au départ par le ministère en fonction de l’historique, justifie la vice-rectrice aux études de l’Université de Sherbrooke, Christine Hudon […] On peut imaginer aussi qu’il y a des étudiants qui ont décidé d’aller faire leur internat en plus grand nombre dans les milieux admissibles que ce qui se faisait dans les années où il n’y avait pas de bourses.

    Christine Hudon sourie à la caméraLa vice-rectrice aux études de l'Université de Sherbrooke, Christine Hudon. Photo : Radio-Canada

    La direction est claire. Ni l’Université ni le ministère de l’Éducation n'injecteront plus d'argent l'année prochaine.

    Le ministère ne va pas donner plus d’argent, c’est ce qui nous a été dit au début du programme et c’est ce qui a été réitéré, confirme Christine Hudon.

    Le tirage au sort est maintenu. Le ministère ne nous permet pas de fractionner les bourses, ce qui aurait pu permettre d'en donner un peu moins, mais à plus de personnes. Dans ce contexte [la sélection au hasard] nous semblait la meilleure solution, renchérit Christine Hudon.

    L’Association des doctorants de l’Université de Sherbrooke déplore le ton employé par l’Université.

    Il y a eu un manque de transparence. C’est comme si on n’était pas les principaux intéressés […] On s'est parfois sentis infantilisés dans le ton de l'Université.

    Raphaëlle Paradis-Lavallée, représentante de l’Association des doctorants en psychologie de l’Université de Sherbrooke.

    Les étudiants au contraire ont été rencontrés à plusieurs reprises par le département, réplique Christine Hudon. Il n’y a pas énormément de solutions dans ce contexte-là. Ils ont voté en assemblée pour qu’on donne cette année des bourses à tous les étudiants admissibles. C’est ce qu’on a fait, je pense qu’on a été à l’écoute de leurs souhaits.

    D’autres établissements touchés

    Outre l'Université de Sherbrooke, la pénurie de bourses va aussi toucher d’autres établissements du Québec l’année prochaine.

    À l’Université Laval, il pourrait manquer jusqu’à 23 bourses l’année prochaine. Il manquerait quelques bourses à l’Université du Québec à Trois-Rivières, résume la présidente de la Fédération interuniversitaire des doctorants en psychologie (FIDEP), Camille Plaisance.

    On a plusieurs cris du cœur de certaines associations qui parlent beaucoup avec leur direction par rapport à des manques de bourses.

    Camille Plaisance, présidente, Fédération interuniversitaire des doctorants en psychologie

    Le ministère de l’Éducation va réévaluer le programme des bourses en septembre 2020. La FIDEP espère plus de transparence dans le dossier. On espère avoir plus d’ouverture de la part du gouvernement, on aimerait avoir une communication plus claire et plus directe, ajoute la présidente.

    Le ministère a refusé les demandes d'entrevues de Radio-Canada.

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