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La déclaration du Groupe de Lima est « risible », selon Maduro

Le reportage de Philippe-Vincent Foisy
Radio-Canada

Le président vénézuélien Nicolas Maduro juge « répugnant et risible » l'appel lancé par le Groupe de Lima, lundi, qui exhorte l'armée à se ranger derrière le président par intérim, l'opposant Juan Guaido.

Le communiqué réitère aussi l’appui des pays signataires à voir un changement de gouvernement au Venezuela, « sans usage de la force ».

Lors d’une cérémonie à Caracas, le président socialiste a vertement critiqué les pays européens qui ont reconnu à leur tour Juan Guaido comme président légitime du Venezuela. Il s’en est pris du même coup aux déclarations du président américain Donald Trump, qui a laissé savoir que l’option militaire demeurait une possibilité.

Ce dernier communiqué est vraiment répugnant et risible. On ne sait pas s'il faut rire ou vomir.

Nicolas Maduro

La déclaration adoptée par la majorité des pays membres à l'issue de leur rencontre à Ottawa, lundi, demande aux Forces armées nationales du Venezuela de « démontrer leur solidarité » à Juan Guaido, soulignant toutefois l'« importance d'un processus pacifique ».

Pendant la conférence de presse finale, la ministre des Affaires étrangères du Canada, Chrystia Freeland, a exclu le recours à la force, affirmant que le Groupe de Lima soutenait la population vénézuélienne dans sa quête d'un retour à la démocratie.

Les États-Unis, qui ne sont pas membres du Groupe de Lima, ont à quelques reprises répété qu'ils n'écartaient pas une intervention militaire au cours des derniers jours. Le secrétaire d'État américain, Mike Pompeo, a participé à une partie de la rencontre par vidéoconférence.

Le regroupement, qui inclut plusieurs pays d'Amérique latine en plus du Canada, presse aussi l'armée de permettre l'acheminement de l'aide humanitaire.

La ministre Freeland a en outre indiqué que le groupe accueillait parmi ses membres le « gouvernement légitime du Venezuela » à la demande de Juan Guaido. Elle a dit espérer que ce ne serait que temporaire, le groupe ayant été créé en août 2017 pour trouver une sortie de crise pacifique à la situation vénézuélienne.

Dans leur communiqué, les pays constituant le Groupe de Lima ont réitéré leur appel à la tenue d'élections démocratiques.

M. Guaido s'est brièvement adressé par vidéoconférence aux membres du Groupe de Lima présents à la rencontre.

Un écran géant diffuse un message de Juan Guaido. Le premier ministre canadien Justin Trudeau et la ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, l'écoutent. Juan, Guaido, président autoproclamé du Venezuela, s'est adressé aux membres du groupe de Lima en lever de rideau de la rencontre du groupe qui se tient lundi à Ottawa. Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Malheureusement, nous vivons toujours sous une dictature au Venezuela pour le moment. C'est pourquoi il est temps d'accroître la pression.

Juan Guaido, président autoproclamé du Venezuela

Outre le Canada, le Groupe de Lima est constitué de l'Argentine, du Brésil, du Chili, de la Colombie, du Costa Rica, du Guatemala, du Honduras, du Panama, du Paraguay, du Pérou, du Mexique, du Guyana et de Sainte-Lucie. Seuls ces trois derniers pays n'ont pas reconnu M. Guaido.

La prochaine réunion aura lieu sous peu en Colombie, a ajouté la ministre Freeland.

Trudeau reconnaît le représentant de Guaido au Canada

À l'ouverture de la réunion, le premier ministre Justin Trudeau a annoncé une aide de 53 millions de dollars pour venir en aide aux Vénézuéliens affectés par la crise politique et sociale qui secoue leur pays.

Le premier ministre Trudeau a aussi profité de son allocution devant les ministres des Affaires étrangères de nombreux pays latino-américains pour annoncer que son gouvernement reconnaît dorénavant le représentant du président vénézuélien autoproclamé Juan Guaido au Canada, Orlando Viera Blanco.

Ce dernier était présent à la rencontre.

M. Trudeau a profité de l'occasion pour confirmer qu'il a eu un entretien téléphonique avec M. Guaido dimanche pour lui faire part personnellement du soutien du gouvernement canadien.

Depuis des années, nous avons été témoins de l'effondrement de la démocratie au Venezuela et [de l'émergence] d'une dictature prête à utiliser la force, la peur et la coercition pour se maintenir au pouvoir. La violation des droits humains et le mépris pour la règle de droit que montre le régime sont à la fois inexcusables et inacceptables.

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Son cabinet a indiqué dimanche que M. Trudeau a fait valoir l'importance pour la communauté internationale d'envoyer un message clair concernant « l'illégitimité du régime Maduro ». Les deux hommes ont aussi parlé du respect de la Constitution vénézuélienne et ont souligné la nécessité que des élections présidentielles libres et justes soient tenues dans le pays d'Amérique du Sud.

« Ne touchez pas au Venezuela! »

Au cours de la conférence de presse finale, la ministre Freeland a été interrompue par deux manifestantes, qui ont crié aux chefs des diplomaties présents de ne pas se mêler de la situation au Venezuela.

« Hors du Venezuela! Ne touchez pas au Venezuela! », ont-elles scandé, avant d'être escortées en dehors de la salle.

Des manifestants interrompent la conférence de presse clôturant la rencontre du Groupe de Lima

La ministre Freeland a saisi la balle au bond, reconnaissant le « droit démocratique de manifester », un droit dont ne jouissent pas les Vénézuéliens, a-t-elle dit, applaudie par ses collègues.

Les partisans des deux camps ont protesté dans les rues vénézuéliennes au cours des derniers jours, mais les manifestations anti-Maduro se sont soldées par des dizaines de morts et plusieurs centaines d'arrestations.

La rencontre du Groupe de Lima a donné lieu à des manifestations pro et anti-Maduro dans la capitale fédérale.

Une communauté internationale divisée

Avant que la réunion ne se mette en branle, 12 pays européens – la France, le Royaume-Uni, l'Allemagne, l'Espagne, le Portugal, les Pays-Bas, l'Estonie, la République tchèque, la Pologne, l'Autriche, le Danemark et la Suède – ont reconnu M. Guaido en tant que chef de l'État vénézuélien par intérim, après que M. Maduro eut rejeté l'ultimatum qu'ils lui avaient fixé pour organiser un nouveau scrutin présidentiel.

Six d'entre eux (France, Allemagne, Pays-Bas, Portugal, Espagne, Royaume-Uni ) ainsi que l'Union européenne participaient d'ailleurs à la rencontre du Groupe de Lima.

La Banque interaméricaine de développement, le Centre pour le développement international de l'Université Harvard et le chef du parti d'opposition vénézuélien Primero Justicia, Julio Borges, représentant de M. Guaido, étaient eux aussi présents à la rencontre, selon Affaires mondiales Canada.

D'autres pays, dont la Russie, la Chine, la Turquie, l'Iran, la Bolivie et Cuba, continuent de reconnaître Nicolas Maduro.

L'Italie et l'Irlande ont pour leur part refusé de se joindre au mouvement européen.

Le Mexique, dirigé depuis deux mois par un président de gauche, Manuel Lopez Obrador, et l'Uruguay ont plutôt invité les pays considérés comme neutres dans ce litige à se rencontrer à Montevideo jeudi afin d'organiser un dialogue entre le pouvoir et l'opposition. Ces deux pays ne sont pas représentés à Ottawa.

M. Guaido, qui est président de l'Assemblée nationale vénézuélienne – la dernière institution contrôlée par l'opposition dans le pays –, s'est autoproclamé président par intérim du Venezuela le 23 janvier, à la place du président Nicolas Maduro.

Ce dernier a été assermenté début janvier, mais l'opposition considère que son élection est illégitime, puisqu'il a été élu à la suite d'un scrutin boycotté par ses adversaires et jugé frauduleux par ces derniers. M. Maduro accuse l'opposition de mener un coup d'État.

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