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« Un moment surréel » pour Jérémy Comte

Photo: Radio-Canada / Anik Moulin
Anik Moulin

À deux jours de la grand-messe annuelle du cinéma, Jérémy Comte se pince. Le réalisateur sherbrookois de 28 ans est fébrile à l'aube de ce moment grandiose, qu'il qualifie de surréaliste.

« Ok, ça arrive là! Je vais être là, dans la salle, avec les autres nommés! » s'emballe Jérémy Comte, qui foulera pour la première fois de sa vie le mythique tapis rouge lors de la cérémonie des Oscars dimanche, à Los Angeles.

Le cinéaste croisera sur place les plus grandes vedettes du septième art. Sans surprise, l'attention du Sherbrookois sera largement portée vers ses homologues réalisateurs, lui qui se dit particulièrement impressionné par le talent des frères Cohen et de Paul Thomas Anderson. Un Québécois se trouve également sur sa liste de modèles, soit un certain Denis Villeneuve. Entouré du gratin d'Hollywood, Jérémy souhaite, avant tout, rester humble.

Je vais essayer de vivre l'expérience à fond. C'est tellement glamour, c'est un rêve, mais je veux rester tout de même "groundé" à travers tout ça!

Jérémy Comte, réalisateur

La première fois que le nom Jérémy Comte se retrouve sous le radar, c'est lors de la Course des régions, en 2011, à Sherbrooke. Jérémy remporte alors plusieurs prix, dont le Prix du public, grâce à son documentaire émouvant Au pays des chevaux. À 20 ans, le réalisateur révèle déjà une sensibilité inouïe et un souci de l'esthétique sur pellicule.

Si certains artistes maîtrisent l'art du remerciement, d'autres ont tendance à galvauder ce passage précieux. S'il gagne, Jérémy Comte souhaite quant à lui en faire un moment déterminant. « Il faut que ce soit court, concis, puis touchant. Puis il faut que ça me représente aussi. »

Oscar ou non, le jeune homme admet néanmoins vivre un rêve.

« C'est tellement une validation aussi. C'est tellement une motivation à aller de l'avant, explique le cinéaste. Ça me donne plus de crédibilité aussi en tant que cinéaste. C'est tout ça en fait qui me rend tellement heureux. J'espère en fait que je vais avoir plus d'opportunités pour faire ce que j'aime : du cinéma. »

L'équipe du film Fauve est arrivée à Los Angeles depuis quelques jours.L'équipe du film Fauve est arrivée à Los Angeles depuis quelques jours. Photo : Facebook Fauve

Depuis quelques semaines d'ailleurs, il reçoit toute une vague d'amour. S'il n'en tenait qu'au public sherbrookois, Jérémy tiendrait déjà dans ses mains la célèbre statuette dorée.

« C'est incroyable tout l'amour que j'ai reçu. Il y a des gens, avec qui j'ai grandi au secondaire à Sherbrooke, qui m'écrivent! C'est tellement beau », se réjouit Jérémy Comte.

Le réalisateur Jérémy Comte, chez lui. Le réalisateur Jérémy Comte, chez lui. Photo : Radio-Canada / Anik Moulin

Coup de foudre à 5 ans

Sa passion pour le cinéma remonte à son enfance, précisément à l'âge de cinq ans, lorsqu'il voit pour la première fois le film Fantasia. Fasciné, il regarde en boucle le dessin animé de Disney, une oeuvre de 1940.

J'étais obsédé par ce genre d'images-là. C'est de la musique orchestrale, des couleurs, des histoires fascinantes. Ç'a vraiment teinté mon cinéma. Ça m'a tellement inspiré.

Jérémy Comte, réalisateur
Photo : Radio-Canada / Anik Moulin

Son travail derrière la caméra s'amorce dès le secondaire où, avec une petite caméra, il tourne de courts films de planche à roulettes. Quelques années plus tard, il réalise un magnifique documentaire sur Frank Lavallée, un champion mondial de « skateboard ». Étonnament, un orienteur du cégep lui conseille plutôt fortement de se tourner vers le génie ou l'architecture pour ses études universitaires. Il lui dit que le cinéma, c'est comme du gâteau.

« Si tu en manges tous les jours, tu vas t'écoeurer », cite Jérémy Comte.

Les paroles de son orienteur ne l'empêche pas de faire à sa tête. Il écoute son instinct et choisit les études cinématographiques à l'Université Concordia de Montréal, avec l'aval et l'appui indéfectible de ses parents.

Une passion familiale dans le sang

Ce que le réalisateur sherbrookois ne savait pas, c'est que ses parents ont toujours été passionnés de cinéma. Jérémy Comte n'a d'ailleurs appris que très tardivement que sa propre mère avait aussi étudié le septième art, à Concordia.

Ils ne voulaient pas m'influencer. Ils savaient que c'était un milieu difficile, ils voulaient vraiment que ça vienne de moi, je pense.

Jérémy Comte, réalisateur
François Comte et Sylvie Lussier, les parents de Jérémy Comte.François Comte et Sylvie Lussier, les parents de Jérémy Comte. Photo : Ismaël Auray
Sylvie Lussier, à l'époque où elle étudie en cinéma à l'université Concordia. Sylvie Lussier, à l'époque où elle étudie en cinéma à l'université Concordia. Photo : Michel Lussier, frère de Sylvie Lussier

Il découvre aussi que son grand-père paternel a oeuvré dans le domaine du cinéma toute sa vie. Pierre Comte, 90 ans, a été assistant-caméraman sur le film Aurore l'enfant martyr. Il a également eu une compagnie de post-production.

Photo de Pierre Comte, en 1954, à l'âge de 25 ans. Pierre est le grand-père paternel de Jérémy Comte.  Photo de Pierre Comte, en 1954, à l'âge de 25 ans. Pierre est le grand-père paternel de Jérémy Comte. Photo : Famille Comte

« Pis mes parents se sont rencontrés dans un "party" de cinéma! Moi, quand j'ai appris l'histoire, j'étais comme ''Wow! C'est vraiment fou!'' » souligne Jérémy Comte.

Son père, François Comte, a même délaissé son emploi il y a cinq ans pour apprendre le métier de machiniste sur les plateaux de tournage afin de l'accompagner dans ses projets, que ce soit en soutien à la production ou comme acteur.

François Comte est le père de Jérémy. Il est machiniste sur les plateaux de tournage.François Comte est le père de Jérémy. Il est machiniste sur les plateaux de tournage. Photo : Marc-André Thibault

Pour réussir à boucler ses fins de mois, Jérémy Comte réalise des publicités, notamment celles du Barreau du Québec. Comme bien des réalisateurs, il fignole aussi des vidéoclips, comme ceux de sa conjointe, Daniela Andrade, et de l'auteur-compositeur-interprète Aliocha. Je me sens choyé parce que je fais ce que j'aime. Il admet toutefois que son horaire commence à être chargé, et s'il veut plonger tête première dans la réalisation de son tout premier long-métrage, il devra faire des choix.

Le dimanche 24 février, en direct de Los Angeles, cet avenir est là.

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