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La conseillère Nathalie Lemieux s'explique, le maire de Gatineau réagit

Une photo officielle de Nathalie Lemieux sur un fond blanc.
Nathalie Lemieux a mentionné qu'elle trouvait injuste le fait d'avoir été jugée sur quelques mots, quelques phrases publiées dans un journal. Photo: Facebook
Radio-Canada

La conseillère du district de Touraine, Nathalie Lemieux, s'est excusée lundi d'avoir choqué certaines personnes par les propos controversés qu'elle a tenus à l'endroit de la communauté musulmane, dans une publication sur les réseaux sociaux.

Dans un long texte, elle a soutenu qu'elle n'avait pas l'intention de blesser ni de choquer par les propos qu'elle a tenus.

Toutefois, elle a mentionné qu'elle trouvait injuste le fait d'avoir été jugée sur quelques mots, quelques phrases publiées dans un journal qui, selon elle, ne reflètent pas sa pensée.

Je persiste à dire que la société québécoise est loin d’être une société islamophobe.

Nathalie Lemieux, conseillère du district de Touraine

Au contraire, dit-elle, je pense que nous faisons généralement preuve de beaucoup d’ouverture, de générosité et de tolérance.

J'ai donc été destituée de mon poste de mairesse suppléante, car j'ai refusé d'obéir aux exigences du maire. J'ai demandé un délai pour bien prendre le temps de m'exprimer, ce qui m'a été refusé, a précisé la conseillère élue en 2017.

Mme Lemieux a d'ailleurs remis en question sa capacité de s'exprimer librement, se demandant si cette liberté d'expression que nous avons si durement acquise est en péril ici chez nous à Gatineau.

Elle laisse donc le poste de mairesse suppléante vacant et quitte ses fonctions au comité exécutif de la Ville de Gatineau. Elle conserve toutefois son poste de conseillère du district de Touraine.

Nathalie Lemieux a mentionné qu'elle ne commenterait plus le dossier et qu'elle s'absentera quelques jours.

« La liberté d'expression n'est pas un passe-droit »

Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, s'est adressé aux médias, lundi après-midi, en réaction à la lettre de Mme Lemieux.

Mme Lemieux garde sa liberté d'expression, elle va pouvoir constamment s'exprimer comme conseillère, mais elle ne pourra plus le faire au nom du conseil ni en mon nom, a déclaré M. Pedneaud-Jobin. Elle ne peut pas parler au nom d'une ville qui veut rassembler les communautés quand, par ses propos, elle jette ces mêmes communautés les unes contre les autres en véhiculant des préjugés.

La liberté d'expression n'est pas un passe-droit pour attiser les peurs et répandre des préjugés. La liberté des uns se termine quand celle des autres commence, a poursuivi M. Pedneaud-Jobin, qui regrette que des Gatinois aient peur de se rendre à la mosquée depuis que les propos de Mme Lemieux ont enflammé les réseaux sociaux.

Le maire souhaite accélérer les travaux sur le vivre-ensemble, déjà entamés l'année dernière.

Je crois qu'elle devrait s'excuser avec plus de fermeté, mais pour le reste, ça lui appartient et ça appartient à ses électeurs.

Maxime Pedneaud-Jobin, maire de Gatineau

Au prochain conseil, le maire va proposer une autre candidature de mairesse suppléante. Il procédera aussi à un changement d'exécutif.

Un homme devant les médias.Agrandir l’imageLe maire Maxime Pedneaud-Jobin en conférence de presse Photo : Radio-Canada

Une plainte pourrait être déposée

Rida Mahmoud, ancien candidat d'Action Gatineau dans le district de Touraine aux dernières élections municipales, envisage de déposer une plainte.

Ça va à l'encontre des valeurs de la Charte québécoise des droits et libertés, selon les articles 3, 4 et 10, a-t-il indiqué.

La liberté d'expression s'arrête quand on touche à la dignité de quelqu'un et d'un groupe en particulier.

Rida Mahmoud

La réponse de Mme Lemieux ne l'a pas non plus satisfait.

Un homme en entrevue à Radio-Canada.Agrandir l’imageRida Mahmoud, ancien candidat aux élections municipales Photo : Radio-Canada / Nathalie Tremblay

En fait, je trouve que Mme Lemieux ne s'est même pas excusée. Au contraire, elle a persisté dans les mêmes pensées, les mêmes propos. Je pense que ces propos-là restent très discriminatoires face à un groupe religieux, a-t-il estimé.

Il a enfin salué le travail du maire de l'avoir immédiatement mise dehors. Beaucoup de gens ne voient plus la crédibilité de Mme Lemieux, a-t-il ajouté.

Un « électrochoc »

Le conseiller Daniel Champagne voit cette affaire comme un électrochoc reçu par le conseil municipal.

On doit accroître le travail quant à la sensibilisation des citoyens. Ça impose un dialogue. On doit accroître nos initiatives en matière d'inclusion, a-t-il avancé. Je pense que, quand on a une charge élective, il faut apporter certaines nuances, parce que si on apporte des positions qui sont à ce point tranchées, on vient polariser les positions et ça n'alimente pas le débat.

Pour sa part, le conseiller du district du Manoir-des-Trembles-Val-Tétreau Jocelyn Blondin croit que Mme Lemieux n'est pas allée assez loin pour moi dans ses propos, parce qu'elle a quand même mentionné que ces gens-là ne s'intégraient pas.

M. Blondin juge qu'il faut continuer à en parler. Pour nous, il y a encore des ponts à rétablir.

Jean-François LeBlanc répond aux questions d'une journaliste. Jean-François LeBlanc, conseiller du district du Lac-Beauchamp Photo : Radio-Canada

Il y a juste de choses qu'on ne peut pas dire de façon régulière, a commenté le conseiller municipal du district du Lac-Beauchamp, Jean-François LeBlanc.

Il considère aussi que la population est divisée sur 90 % des positions qui sont prises par les conseillers. Pour avoir lui-même été visé par des attaques sur les réseaux sociaux à la suite de ses propos, il assure que son premier réflexe, c'est toujours d'aller voir la personne et de demander ce qu'il s'est passé et d'aller vérifier la source.

Toutefois, selon lui, ce dossier est clos.

Avec les informations de Nathalie Tremblay

Ottawa-Gatineau

Politique municipale