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L’UdeM lance une vaste campagne de sensibilisation pour briser l’isolement étudiant

Le Centre de santé et de consultation psychologique fait figure de pionner dans le monde universitaire canadien avec sa campagne « Ça va aller ».

Le Centre de santé et de consultation psychologique fait figure de pionner dans le monde universitaire canadien avec sa campagne Ça va aller.

Photo : fournie par l'Université de Montréal

Julien McEvoy

L'Université de Montréal souhaite faire office de précurseur en matière de santé mentale et prend les grands moyens pour y arriver. Radio-Canada a appris que l'institution lancera ce matin une vaste campagne de sensibilisation intitulée Ça va aller, afin notamment de briser l'isolement et la solitude que vivent de trop nombreux étudiants.

Les objectifs de la campagne se fondent sur l’enquête « Ça va? », menée par la Fédération des associations étudiantes du campus de l’UdeM (FAECUM) en 2016 auprès de 10 000 étudiants. Ce vaste sondage révélait notamment que 75 % des étudiants souhaitaient améliorer leur santé mentale.

« On vise d’abord à sensibiliser la communauté universitaire à l’importance de parler de santé psychologique, de briser les tabous et de cesser la stigmatisation », explique Virginie Allard-Caméus, directrice du Centre de santé et de consultation psychologique (CSCP) des Services aux étudiants à l’UdeM.

Pour ce faire, les murs de l’UdeM seront mis à contribution. On y a déjà installé de nombreux visuels associés à la campagne.

Le titre de la campagne (Ça va aller) est reproduit dans des escaliers de l'Université de Montréal.

Le Centre de santé et de consultation psychologique fait figure de pionner dans le monde universitaire canadien avec sa campagne « Ça va aller ».

Photo : fournie par l'Université de Montréal

Dans un second temps, poursuit Mme Allard-Caméus, le CSCP vise à rendre des ressources facilement accessibles aux gens qui en auraient besoin. La directrice du centre souligne que si sa campagne s’inscrit dans la continuité de l’enquête de la FAECUM, elle est aussi une réponse institutionnelle.

En janvier 2017, explique-t-elle, un groupe de travail sur la santé mentale piloté par la vice-rectrice aux affaires étudiantes et aux études, Louise Béliveau, a commis un rapport. S’il n’a pas été rendu public, Mme Allard-Cameus est en mesure de dire qu’on y recommandait que l’UdeM mette l’accent sur la promotion d’une santé mentale saine dans le cadre d’un plan stratégique de communication.

Déjà, en octobre dernier, un réseau de sentinelles a été mis sur pied par l’Université. Il s’agit d’un programme qui investit certains employés de l’établissement d’une mission : dépister, écouter et référer les étudiants en besoin. Tous les participants ont reçu une formation assurée par Suicide Action Montréal ainsi que par deux psychologues du CSCP.

De leur côté, l’équipe des Services aux étudiants et la FAECUM planchent sur Ça va aller depuis le mois d’août dernier. Le CSCP, composé d’une équipe de professionnels de la santé – médecins, infirmières, nutritionnistes, physiothérapeute et psychologues –, a dépensé quelque 138 000 $ pour bâtir la campagne. Le site Internet, cavaaller.ca, est déjà en ligne.

On veut augmenter la bienveillance sur le campus. Dans un monde idéal, on serait tous bienveillants, mais on est en train d’en parler et d’ouvrir la conversation sur le campus.

Virginie Allard-Caméus, directrice du Centre de santé et de consultation psychologique des Services aux étudiants, Université de Montréal

Une surprise dans les résultats

L’enquête de 2016 de la FAECUM n’est pas un sondage probabiliste. Le questionnaire, conçu sur la base d’une revue de littérature exhaustive, a été envoyé à 40 000 étudiants de l’UdeM. Pendant quatre semaines, ceux qui ne l’avaient pas rempli ont reçu un rappel hebdomadaire. Au final, 10 217 d’entre eux l’ont rempli. Les données ont permis de faire des analyses par département et par cycles d’études.

Trois questionnaires de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) ont par exemple été utilisés, ce qui a permis de faire des comparaisons entre populations du même âge. En 2010, les données de l’ISQ indiquaient que 31 % des jeunes de 15 à 24 ans ainsi que 25 % des personnes de 25 à 44 ans estimaient vivre un niveau élevé de détresse psychologique, niveau suffisant pour nécessiter une aide immédiate.

Nous avons pu découvrir que 22 % de la population étudiante rapporte des symptômes de dépression suffisamment sérieux pour être pris en charge immédiatement.

Extrait du sommaire exécutif de l'enquête de la FAECUM

Comment? En utilisant des questionnaires existants comme ceux de l’ISQ ou encore celui utilisé dans certains hôpitaux pour dépister les personnes à risque et pour mesurer leurs symptômes dépressifs, puis en croisant les données.

La FAECUM est sans équivoque. « Il a été possible de connaître les proportions de personnes rapportant des symptômes dépressifs, d’épuisement professionnel, de détresse psychologique et de faire le point sur la présence d’idéations suicidaires et de tentatives de suicide parmi la population étudiante », peut-on lire dans le même sommaire.

Puisque l’enquête a tout de même ses limites – « les données collectées ne peuvent être étudiées qu’avec des analyses corrélationnelles » –, la FAECUM a aussi identifié des leviers sur lesquels il est possible d’agir à titre préventif. Surprise, le sentiment d’isolement et de solitude est ce qui indispose le plus les répondants.

Un homme qui porte un noeud papillon prononce un discours.

Matis Allali, secrétaire général de la Fédération des associations étudiantes du campus de l’Université de Montréal.

Photo : Facebook / FAECUM

« Ça nous a étonnés, avoue Matis Allali, secrétaire général de la FAECUM. Mais plus on y réfléchit, plus on se rend compte qu’on sous-estime le phénomène. »

Le sentiment de solitude est plus important chez les étudiants de premier cycle, explique-t-il. Mais sa prévalence est observée « tous cycles confondus, tous profils sociodémographiques confondus et tous programmes confondus ».

« On a une image stéréotypée de la vie universitaire : aller à ses cours, se préparer pour les examens, s’impliquer dans des activités parascolaires… et faire le party, avance le leader étudiant. Mais ce n’est peut-être pas ce que vit une majorité d’étudiants. Un sentiment de solitude peut se manifester malgré qu’on s’implique et malgré une certaine proximité avec d’autres étudiants. »

La directrice du CSCP abonde dans le même sens. « On veut élargir le soutien, le filet de sécurité, mais on veut aussi s’attaquer à la solitude. On pense notamment aux étudiants qui sont aux cycles supérieurs, qui peuvent travailler seuls en laboratoire ou de chez eux. La solitude est le facteur numéro 1 nommé dans l’enquête. C’est un des facteurs sur lequel on veut agir avec la campagne Ça va aller », précise Mme Allard-Caméus.

Un exemple concret

Pour l’étudiant moyen, que peut bien signifier cette campagne?

« J’ai beaucoup suivi l’évolution du questionnaire Ça va [en 2015-2016], et on a mis la main sur les données spécifiques à notre programme il y a un an », explique David Landry, 21 ans, président de l’association des étudiant(e)s en communication et politique, qui compte 200 membres.

Le jeune homme raconte comment les diverses associations étudiantes de l’UdeM ont d’abord obtenu les résultats de l’ensemble de l’enquête, pour ensuite mettre la main sur les résultats par programme, plus précis.

Ça a changé nos perceptions face à la santé psychologique, dit-il. Avant ça, ce n’était pas quelque chose dont on parlait, c’était nouveau de savoir que ça touche autant d’étudiants. J’ai des amis dans d’autres programmes pour qui c’est la même chose.

David Landry, 21ans, président de l’association des étudiant(e)s en communication et politique de l'Université de Montréal

Depuis qu’il a obtenu les résultats pour son programme, M. Landry dit s’impliquer davantage relativement aux questions de santé mentale afin « d’apporter des améliorations, aussi minimes soient-elles, pour changer la culture et pour faire sentir aux membres de [son] association qu’ils peuvent avoir accès à de l’écoute, à des outils ».

« Les résultats qu’on a eus démontraient surtout qu’il existe un sentiment de compétition dans le programme, ce qui peut amener du stress et de l’anxiété, et qu’il existe aussi un sentiment de solitude, qui peut contribuer à des problèmes d’ordre psychologique », poursuit-il.

L’association des étudiant(e)s en communication et politique qu’il dirige a donc, depuis un an, mis en place des ateliers académiques où les étudiants peuvent réviser en groupe, ce qui permet de « partager de l’information et de créer une collégialité ».

« On a aussi revu la façon dont on fait nos événements. Au lieu d’un traditionnel 4 à 7 dans un bar, par exemple, on propose de se réunir pour des sorties culturelles comme la visite d’un musée ou encore pour des événements sociopolitiques », explique le leader étudiant.

Autant d’occasions pour les étudiants de faire baisser la pression et d’entretenir des relations, de se rencontrer dans un cadre moins festif.

« À l’université, on a des cours dans de très grosses classes et ça peut créer un sentiment d’anonymat. Le rôle d’une association étudiante devrait aussi être de permettre des rapprochements entre étudiants », conclut David Landry.

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