•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Qu’a donc de si spécial la « Black Strat » de David Gilmour?

Gilmour joue de la guitare devant l'image d'un disque de vinyle.
David Gilmour et sa « Black Strat » sur scène à Hyde Park, à Londres, alors que Pink Floyd s'était réuni dans le cadre de l'événement Live 8, le 2 juillet 2005. Photo: Getty Images / AFP/John McHugh
Bernard Barbeau

Le guitariste et chanteur britannique David Gilmour, l'un des piliers de Pink Floyd, a annoncé la semaine dernière qu'il allait bientôt vendre aux enchères pas moins de 120 de ses guitares, afin de récolter des fonds pour des œuvres caritatives. L'inclusion dans le lot d'une Fender Stratocaster noire a causé un certain émoi. Voici pourquoi.

« Si on a à nommer les plus grands guitaristes de tous les temps, David Gilmour, Jimmy Page [de Led Zeppelin] et Jimi Hendrix sont les principaux noms qui vont sortir », souligne en entrevue le musicien et producteur Richard Petit, qui a notamment mis sur pied les spectacles Space : The Best of Pink Floyd et The Wall Extravaganza.

Un avis que partage le bluesman Steve Hill : « J’ai acheté une pile d’albums de Pink Floyd quand j’avais 12 ans. […] C’est une des grosses raisons pour lesquelles j’ai commencé à faire de la musique. »

« Gilmour, à la base, c’est un guitariste de blues, explique-t-il. Quand il a embarqué dans Pink Floyd, il a apporté cette influence-là. Du point de vue de la lead guitar, c’est du blues qu’il joue. C’est seulement la forme, en dessous, qui change. »

« Il a pris le blues et l’a amené dans une zone unique », abonde Richard Petit.

Les solos de Gilmour sont complètement envoûtants, avec un son de feu, un son d’une puissance incroyable. C’est le blues qui s’étire. C’est planant, c’est mystique.

Richard Petit, musicien et producteur
Gilmour joue de la guitare sur scène.David Gilmour en spectacle au Madison Square Garden, à New York, le 12 avril 2016, avec sa « Black Strat ». Photo : Getty Images / Matthew Eisman

Une vente qui retient l’attention

C’est la maison londonienne Christie’s qui a reçu le mandat de vendre les guitares de David Gilmour, ce qu’elle fera le 20 juin.

D’ici là, les instruments seront exposés à Londres, à Los Angeles puis à New York.

Ces guitares m'ont tellement donné. Il est temps qu'elles apportent du bonheur à d'autres personnes qui, peut-être, s’en serviront pour créer quelque chose de nouveau.

David Gilmour, guitariste et chanteur, dans une vidéo diffusée par Christie’s

« Quand j’ai vu ça passer, j’ai regardé ma femme et je lui ai dit : "Bon, on va vendre la maison", lance Richard Petit à la blague. S’il y avait une guitare, sur la planète, dont je voudrais avant même n’importe laquelle des Beatles, c’est la Black Strat de David Gilmour. »

« Dans 200 ou 300 ans, ce sera comme si on avait le piano de Mozart ou de Beethoven, avance-t-il. C’est l’instrument de prédilection d’un génie de la musique. »

Pourquoi cette guitare-là est mythique? Pour la même raison que le Saint Graal est mythique! On parle de la guitare dont il a joué sur l’album le plus populaire de tous les temps!

Steve Hill, guitariste et chanteur

Il fait référence à The Dark Side of the Moon (lancé en 1973), dont plus de 45 millions d’exemplaires ont été vendus.

Matt Johns, rédacteur en chef du site Brain Damage, dédié à Pink Floyd, fait valoir : « Combien de guitaristes ont-ils un instrument qui, comme celui-ci, est immédiatement reconnu autant par ceux qui jouent de la guitare que par ceux qui n'en ont jamais joué? »

La petite histoire de la Black Strat

La guitare noire sur un fond blanc.Agrandir l’imageFabriquée par Fender il y a 50 ans, la Black Strat est usée à souhait. Photo : Christie's

L'objet en question est une guitare de marque Fender et de modèle Stratocaster que David Gilmour avait achetée en 1970 à la boutique Manny’s, à New York.

Elle est vite devenue son instrument principal en studio comme sur scène et celui auquel les amateurs de rock l'ont le plus identifié. Il l’a modifiée à maintes reprises, au fil des ans, en a changé les micros et le manche, y a percé des trous pour y installer divers gadgets... Il l’a torturée et a expérimenté dessus, faisant chaque fois évoluer ses sonorités.

Outre The Dark Side of the Moon, il en joue sur les albums de Pink Floyd Meddle (1971), Wish You Were Here (1975) – « la pièce Shine On, You Crazy Diamond est sortie de cette guitare », soutient Gilmour –, Animals (1977) et The Wall (1979), entre autres. C’est la guitare avec laquelle il a enregistré le solo qui constitue le dernier tiers de la chanson Comfortably Numb, de l'album The Wall, pratiquement toujours mentionné dans les sondages sur les meilleurs solos de guitare de l’histoire du rock. Il en a encore joué sur A Momentary Lapse of Reason (1987) et The Endless River (2014).

Il l’avait avec lui quand le quatuor qui avait fait les belles années de Pink Floyd s’est réuni, en juillet 2005, sur la scène londonienne de l'événement Live 8, devant plus de 3 milliards de téléspectateurs.

On l’entend également sur tous ses albums solos, jusqu’à Rattle that Lock (2015).

« Les sons émanant de cette guitare ont touché la vie d'innombrables personnes, qu'elles le réalisent ou pas », signale Matt Johns.

« Quand tu vois un guitariste qui a la même guitare accotée sur lui pendant si longtemps, ça devient sa signature, affirme Richard Petit. La guitare lui a donné des albums et des tournées mémorables. Elle devient une colonne du temple du rock! »

La légende entourant cette six cordes est telle qu’un livre lui est entièrement consacré : Pink Floyd : The Black Strat. L’auteur, Phil Taylor, a été le technicien de tournée du groupe pendant des décennies.

Il est loin d’être exceptionnel pour un musicien d’avoir un ou deux instruments, parmi tous ceux qu’il possède, qui l’inspirent davantage et vers lesquels il se tourne constamment.

C’est le cas de Richard Petit : « Mon frère Martin m’avait donné pour ma fête une Stratocaster qu’il avait achetée à Michel Courtemanche. Je l’ai modifiée avec le temps et c’est la guitare dont je joue depuis une vingtaine d’années. C’est un instrument dont je ne me séparerai jamais. »

C’est aussi le cas de Steve Hill : « J’ai une Telecaster depuis 22 ans et c’est encore une guitare particulière pour moi. Et j’ai ma Les Paul Junior 1959, qui est ma guitare principale depuis sept ou huit ans. »

Pourquoi Gilmour, qui aura 73 ans dans un mois, se défait-il d'un objet si important? « Je ne suis pas trop sentimental quant aux qualités dont un instrument particulier est censé être imprégné », laisse-t-il tomber en entrevue au magazine Rolling Stone.

Vous savez quoi? Je peux m’en passer. […] Fender en a fait des répliques. J’en ai d’ailleurs deux ou trois qui sont parfaites. L’une d’elles pourrait devenir ma guitare de prédilection et peut-être même – horreur – que je changerai de couleur!

David Gilmour, guitariste et chanteur, en entrevue au magazine Rolling Stone

Christie’s estime la valeur de l’instrument entre 130 000 $ et 200 000 $, mais elle pourrait être vendue pour beaucoup plus si plus d’un acheteur bien motivé se présente.

Une autre vedette

Gilmour, sur scène, s'exécute sur la guitare blanche plutôt usée.David Gilmour avec la Stratocaster portant le numéro de série 0001 lors d'une célébration des 50 ans de ce modèle, à l'aréna de Wembley, à Londres, le 24 septembre 2004. Photo : Getty Images / Jo Hale

« Moi, j’irais bien plus pour la Stratocaster numéro 0001 », note Steve Hill.

En effet, l’encan de juin sera aussi l’occasion pour qui en aura les moyens d’acquérir une Stratocaster blanche fabriquée en 1954 et portant le numéro de série 0001. C'est l'une des toutes premières Stratocaster sorties de l'atelier de Fender.

Gilmour, qui en joue sur les parties rythmiques d’Another Brick in the Wall, en avait fait l’acquisition en 1978, un an avant l’enregistrement.

Elle aussi vaudrait aussi entre 130 000 $ et 200 000 $.

« On parle de morceaux d’histoire », fait valoir Steve Hill. Il signale cependant que l’histoire est une chose et que la musique en est une autre. « Si une guitare ne sonne pas, ça ne donne rien », soutient le bluesman.

Là encore, Richard Petit partage son avis : « Il faut que ce soit une guitare qui se joue. Et si elle te rend heureux, c’est ta meilleure guitare. »

« Bon nombre de ces guitares se retrouveront sans doute dans des vitrines pour être exposées – en particulier celles de grande valeur –, mais il faut espérer que la Black Strat et bien d'autres continueront de servir à faire de la musique », plaide Matt Johns.

« Et les fans de David seront soulagés de savoir qu'il va garder une vingtaine de guitares et qu'il n'a aucune intention de prendre sa retraite », ajoute-t-il.

  • Le spectacle The Wall Extravaganza de Richard Petit et de son équipe sera présenté dans plusieurs villes américaines et britanniques au cours des prochaines semaines et des prochains mois. Puis à la fin novembre, une version revue soulignant le 40e anniversaire de l’album de Pink Floyd sera présentée au Capitole de Québec et à l’Olympia de Montréal dans le cadre d’un programme double comprenant également le spectacle Space : The Best of Pink Floyd.
  • Steve Hill sera en tournée au Québec et dans les Maritimes en février et en mars, avant d’aller se produire en Italie et en France. De retour au Québec cet été, il participera à plusieurs festivals. Son plus récent album, enregistré en concert, s'intitule The One-Man Blues Rock Band. Il entend lancer un nouvel album studio à l’automne.

Musique

Arts