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Retour en 5 temps sur le procès d'« El Chapo » Guzman

Le baron de la drogue du Mexique, Joaquin El Chapo Guzman, est escorté à son arrivée à l'aéroport Long Island MacArthur à New York, aux États-Unis, le 19 janvier 2017, après son extradition du Mexique.
Accusé d'avoir expédié aux États-Unis plus de 154 tonnes de cocaïne, Joaquin « El Chapo » Guzmán, risque de terminer ses jours dans une prison américaine. Photo: Reuters / Handout .
Jean-Philippe Guilbault

Le procès du baron de la drogue mexicain Joaquin « El Chapo » Guzman touche à sa fin : les membres du jury ont reçu lundi les directives du juge fédéral Brian Cogan et entamé la période de délibérations.

Ce procès a connu son lot de révélations-chocs sur les dessous de l’importante entreprise de trafic de cocaïne qu'« El Chapo » est soupçonné d’avoir pilotée pendant plusieurs années.

Le juge Cogan a fourni ses indications aux jurés à la suite de trois mois de procès.

M. Guzman fait face à 17 chefs d’accusation, dont trafic de drogues, complot pour meurtres et blanchiment d’argent.

Il a plaidé non coupable à ces accusations, qui pourraient lui valoir la prison à vie s’il n’arrive pas à soulever un doute raisonnable du jury.

« El Chapo », 61 ans, avait fait les manchettes avant même le début de son procès, lors de sa seconde évasion d’une prison mexicaine en 2015 et de sa cavale lors de laquelle il avait accordé une entrevue exclusive à l’acteur américain Sean Penn pour le compte du magazine Rolling Stone.

Arrêté à nouveau en janvier 2016, il a été extradé aux États-Unis, où son procès a débuté à Brooklyn sous haute surveillance.

Les procureurs américains ont fait défiler pas moins de 50 témoins qui ont levé le voile sur les opérations criminelles du cartel de Sinaloa. Voici cinq moments clés des différents témoignages :


1. Un pot-de-vin de 100 millions de dollars

Lors du témoignage d’Alex Cifuentes, un baron de la drogue colombien qui prétend avoir été le bras droit d’« El Chapo », ce dernier a affirmé que l’ancien président mexicain Enrique Peña Nieto aurait accepté un pot-de-vin de 100 millions de dollars américains de la part de Guzman.

Alex Cifuentes, un proche collaborateur du baron de la drogue mexicain Joaquin « El Chapo » Guzman témoigne au tribunal fédéral de Brooklyn à New York, États-Unis, le 15 janvier 2019. C'est la première fois depuis le début du procès à New York en novembre qu'un témoin implique directement celui qui a cédé sa place à la tête du Mexique le 30 novembre à Andres Manuel Lopez Obrador. Photo : Reuters / JANE ROSENBURG

Une allégation similaire est aussi venue du côté des avocats de la défense d’« El Chapo », ces derniers avançant que « des millions de dollars » auraient été versés en pots-de-vin à l’ancien président Nieto et à l’un de ses prédécesseurs.

M. Nieto a nié ces affirmations, tout comme son prédécesseur Felipe Calderon.

Le procès d’« El Chapo » aura aussi permis d’avoir un aperçu des multiples liens existant entre les narcotrafiquants et les forces de l’ordre mexicaines.

Un fonds de 50 millions de dollars américains aurait d’ailleurs été mis à la disposition de l’ancien secrétaire mexicain à la Sécurité, Garcia Luna. Ce dernier a également démenti ces affirmations.


2. Les violences dans les moindres détails

Salle de torture insonorisée, des rivaux enterrés vivants, des assassinats publics, la violence dont faisait preuve le cartel de Sinaloa a été largement décrite par le dernier témoin appelé par les procureurs, le tueur à gages Isaias Valdez Rios.

Travaillant pour Guzman depuis 2004, M. Rios a décrit dans les moindres détails certains assassinats qui, affirme-t-il, ont été commandés par « El Chapo ».

La violence dont a fait preuve le cartel par le passé est à ce point importante que le juge fédéral Cogan avait décrété des mesures de sécurité particulières pour les membres du jury dès le début du procès. Ainsi, les jurés sont demeurés anonymes, ont été partiellement isolés pour la durée des procédures judiciaires et leurs déplacements ont été faits sous escorte policière.

Le pont de Brooklyn est fermé en direction de Manhattan pour laisser passer le convoi transportant Guzman. le convoi est notamment composé de voitures de police et d'une ambulance. Des curieux suivent ce déplacement.Le pont de Brooklyn a été fermé à chaque fois que Joaquin « El Chapo » Guzman a été transporté de Manhattan, où il est détenu, à Brooklyn, où il sera jugé. Cette photo a été prise le 10 octobre, après une comparution. Photo : Getty Images / TIMOTHY A. CLARY

3. Opérations lucratives

Le passage de l’ex-comptable du cartel, Jesus Zambada Garcia, a levé le voile sur l’ampleur de l’opération financière que représentait le plus grand réseau de trafic de drogue au monde.

Arrêté et extradé aux États-Unis en 2008, Jesus Zambada est le frère d’Ismaël « El Mayo Zambada », le cofondateur du cartel avec « El Chapo ».

Selon M. Zambada, le marché de la cocaïne à Los Angeles rapportait 13 000 $ US par kilo, 9000 $ US le kilo à Chicago et 26 000 $ US le kilo à New York.

En une seule livraison dans la Grosse Pomme, le cartel pouvait empocher un revenu net de pas moins de 390 millions de dollars américains.

L’ex-comptable a évalué la valeur totale annuelle du commerce du cartel à « des milliards de dollars », sans pouvoir être plus précis.


4. Évasion « naturiste »

Le procès d’« El Chapo » a aussi connu son lot de moments cocasses. Lors du témoignage d’une de ses anciennes maîtresses, il a été raconté que l’accusé s’était déjà évadé complètement nu d’une descente des marines mexicains.

Selon Lucero Guadalupe Sanchez Lopez, « El Chapo » et elle-même auraient emprunté un tunnel caché sous une baignoire et emprunté un sentier boueux pour s’éclipser hors d’une cache du baron mexicain.

Le témoignage de Lopez, qui a fondu en larmes, aurait d’ailleurs mené à des ricanements de la part de l'épouse de Guzman, Emma Coronel. Cette dernière a également assisté à la divulgation par le FBI de nombreuses conversations téléphoniques et échanges de textos entre « El Chapo » et ses diverses maîtresses.

Une femme portant un manteau et des lunettes de soleil est suivie par un cameraman à l'entrée d'un bâtiment.La femme de Joaquin Guzman, Emma Coronel Aispuro, à son arrivée au tribunal fédéral de Brooklyn Photo : Getty Images / Angela Weiss

5. Intérêt hollywoodien

Toutes ces histoires pourraient probablement inspirer un film ou une série télévisuelle sur « El Chapo », puisque le New York Times rapportait qu’Eric Newman, le producteur de la série Narcos, a assisté à de nombreuses séances.

M. Newman a raconté au quotidien américain qu’il avait su, par les avocats d’« El Chapo », que ce dernier avait particulièrement aimé la série racontant l’histoire des cartels colombiens, dont celui de Pablo Escobar.

« Pourtant, nous n’avons jamais tenté de glorifier ces personnes », a précisé le producteur américain, qui n’a pas écarté l’idée de créer une série centrée sur Joaquin Guzman.

D’ailleurs, le personnage d’« El Chapo » apparaît dans la dernière version de Narcos, sous les traits de l’acteur d’Alejandro Edda, qui a aussi assisté au procès.

Le baron mexicain l’a d’ailleurs salué de la main, souriant, sans obtenir de réponse de la part de M. Edda.

Un homme barbu portant un manteau en cuir et des lunettes de soleil se faufile entre des journalistes sur un trottoir.L'acteur mexicain Alejandro Edda Photo : Getty Images / Angela Weiss
Avec les informations de The Guardian, BBC, New York Times, et Reuters

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