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Une vidéo « modifiée » a changé l’avis d’un pathologiste, affirment les avocats du policier Daniel Montsion

L'agent Daniel Montsion à l'extérieur du palais de justice d'Ottawa.

L'agent Daniel Montsion à l'extérieur du palais de justice d'Ottawa.

Photo : Radio-Canada / Judy Trinh

Radio-Canada

Les avocats du policier Daniel Montsion soutiennent qu'une vidéo de l'arrestation d'Abdirahman Abdi récemment rendue publique a été « modifiée », ce qui aurait influencé l'opinion d'un pathologiste concernant ce qui a pu causer la mort de l'Ottavien il y a deux ans et demi.

M. Montsion a plaidé non coupable, lundi, à des accusations d'homicide involontaire, d’agression armée et de voies de fait graves relativement à la mort de M. Abdi, à la suite de son arrestation à l’extérieur de son appartement du quartier Hintonburg en juillet 2016.

L’arrestation a été captée par une caméra de surveillance à l’intérieur de l’édifice du 55, rue Hilda. La cour a entendu, lundi, que ces images seront au centre des éléments de la Couronne contre l'agent Montsion.

L’avocat de la défense Solomon Friedman a indiqué en cour, mardi, qu’il a reçu un courriel de la part des procureurs de la Couronne lui transmettant une nouvelle copie convertie de la vidéo que la poursuite souhaite diffuser en cour, et ce, une journée avant le début du procès.

La vidéo a été ralentie, selon la défense

Me Friedman a soutenu que la vidéo montre une version ralentie de l’interaction entre M. Abdi, l'agent Montsion et son collègue Dave Weir, qui était le premier policier à poursuivre M. Adbi jusqu’à l’immeuble où ce dernier habitait le jour des événements.

Me Friedman a indiqué que la vidéo minimisait la force utilisée par l'agent Weir pour mettre M. Abdi au sol, et que les marqueurs temporels étaient retirés de l’enregistrement.

Selon la défense, le pathologiste Christopher Milroy avait initialement conclu dans une ébauche de son rapport que la cause de la mort de M. Abdi était accidentelle, mais que cette conclusion a été changée à homicide après qu’il eut vu la vidéo convertie.

Toutefois, aucune preuve n’a été présentée au tribunal pour démontrer la véracité des allégations de la défense.

Par ailleurs, il était prévu au départ que les gants d'assaut que le policier portait lors de l'arrestation d'Abdirahman Abdi soient présentés en preuve mardi à la reprise du procès, toutefois ce ne fut pas le cas.

Ajournement jusqu'au 25 février?

La défense a indiqué vouloir prendre le temps d'analyser la vidéo et a donc demandé l’ajournement du procès jusqu’au 25 février.

Les avocats de Daniel Montsion se demandent aussi pourquoi aucune note n’a été prise par les personnes présentes lors de la rencontre où cette vidéo a été montrée au pathologiste, tel que le veut la norme dans de telles circonstances.

La défense poursuivra son argumentaire sur les raisons pour laquelle elle désire cet ajournement, mercredi matin, lors de la reprise des travaux.

Par ailleurs, le juge a indiqué qu'il rendrait accessible aux médias la totalité des éléments de preuve qui seront présentés au procès, comme des vidéos et des photos.

Une arrestation qui a mal tourné

Lundi, la Couronne a déclaré devant une salle d'audience bondée que le procès de Montsion est l'histoire d'une « arrestation qui a mal tourné ».

Abdirahman Abdi, un Canadien d'origine somalienne de 37 ans, a perdu tous signes vitaux lors d'un affrontement avec deux agents du SPO, le 24 juillet 2016. Il est mort des suites de ses blessures le lendemain. Selon des proches, l'homme souffrait de problèmes de santé mentale.

Le procureur adjoint de la Couronne, Philip Perlmutter, a qualifié la preuve de « simple » et a réduit le procès à deux questions centrales :

  • L'accusé a-t-il fait un usage excessif de la force?
  • L'accusé a-t-il causé la mort d'Abdirahman Abdi?

Mardi, la Couronne rappellera à la barre David Robinson, enquêteur judiciaire de l'Unité des enquêtes spéciales de l'Ontario.

M. Robinson a recueilli du sang et d'autres preuves sur les lieux, y compris une clé USB contenant des images vidéo de sécurité dans le hall de l'immeuble d'Abdi.

Abdirahman Abdi

Abdirahman Abdi, 37 ans, est mort en juillet dernier.

Photo : Courtoisie de la famille

Un coup de poing « injustifié »

M. Perlmutter a ajouté que la vidéo montrant en action l’agent Montsion rejoignant son collègue Dave Weir sur les lieux du drame, démontre que les policiers ont fait preuve d'une force excessive lors de l'intervention. Il a précisé qu’Abdirahman Abdi a été frappé plus d'une fois au visage avec un poing fermé. L’agent Montsion n'a pas hésité et portait des gants renforcés, a affirmé M. Perlmutter devant la cour.

La vidéo montre ensuite les policiers Montsion et Weir tirer Abdirahman Abdi en sang sur le sol, où l'accusé lui a ensuite donné un coup de poing dans les jambes et dans le visage. M. Abdi a cessé de bouger peu de temps après, a soutenu M. Perlmutter.

Ce sont ces coups « injustifiés » portés à la tête et au corps d'Abdi qui ont causé sa crise cardiaque mortelle, a déclaré la Couronne lundi.

Soutien communautaire

La mère et le frère d'Abdirahman Abdi, qui ont assisté à l'arrestation, témoigneront également, mais n'assisteront pas au procès. Lundi, plus de 40 membres de la communauté somalienne d'Ottawa sont venus au palais de justice pour manifester leur appui.

Cette affaire dépasse la famille Abdi. C'est une affaire qui touche les Ottaviens de tous les coins de la ville, a déclaré Farhia Ahmad de la coalition Justice pour Abdirahman.

L'activiste et journaliste torontois Desmond Cole, qui a beaucoup écrit sur la discrimination raciale au Canada, était également présent dans la salle d'audience.

Il a dit qu'il était venu soutenir la famille, mais qu'aucun résultat ne ramènerait Abdirahman Abdi.

Nous devons continuer à pleurer et à honorer sa vie, quoi qu'il arrive dans cette affaire, et nous devons veiller à ce que cela ne se reproduise plus jamais, a dit M. Cole.

Avec les informations de CBC

Ottawa-Gatineau

Procès et poursuites