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Des députés en France et au Québec aimeraient rendre obligatoire l'identification sur Twitter

un téléphone

Des députés et des experts assurent qu'une réflexion doit être menée pour réduire le nombre de messages haineux sur Twitter.

Photo : Getty Images

Romain Schué

Faut-il rendre obligatoire l'identification sur Twitter? Envisagée par des députés de la majorité gouvernementale en France, qui proposent de faire pression sur la multinationale américaine, cette idée séduit au sein de l'Assemblée nationale québécoise.

« Ce serait vraiment important d’avoir une réflexion et d’analyser les options pour lutter contre ces gens cachés », explique la députée libérale Christine St-Pierre.

Comme d’autres élus québécois, l’ancienne ministre a pris connaissance d’une demande formulée par trois de ses homologues français. Dans une lettre adressée fin janvier au gouvernement d’Édouard Philippe, ces députés de La République en marche, le parti fondé par Emmanuel Macron, disent vouloir lutter contre « le déferlement de haine », en évoquant le cas d’un jeune chanteur français.

« Nous proposons que soit envisagée l’hypothèse de créer une obligation légale de recueil des pièces d’identité à l’occasion de la création de compte sur les réseaux sociaux », écrivent Raphaël Gérard, Gabriel Serville et Laurence Vanceunebrock-Mialon, tout en rappelant qu’AirBnb utilise déjà ce procédé.

Cette idée serait « très intéressante », juge le chef du Parti québécois, Pascal Bérubé.

« L’idée peut paraître séduisante afin de garantir un meilleur contrôle des messages haineux. Moi, je suis un élu, je peux vivre avec ça. Mais il faut penser aux minorités ou aux jeunes et aux gens fragiles », indique quant à lui Vincent Marissal, député de Québec solidaire.

Il faut aller plus loin, dit Marie Montpetit

Comme le concèdent également ces élus français, en parlant des « conséquences dramatiques du cyber-harcèlement », ces messages haineux peuvent être dangereux, soutient Christine St-Pierre.

Moi, on m’a déjà traité de truie, de connasse, vendue, corrompue. Mais un jeune, c’est fragile. Un commentaire sur un physique peut avoir un impact important.

Christine St-Pierre, porte-parole du PLQ en matière de sécurité publique

Soutenant elle aussi cette initiative, la députée libérale Marie Montpetit rappelle l’indignation collective à la suite de la prolifération de commentaires haineux sur les réseaux sociaux visant le jeune hockeyeur canadien Maxime Comtois, début janvier.

« Cet anonymat donne un faux sentiment d’invincibilité [aux auteurs de ces messages]. Les gens ont l’impression de pouvoir dire n’importe quoi en toute impunité », remarque-t-elle.

« Tout le monde a dénoncé cette situation, ce qui lui est arrivé. Maintenant, il faut voir comment aller plus loin », ajoute-t-elle.

Une motion serait « envisageable »

Envoyer une motion au gouvernement fédéral qui pourrait faire pression sur Twitter, appuyée par les quatre partis politiques québécois, pourrait être « envisageable », avance Christine St-Pierre.

De son côté, Québec solidaire propose au gouvernement caquiste de « former un comité pour faire des recommandations pour contrer les discours haineux qui ont augmenté ».

« Les instances gouvernementales n’ont peut-être pas suivi. Le développement des réseaux sociaux est arrivé un peu comme un chien dans un jeu de quilles. Ça change complètement la donne. Il y a une responsabilité civique à avoir et l’État a une responsabilité légale », précise Vincent Marissal.

Le gouvernement de François Legault admet que « des discussions » peuvent « peut-être » être menées du sein du Parlement.

« Mais c’est l’intimidation au sens large à laquelle il faut s’attaquer », assure le cabinet de la vice-première ministre et ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault.

Twitter ne compte rien changer

Malgré ces demandes, Twitter ne compte apporter aucune modification. « Il n’y a pas de changements prévus dans le processus d’ouverture de compte pour le moment », a réagi Cam Gordon, porte-parole de la firme.

Ottawa attend « une collaboration » des « géants du web »

Appelé à commenter ce dossier, Ottawa reconnaît que les médias sociaux « peuvent être utilisés pour créer la division sociale et attiser la haine ».

Le gouvernement de Justin Trudeau appelle Twitter et « les géants du web » à « reconnaître leurs responsabilités dans la lutte contre le discours haineux et la désinformation, et agir en conséquence ».

Aucune demande n’est cependant formulée. « Notre gouvernement s’attend à ce que ces compagnies collaborent en proposant des solutions concrètes », fait savoir le cabinet de la ministre des Institutions démocratiques, Karina Gould.

Cette dernière a par ailleurs demandé la semaine passée à ces entreprises de « protéger l’intégrité du processus électoral en vue des élections fédérales » prévues cet automne.

Vers un mouvement mondial?

Bien que Twitter semble à ce jour ferme sur ses positions, la multinationale pourrait être amenée à revoir son fonctionnement et « resserrer ses règles » si plusieurs pays font une telle demande, croit la conseillère en médias sociaux, Nadia Seraiocco.

« Twitter est une plateforme ouverte, utilisée par de nombreux gouvernements qui y font des présences diplomatiques. Twitter aurait intérêt à les écouter », imagine-t-elle.

« S’il n’y a que la France [qui fait cette demande], Twitter ne va pas obtempérer, confirme l’expert en médias numériques Bruno Guglielminetti. Mais si ça devient un mouvement mondial, avec des marchés importants et des pays qui font bloc, il y a une chance. »

En ce moment, c’est facile d’être anonyme. Imposer une pièce d’identité limiterait les trolls et les messages de diffamation. Ça porterait un frein au cyber harcèlement.

Bruno Guglielminetti, expert en médias numériques

« J’ai comme l’impression que Twitter va préférer une solution plus douce, pour ne pas froisser les utilisateurs », reprend Nadia Seraiocco.

Donner une pièce d’identité pourrait même s’avérer problématique pour la protection des données personnelles, avance Vincent Marissal.

« Il faudrait s’assurer que la cueillette de ces données ne serve pas à accroître le big data de ces entreprises, détaille-t-il. On n’est pas à l’abri de fuites ou d’un hacking, comme l’a déjà subi Facebook. »

« Mais on est mûr au Québec, c’est certain, pour une bonne réflexion », conclut l’élu.

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