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Manifestations progouvernementales et de l'opposition à Caracas

Le reportage de notre envoyé spécial Jean-Michel Leprince
Radio-Canada

Des milliers de manifestants ont défilé samedi à Caracas, les uns pour exiger que Nicolas Maduro cède le pouvoir au président autoproclamé Juan Guaido, les autres pour célébrer le 20e anniversaire de la révolution bolivarienne et réaffirmer leur soutien à Maduro.

Rassemblés à l'appel de Juan Guaido, les partisans de l'opposition, portant des drapeaux du Venezuela, se sont réunis en cinq points de l'est de la capitale et ont marché vers le siège de la représentation de l'Union européenne, dans le quartier de Las Mercedes.

L'opposition voulait envoyer « un message à l'Union européenne » pour remercier « tous ces pays qui, très bientôt, vont nous reconnaître », avait déclaré Juan Guaido, 35 ans, qui préside le Parlement, seule institution contrôlée par l'opposition. Celle-ci juge le second mandat de Nicolas Maduro, entamé le 10 janvier, illégitime, car issu d'élections frauduleuses.

Devant des milliers de partisans réunis à Caracas, l'opposant vénézuélien a annoncé l'arrivée dans les prochains jours d'une aide humanitaire destinée au pays pétrolier à la frontière colombienne, au Brésil et sur une « île des Caraïbes », en demandant à l'armée de la laisser entrer.

Juan Guaido, qui n'a pas précisé de quelle aide humanitaire il s'agissait, a également annoncé la création d'une « coalition mondiale pour l'aide humanitaire et la liberté au Venezuela ».

« Dans les prochains jours, commencera la collecte de l'aide humanitaire [...] de tout ce qui est nécessaire pour que notre peuple survive [...] Toi, soldat [...], tu auras entre les mains la décision » de la laisser entrer, a-t-il lancé.

Washington a indiqué tenir prêts des aliments et des médicaments destinés au Venezuela pour un montant de 20 millions de dollars, mais Nicolas Maduro, qui attribue les pénuries aux sanctions américaines, estime qu'accepter l'aide humanitaire reviendrait à ouvrir la porte à une intervention militaire.

Le président vénézuélien Nicolas Maduro s'est déclaré samedi favorable à la tenue d'élections législatives anticipées dans le courant de cette année, alors qu'elles sont prévues en 2020 et que le Parlement est actuellement contrôlé par l'opposition.

Le mandat actuel des députés, élus fin 2015, va de janvier 2016 à janvier 2021. Les prochaines élections législatives doivent normalement avoir lieu fin 2020.

Le Venezuela, pays aux énormes ressources pétrolières, autrefois le plus riche d'Amérique latine, a sombré économiquement et ses habitants souffrent de graves pénuries de nourriture et de médicaments, ainsi que d'une inflation galopante, ce qui a contribué à faire chuter la popularité du dirigeant socialiste.

Depuis 2015, quelque 2,3 millions de Vénézuéliens ont quitté le pays.

Le président autoproclamé du Venezuela Juan Guaido a pris un bain de foule lors d'une manifestation visant à dénoncer Nicolas Maduro. Le président autoproclamé du Venezuela Juan Guaido a pris un bain de foule lors d'une manifestation visant à dénoncer Nicolas Maduro. Photo : Reuters / Carlos Garcia Rawlins

Nouvelles manifestations

S'adressant à ses partisans, Juan Guaido a également annoncé une nouvelle manifestation contre le chef de l'État socialiste prévue pour le 12 février.

En incitant les manifestants à « poursuivre leur mobilisation dans la rue », il a appelé à « deux manifestations importantes », une tenue le Jour de la jeunesse au Venezuela, le 12 février, et l'autre liée à l'arrivée d'une aide humanitaire, dont il n'a pas précisé la date.

Le choix de défiler samedi n'est pas anodin : c'est l’anniversaire des 20 ans de la « révolution bolivarienne » – du nom du héros de l'indépendance Simon Bolivar – qui marque l'investiture, le 2 février 1999, du président socialiste Hugo Chavez, décédé en 2013 et dont se réclame Nicolas Maduro.

De leur côté, les partisans de Maduro se sont rassemblés dans l'avenue Bolivar, au centre-ville, pour célébrer cet anniversaire. Selon notre envoyé spécial sur place, Jean-Michel Leprince, l'ambiance de la manifestation pro-Maduro évoque une fête, avec des rassemblements des citoyens des classes plus populaires et de la musique jouée par des orchestres.

Toujours selon Jean-Michel Leprince, les partisans de M. Guaido, provenant pour leur part en grande partie des quartiers un peu plus huppés, semblent moins avoir le cœur à la fête, mais on noterait tout de même une ferveur renouvelée, entre autres en raison de l'appui à leur cause d'une partie de la communauté internationale.

Nicolas Maduro n'est pas reconnu par bon nombre de pays occidentaux. L'opposant Juan Guaido est soutenu par les États-Unis, le Canada, la plupart des États latino-américains et certains pays européens.

Les manifestations organisées par l'opposition sont tenues à la veille de l'expiration d'un ultimatum lancé à Nicolas Maduro par plusieurs pays européens, qui ont demandé au dirigeant socialiste d'annoncer de nouvelles élections sous peine de reconnaître la légitimité de Juan Guaido.

Les partisans de Nicolas Maduro se sont rassemblés dans l'avenue Bolivar, au centre-ville, pour célébrer les 20 ans de la « révolution bolivarienne ». Les partisans de Nicolas Maduro se sont rassemblés dans l'avenue Bolivar, au centre-ville, pour célébrer les 20 ans de la «révolution bolivarienne». Photo : Getty Images / YURI CORTEZ

Un général vénézuélien fait défection

Quelques heures avant le début de ces manifestations, un général vénézuélien de haut rang a annoncé avoir fait défection samedi et appelé l'armée à retirer son soutien au président Nicolas Maduro et à reconnaître l'opposant Juan Guaido comme chef d'État par intérim.

Dans une vidéo diffusée sur Twitter, le général de l'armée de l'air Francisco Yanez affirme que les militaires sont dans leur immense majorité hostiles au chef de l'État.

« Peuple du Venezuela, 90 % des membres des forces armées du Venezuela ne sont pas dans le camp du dictateur, mais dans celui du peuple vénézuélien, affirme le général Yanez. La transition démocratique est imminente », déclare-t-il encore.

Le président du Venezuela Nicolas Maduro et sa femme Cilia Flores saluent la foule de manifestants venus leur témoigner leur soutien. Le président du Venezuela Nicolas Maduro et sa femme Cilia Flores saluent la foule de manifestants venus leur témoigner leur soutien. Photo : Getty Images / YURI CORTEZ

Francisco Yanez est le premier général en fonction à apporter son soutien à Juan Guaido depuis que celui-ci s'est autoproclamé président le 23 janvier.

Sur son compte Twitter, le haut commandement des forces armées accuse de « trahison » celui qui occupe, selon son organigramme, la fonction de chef de la planification stratégique de l'armée de l'air.

Washington appelle les militaires à imiter le général Yanez

Washington n’a pas tardé après cette défection à appeler les militaires vénézuéliens à rejoindre le camp du président autoproclamé Juan Guaido.

Les États-Unis appellent tous les membres de l'armée à suivre l'exemple du général Yanez, et à protéger les manifestants pacifiques qui soutiennent la démocratie.

John Bolton, conseiller de la Maison-Blanche à la sécurité nationale

Comme le mentionne par ailleurs notre envoyé spécial, l'appui du général Yanez à la cause de l'opposition est bien vu par les pro-Guaido, mais l'officier n'exerce pas une grande autorité sur ses collègues de l'armée de terre, par exemple, ou sur la Garde nationale.

Ce sont ces deux branches des forces militaires qui assurent le maintien du pouvoir de l'État sur le pays.

Washington a par ailleurs appelé samedi les confrères et subordonnés du général Yanez à emboîter le pas à ce dernier.

« Les États-Unis appellent tous les membres de l'armée à suivre l'exemple du général Yanez, et à protéger les manifestants pacifiques qui soutiennent la démocratie », a déclaré sur Twitter le conseiller de la Maison-Blanche à la sécurité nationale, John Bolton.

La Maison-Blanche ne veut pas négocier

D'après des sources diplomatiques, la France, la Grande-Bretagne, l'Allemagne et l'Espagne ont notamment prévu de reconnaître à compter de lundi le président de l'Assemblée nationale comme chef d'État par intérim du Venezuela, suivant ainsi l'exemple des États-Unis.

La majorité des autres pays de l'UE devraient apporter leur soutien à Juan Guaido tout en évitant d'utiliser explicitement les termes « reconnaissance » et « reconnaître ».

Nicolas Maduro, intronisé le 10 janvier après sa réélection contestée en mai dernier, a assuré cette semaine être prêt à dialoguer avec l'opposition, avec la participation de médiateurs internationaux.

Cette hypothèse a été écartée par le vice-président américain, Mike Pence, lors d'un rassemblement organisé vendredi en Floride pour marquer le soutien des États-Unis et des ressortissants vénézuéliens à Juan Guaido.

Il n'est plus l'heure de négocier, mais d'agir, a-t-il dit, « pour mettre fin une fois pour toutes à la dictature » de M. Maduro.

Avec les informations de Reuters, et Agence France-Presse

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