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Les cas de stress post-traumatique en croissance chez les pompiers de Montréal

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Un pompier

Un pompier en action

Photo : Radio-Canada

Le nombre de pompiers souffrant de stress post-traumatique a presque quadruplé en cinq ans à Montréal, selon des données obtenues par Radio-Canada. Une situation reliée à leur rôle de premiers répondants, soutient l'Association des pompiers de la métropole.

Les pompiers de la Ville de Montréal répondent à des appels de premiers répondants depuis 2007. En plus des incendies, ils sont formés pour intervenir notamment dans des situations d’arrêts cardio-respiratoires ou d’urgences médicales. Ils sont donc plus exposés à des scènes traumatisantes.

« Je ne compte plus combien de pendus j’ai décrochés, combien de personnes âgées dans des conditions atroces étaient entre la vie et la mort », raconte un pompier qui a subi un stress post-traumatique.

« Dans la même semaine, poursuit-il, j'ai assisté une femme à mettre au monde un enfant et j'ai réanimé un enfant qui était dans son berceau. Il est décédé. J'ai aussi trouvé une personne qui était en train de se faire manger par les chiens. »

L’événement déclencheur, dans son cas, est survenu en 2016 alors qu’il a vu un jeune homme mourir lors d’une intervention dans le métro de Montréal.

« Je n’ai pas dormi pendant quatre jours. Malgré le fait que j’étais fonctionnel, en dedans de moi, je voyais que ça marchait plus », confie-t-il.

Une procédure longue

Ce pompier, qui désire garder l’anonymat pour ne pas nuire à son dossier, a été en arrêt de travail pendant six mois. Il déplore qu'il ait dû se battre avec la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) pour faire reconnaître son état.

« Une fracture de tibia lors d'un incendie, c'est visible. Une radiographie va pouvoir le témoigner alors que dans un choc post-traumatique, j’ai à justifier ce qui s'est produit. J'ai à réexpliquer ce processus à plusieurs reprises. Le processus administratif lié à l'accident de travail ne vient pas aider le processus de guérison », avance-t-il.

De 6 à 22 cas

Ce témoignage est loin d’être unique. Selon des données obtenues par Radio-Canada, auprès de l’Association des pompiers de Montréal (ADPM), le nombre de troubles de stress post-traumatiques des pompiers est passé de 6 en 2013 à 22 en 2018.

Le vice-président de L’ADPM, Richard Lafortune, estime que dans les faits, les chiffres sont beaucoup plus importants.

« Je soupçonne que pour chaque individu qui lève la main, il y en a trois qui souffrent en silence, croit-il. Le fait de lever la main est une chose. Mais ensuite, pour se faire reconnaître, les demandes comme étant accidenté du travail qui a subi une lésion qui est un choc post-traumatique sont refusées d'emblée. »

La CNESST : deux poids, deux mesures

La Loi sur les accidents du travail et les maladies professionnelles comporte deux régimes différents pour les « lésions » physiques et psychologiques.

Contrairement aux blessures physiques, le travailleur doit prouver que le stress post-traumatique est relié au travail, explique l’avocate Sophie Mongeon.

« Aucune blessure psychologique n'est reconnue, détaille-t-elle. Il n'y a pas de présomption qui s'applique en la faveur des gens qui ont des maladies psychologiques. La loi date de 1985. C’est vraiment le temps pour tous les acteurs de métiers importants qu’ils fassent leurs revendications. »

Rencontre avec le cabinet du ministre du Travail

Radio-Canada a par ailleurs appris le Regroupement des associations des pompiers du Québec (RAPQ) rencontrera le cabinet du ministre du Travail lundi à Québec.

Le RAPQ souhaite notamment faire reconnaître le stress post-traumatique comme blessure professionnelle.

Le ministre du Travail, Jean Boulet, a affirmé, à la fin janvier, souhaiter modifier la loi en raison de son caractère désuet. La CNESST, pour sa part, n’a pas répondu aux questions de Radio-Canada.

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