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Affaire McArthur : la Couronne demande des peines consécutives

Bruce McArthur en cour mardi le 5 février Photo: Radio-Canada / Pam Davies
Cédric Lizotte

Immédiatement après avoir entendu les témoignages des familles et des amis des victimes du meurtrier en série Bruce McArthur, la Couronne a réitéré sa demande de le voir purger ses peines de manière consécutive.

Des descriptions contenues dans ce texte pourraient choquer certains lecteurs.

La Couronne a confirmé qu'elle désirait obtenir deux peines consécutives de 25 ans, ce qui signifie que le meurtrier ne pourrait demander de libération conditionnelle avant l'âge d'au moins 116 ans.

Selon le procureur de la Couronne Craig Harper, McArthur est un prédateur sexuel qui faisait de ses amis des proies. C'est en exploitant la confiance de ses victimes que McArthur a pu les tuer, et cela devrait entrer en ligne de compte dans la sévérité de la peine, a-t-il plaidé. Par exemple, Andrew Kinsman connaissait son bourreau depuis une quinzaine d'années.

« Lorsque vous prenez en compte l'énormité des crimes commis par McArthur », le fait qu'il a plaidé coupable n'a que peu d'incidence sur la peine, a expliqué Me Harper en cour. Selon lui, il est possible de « quantifier » les souffrances que les crimes de McArthur ont causées aux huit victimes, ainsi qu'à leur famille et à leurs amis.

La Couronne a aussi tenu à rappeler au juge que McArthur a représenté une menace jusqu'au moment de son arrestation, puisqu'un homme avait été trouvé ligoté à son lit lorsque les policiers sont intervenus en janvier 2018.

Deux des huit meurtres commis par McArthur l'ont été avant que la loi qui permet les peines consécutives soit mise en place, a ajouté Me Harper.

Un sketch de cour montrant deux hommesL'avocat de la défense, James Miglin Photo : Radio-Canada / Pam Davies

La défense, elle, réclame une peine concomitante de prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans. Puisque McArthur est dans la soixantaine avancée, la défense suggère de laisser à la commission des libérations conditionnelles le soin de décider s'il pourrait y accéder s'il est encore en vie dans 25 ans.

Le juge John McMahon a déclaré qu'il croyait être en mesure d'annoncer la peine de Bruce McArthur vendredi vers 10 h. Celui-ci a offert à McArthur de prendre la parole à la fin des audiences de mardi, ce qu'il a refusé de faire.

Témoignages saisissants

Santé mentale et physique dévastée, pauvreté, stress post-traumatique, familles déchirées : l'onde de choc causée par les meurtres commis par McArthur continue de causer des vagues pour les familles et les proches des victimes.

Alors que la majorité des témoignages se sont déroulés lundi, quelques autres récits doivent être entendus par le juge avant la prochaine étape, celle de la détermination de la peine du tueur en série. Mardi, Bruce McArthur s'est présenté en cour pour entendre les témoignages. Il a d'abord fait face à Richard Kikot, un ami de Selim Esen.

« [M. Esen] était un romantique. Il avait confiance en l'amour. »

M. Kikot affirme avoir passé beaucoup de temps à songer aux dernières heures de la vie de M. Esen. « Il est impossible pour moi de ne pas imaginer une peur absolue et une terreur extrême », dit-il. Ces pensées ont eu un effet dévastateur sur lui. Il a ajouté avoir passé plusieurs heures recroquevillé sur le plancher à sangloter alors qu'il tentait de chasser ces idées.

Puis, Gab Laurence, de la St. Stephen’s Community House, où travaillait M. Esen en tant que travailleur de soutien des pairs, a expliqué en cour ce que signifiait l'apport de la victime pour la communauté. « Selim avait atteint un tournant dans sa vie et était un excellent conseiller. »

Comment quelqu'un d'aussi gentil et doux que Selim finit-il par être assassiné?

Gab Laurence, de la St. Stephen’s Community House

« Il accordait beaucoup d'importance à l'équité et à la justice. Il était brillant et représentait une lueur d'espoir pour nous tous », a-t-elle ajouté en conclusion.

Puis, une lettre rédigée par la femme d'Abdulbasir Faizi a été lue par le procureur de la Couronne. « Mes filles souffrent terriblement en sachant ce qui est arrivé à leur père. Elles prétendent être fortes devant moi, mais quand elles sont seules dans leur chambre, elles prennent une photo de leur père avec elles. Je les entends pleurer. »

Les filles de M. Faizi avaient 6 et 10 ans lorsque leur père a été porté disparu, en 2010. Sa famille ne savait pas qu'il était gai.

Maladie mentale et pauvreté

Umme Fareena Marzook est la veuve de Soroush Mahmudi. Elle a rédigé une lettre lue par le procureur de la Couronne alors qu'elle était présente dans la salle d'audience. « En apprenant cette nouvelle, je me suis évanouie, car j'étais dans un état de choc sévère », a-t-elle écrit.

Je fais des cauchemars terribles tous les soirs et je me réveille en sueur et en pleurs

Umme Fareena Marzook, la veuve de Soroush Mahmudi

« Mon mari décédé travaillait à plein temps et depuis sa disparition, en 2015, je vis dans la pauvreté, car mon partenaire était la principale source de revenus », selon Mme Marzook. « À l'heure actuelle, j'obtiens des chèques d'aide sociale. Après avoir payé le loyer, il ne me reste plus d'argent pour acheter de la nourriture. »

M. Mahmudi était un réfugié venant d'Iran.

D'aspirant réfugié à victime

Une des victimes de Bruce McArthur, Kirushna Kumar Kanagaratnam, est arrivée au Canada du Sri Lanka à bord du paquebot MV Sun Sea en 2010.

Un ami de M. Kanagaratnam, Piranavan Thangavel, s'est présenté devant la cour pour témoigner. M. Thangavel était arrivé au pays sur le même paquebot.

Ceux qui ont voyagé à bord du cargo ont ressenti une « joie » quand ils sont arrivés au Canada, a expliqué M. Thangavel, mais il ne sent pas avoir été accueilli « à bras ouverts » au pays. Aujourd'hui, il porte le désespoir dans son coeur, dit-il.

« Nous qui vivons dans ce monde en tant que réfugiés pensons qu'il n'y a pas de sécurité pour nous partout dans le monde », a déclaré Thangavel. « Maintenant, lorsque nous rencontrons de nouvelles personnes, que nous leur parlons ou que nous cherchons un emploi, cet incident suscite une peur immense dans nos cœurs. Je ne suis pas en mesure de l'exprimer correctement, cette peur. »

Le jour 1 en résumé

L’exposé des faits comprend plusieurs récits macabres. Entre autres, le modus operandi du meurtrier : McArthur tuait ses victimes par strangulation. Puis le tueur prenait des photos du cadavre de ses victimes.

Finalement, lors de la perquisition de son ordinateur, les policiers ont trouvé des dossiers distincts avec les photos prises de chacun des cadavres en plus de certains articles rédigés par les médias locaux sur leur disparition et même des photos d’affiches des victimes lorsqu’elles étaient portées disparues.

Les procureurs de la Couronne ont insisté sur l’aspect prémédité des meurtres de McArthur en rappelant à la cour qu’il avait créé un dossier pour une personne qui est toujours en vie. Celle-ci a été trouvée ligotée chez McArthur lors de son arrestation.

En après-midi lundi, les amis et les proches des victimes ainsi que des membres de la communauté gaie de Toronto ont offert de poignants témoignages expliquant l’impact que les actes de McArthur ont eu sur eux.

McArthur devrait connaître sa peine quelques jours après la fin des témoignages.

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