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Qui a bénéficié de la « gratuité » des études postsecondaires en Ontario?

Un étudiant lors de la manifestation de Toronto

Des manifestations étudiantes ont eu lieu le 25 janvier dernier à Toronto et à Sudbury. D'autres mobilisations sont prévues lundi.

Photo : Radio-Canada / Aminata Yade

Philippe de Montigny

Des données du gouvernement obtenues par CBC/Radio-Canada révèlent combien d'étudiants dans chacun des collèges et des universités de la province ont obtenu des bourses non-remboursables équivalentes ou supérieures à leurs droits de scolarité en 2017-2018.

Alors que des étudiants se préparent à manifester lundi devant Queen’s Park contre l’annulation de la « gratuité » des études postsecondaires, une analyse des données démontre une forte demande du programme de bourses qui avait été mis en place par le gouvernement de Kathleen Wynne, notamment parmi les étudiants collégiaux.

Dans certains collèges, dont Loyalist et Centennial, ce sont près des trois quarts des étudiants canadiens qui n’ont pas eu à payer de droits de scolarité grâce à la subvention ontarienne d’études en 2017-2018.

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Source : Données du ministère de la Formation et des Collèges et Universités de l'Ontario, analyse de CBC/Radio-Canada

Photo : Radio-Canada / Cam Gauthier

Dans les universités, cette proportion est moins élevée, bien qu’elle s’élève tout de même à plus de 50 % à l’Université Algoma à Sault-Sainte-Marie et à l'École d'art et de design de l'Ontario (OCAD) à Toronto. L’Université Queen’s, à Kingston, figure au bas de la liste avec 18 %.

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Source : Données du ministère de la Formation et des Collèges et Universités de l'Ontario, analyse de CBC/Radio-Canada

Photo : Radio-Canada / Cam Gauthier

En tout, ils étaient plus de 234 000 étudiants à travers la province à bénéficier de bourses non-remboursables couvrant ou dépassant leurs droits de scolarité, selon les chiffres du ministère de la Formation et des Collèges et Universités de l’Ontario.

Les chiffres ne sont pas encore disponibles pour l’année scolaire en cours, la deuxième et dernière année durant laquelle le système de subvention a été offert.

Ce qu'on tire de ces données-là, c'est que les universités et les collèges attirent des populations très, très différentes.

Alex Usher, président, Higher Education Strategy Associates

Consultant dans le domaine de l’enseignement supérieur, Alex Usher n’est pas surpris de voir d’aussi grandes proportions d’étudiants bénéficiaires dans les collèges. Selon lui, c’est qu’ils viennent généralement de familles moins nanties.

L’ancien gouvernement de Kathleen Wynne avait modifié le Régime d’aide financière aux étudiants de l’Ontario (RAFÉO) pour offrir plus de bourses non-remboursables que de prêts et en étendre l’admissibilité à des étudiants plus âgés.

Les subventions ontariennes d’études, totalisant plus de 1,5 million de dollars l’année dernière, avaient justement pour but d’inciter davantage d’Ontariens issus de familles à faible revenu à entamer des études postsecondaires.

Des étudiants qui marchent dans un corridor. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des étudiants à l'Université Laurentienne, une université bilingue en Ontario.

Photo : Radio-Canada / CBC/Erik White

Un programme critiqué par la vérificatrice générale

Mais en décembre, moins de deux ans après la mise sur pied de la subvention ontarienne d’études, l'efficacité du programme avait été remise en question par la vérificatrice générale.

Bonnie Lysyk avait alors constaté une hausse de 24 % des bénéficiaires du RAFÉO dans les universités et de 27 % dans les collèges, alors que les inscriptions dans ces établissements ont augmenté d’à peine 2 %.

Les conclusions de la vérificatrice générale ont motivé le gouvernement Ford à passer le couperet dans ce programme, le mois suivant, jugeant qu’il n’est pas viable sur le plan financier.

Deux portraits juxtaposésAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Kathleen Wynne et Bonnie Lysyk

Photo : La Presse canadienne / Christopher Katsarov

« J’aurai à quitter l’école »

Bien que les bourses accordées cette année seront honorées jusqu’en septembre, de nombreux étudiants s'inquiètent de ne pas pouvoir compléter leurs études. Mohammad Hossain est l'un deux.

Après avoir passé trois ans en tant que chauffeur d’Uber, M. Hossain aspire à une vie différente et change de voie : à l'âge de 40 ans, le père de deux enfants retourne aux études à temps plein, le mois dernier, grâce à une bourse de la province.

Je n’aurai pas pu me le permettre autrement , avoue l'étudiant, qui espère devenir développeur informatique et gagner un meilleur salaire grâce à son diplôme du Collège Centennial de Toronto.

Aujourd'hui, il craint devoir abandonner son rêve en raison des changements au régime d’aide financière. Selon lui, un prêt serait très difficile à rembourser.

Je suis très déçu et je m’inquiète.

Mohammad Hossain, étudiant au Collège Centennial à Toronto
Un homme devant son portable dans un laboratoire d'ordinateurs.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Mohammad Hossain, étudiant en informatique au Collège Centennial de Toronto, s'inquiète de perdre une bourse qui couvrait la totalité de ses frais de scolarité.

Photo : Radio-Canada

Nicole Desnoyers, de la section ontarienne de la Fédération canadienne des étudiantes et étudiants, affirme que les données du gouvernement démontrent qu’une grande majorité d’étudiants ne peuvent pas se permettre leurs études.

Les bénéficiaires n’avaient plus à dépendre d’emplois à temps partiel, entre leurs heures de cours, pour y arriver financièrement et ont pu se concentrer sur leur éducation, souligne-t-elle.

Ces bourses non-remboursables, ça a changé la qualité de vie de ces étudiants , affirme Mme Desnoyers.

Pas une surprise, selon des administrateurs

La présidente du Collège Loyalist, qui avait la plus grande proportion d’étudiants ayant reçu des bourses non-remboursables couvrant leurs droits de scolarité, n’est pas étonnée des résultats analysés par CBC/Radio-Canada.

Selon Ann Marie Vaughan, près de 80 % des étudiants du collège reçoivent une forme quelconque d’aide financière. Nous avons un grand pourcentage d’élèves (immigrants) de première génération. Nous avons également une forte population autochtone. Bon nombre de nos étudiants nécessitent une aide financière, et ça reflète le salaire moyen dans la région dit-elle.

Le président du Collège Boréal estime, de son côté, que l'impact des changements au régime d'aide financière sera modeste parce que le programme a surtout bénéficié à des étudiants déjà inscrits. Plus de la moitié des étudiants de son établissement ont profité de la « gratuité » de leurs droits de scolarité.

On n’a pas eu de grande croissance d’inscriptions et on ne croit pas qu’il va y avoir une décroissance des inscriptions.

Daniel Giroux, président du Collège Boréal
Daniel Giroux, président du Collège Boréal.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Daniel Giroux, président du Collège Boréal.

Photo : Radio-Canada

La plupart des établissements postsecondaires contactés par Radio-Canada affirment que la nature des changements apportés au régime d’aide financière par le gouvernement Ford n’est pas tout à fait connue et qu’il est trop tôt pour en mesurer l’impact.

Des breffages techniques ont lieu ce mois-ci dans les collèges et les universités, mais le ministère est resté avare de détails.

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