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Médicaments d'exception contre le cancer : les coûts explosent

Un médicament est administré à un patient par voie intraveineuse.

Photo : Radio-Canada

Davide Gentile

Il faut parfois attendre plusieurs années avant que les nouveaux traitements contre le cancer soient approuvés. En attendant, certains patients québécois n'hésitent pas à les payer de leur propre poche. Par conséquent, le nombre de bénéficiaires du Programme du Patient d'exception de la RAMQ a grimpé de 58 % en cinq ans, mais les coûts, eux, ont plus que triplé. La ministre de la Santé songe à verser plus d'argent aux hôpitaux à cette fin.

Patrick Emery est la preuve des avantages des nouveaux médicaments dans la lutte contre le cancer.

Fin 2015, on lui diagnostique un cancer du poumon, un deuxième après celui de la gorge qui l'avait touché 10 ans plus tôt.

« Les chances de survie étaient faibles parce que c'était un cancer de stade 4, se rappelle M. Emery. Quand j'ai rencontré le médecin, je pensais qu'il me proposerait des soins palliatifs. »

Mais l'oncologue Elie Kassouf, du Centre hospitalier régional de Lanaudière, pense avoir trouvé une solution et lui offre d'essayer un nouveau traitement à l'Afatinib. Il s'agit d'une thérapie ciblée contre une mutation génétique activatrice du cancer.

Son cancer du poumon a pour l'instant disparu.

Le Dr Kassouf examine M. Emery.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'oncologue Elie Kassouf et son patient Patrick Emery.

Photo : Radio-Canada

Patient d’exception : hausse fulgurante des coûts

D'abord payé par le fabricant, le traitement de Patrick Emery a ensuite été payé par le programme du Patient d'exception de la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ).

Depuis son intégration au régime général d’assurance médicaments, en 2005, cette mesure permet de payer de façon exceptionnelle certains médicaments lorsqu’ils constituent, par exemple, un traitement de dernier recours.

Ces traitements innovateurs augmentent beaucoup la survie et la qualité de vie, mais le coût est important.

Le Dr Elie Kassouf, oncologue

De 2012 à 2017, le nombre de bénéficiaires du programme du Patient d'exception a augmenté de 56 %, passant de 19 681 à 30 781. Et les coûts ont explosé, dans la même période, passant de 87 à 272 millions de dollars.

Pourtant, environ le quart des 47 000 demandes de Patient d'exception ont été refusées en 2017.

« Le gouvernement doit s'assurer que les citoyens ont toutes les chances de vivre. S'il faut payer pour des médicaments d'exception, je pense qu'on doit le faire », affirme Patrick Emery.

Cri d’alarme des hôpitaux

Les établissements du réseau de la santé sont aussi touchés par l'arrivée de ces nouveaux médicaments, dont l'immunothérapie.

« Depuis trois ans, on est dans une révolution », affirme l'oncologue Jacques Jolivet de l'Hôpital Laurentien, à Sainte-Agathe-des-Monts.

« C'est une bonne nouvelle pour les patients, mais une mauvaise nouvelle pour les gouvernements », résume le médecin.

Le Dr Jolivet assis à son bureau.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'oncologue Jacques Jolivet s'inquiète lui aussi de la hausse des coûts de traitements.

Photo : Radio-Canada

Une douzaine d'établissements ont d'ailleurs lancé un appel à l'aide dans leurs rapports financiers de mi-année.

Au Centre universitaire de santé McGill (CUSM), on évoque un déficit de 6,8 millions lié à « l'augmentation des coûts pour les médicaments oncologiques ».

Le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) des Laurentides évoque « un dépassement budgétaire de 6,7 millions » lié aux mêmes produits.

Le CISSS de Chaudière-Appalaches et celui de la Montérégie-Centre se disent aussi inquiets de la progression des coûts de ces médicaments.

Le ministère pourrait verser plus d'argent aux hôpitaux

Jacques Jolivet affirme que les fabricants versent à Québec des ristournes lors de l'achat de ces médicaments. « Ça reste au ministère de la Santé, mais ça force les établissements à faire des déficits qui sont fictifs », affirme l'oncologue. Il martèle que Québec doit rectifier le tir.

La ministre de la Santé du Québec, Danielle McCann, reconnaît que les compagnies retournent à Québec une partie des sommes payées pour acheter des médicaments. Elle affirme vouloir faire un effort dans le cadre des pourparlers qui ont cours sur la préparation du budget.

« Les discussions, effectivement, portent aussi sur comment on peut aider les établissements qui paient des médicaments à grands frais au niveau du cancer », précise la ministre.

Entrevue avec Danielle McCann

Surtout que, pour les médecins, l’arrivée de nouveaux médicaments hors de portée est frustrante. Même lorsqu’ils sont approuvés par Santé Canada, il peut s'écouler plusieurs mois, voire des années, avant que le gouvernement du Québec décide de les payer.

On a des patients pour qui on aurait de très bons médicaments, mais on ne peut pas leur donner. Alors, souvent, on est dans une période grise.

Dr Jacques Jolivet, oncologue

Une frustration partagée par cinq oncologues consultés par Radio-Canada. « On se sent comme un enfant qui veut des sucreries, mais le magasin est fermé. On les voit, mais on ne peut pas les toucher », dit l'oncologue Elie Kassouf.

La ministre de la Santé pense que le gouvernement peut tenter d’en obtenir plus pour son argent.

Il faut travailler avec l’Alliance pharmaceutique canadienne pour obtenir de meilleurs prix.

Danielle McCann, ministre de la Santé du Québec

Danielle McCann veut aussi favoriser les biosimilaires, qui sont un peu comme les médicaments génériques du secteur de l’oncologie.

Ces mesures sont probablement incontournables, parce que de nouveaux types de médicaments et d’interventions apparaissent constamment. Les dilemmes par rapport à leur paiement risquent donc de se multiplier dans les années à venir.

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