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Quand des skieurs défrichent leur propre pente

Guillaume Roy est skieur et bénévole du collectif Ski hors-piste Lac-Saint-Jean.

Photo : Radio-Canada

Frédéric Tremblay

Vous connaissez peut-être des personnes autour de vous qui ont déjà aménagé une patinoire ou bien un terrain de tennis derrière la maison. Mais avez-vous déjà rencontré des gens qui ont défriché leur propre pente de ski alpin à même une montagne?

Les amateurs de sports de glisse sont toujours à la recherche des meilleures conditions de neige et l'engouement pour le ski hors-piste ouvre de nouveaux horizons.

Ce sport, qui jouit d'une riche tradition en Europe, est apparu au Québec dans les années 1970. Les adeptes grimpent au sommet d'une montagne en skis munis de peaux d'ascension et descendent des pistes en secteurs isolés.

Depuis quelques années, certaines stations de ski et des parcs nationaux offrent cette expérience dans des zones spécialement aménagées. Mais la beauté du ski hors-piste, c'est de pouvoir explorer des territoires sauvages, peu fréquentés, en pleine nature.

Si les Alpes ou les Rocheuses canadiennes sont des endroits de prédilection, les forêts québécoises possèdent un beau potentiel. À condition de savoir déboiser!

Deux skieurs en train de gravir une montage en raquettes.

L'ascension est exigeante, mais l'effort est récompensé le moment venu de dévaler la pente.

Photo : Radio-Canada

Originaire de Dolbeau-Mistassini, Guillaume Tremblay est ingénieur forestier de formation. Ce père de 36 ans a parcouru des milliers de kilomètres dans les différents chemins forestiers qui sillonnent le nord du Lac-Saint-Jean.

Celui qui s'est initié au ski de haute route au début des années 2000 a rapidement vu un bon potentiel à quelques kilomètres de chez lui.

Comme je connaissais beaucoup le territoire, je me suis mis à explorer puis il y a avait des sites skiables naturellement un peu plus au nord d'ici donc on s'est mis à skier. On s'est trouvé des beaux sites. Mais il y a eu aussi un engouement pour la motoneige hors-piste puis on arrivait là et c'était déjà tout tracé. À un moment donné, je me suis dit : "regarde, on va s'aménager une montagne pour nous autres, avec des bénévoles", raconte Guillaume Tremblay.

Le travail avant le plaisir

Le premier défi a été de dénicher un site qui est à la fois accessible et isolé avec la possibilité de stationner sa voiture dans une zone sécuritaire.

Après quelques expériences, le choix s'est arrêté sur le mont des Allemands, à 42 kilomètres au nord de la municipalité de Saint-Ludger-de-Milot. Mais trouver une montagne avec la dénivellation et l'environnement propices n'est qu'une étape.

On est sur des terres publiques, donc c'est géré par le gouvernement, le ministère des Forêts. Ça prend des autorisations. On ne peut pas faire ce qu'on veut, on est en territoire public. Ça prend des permis d'aménagement pour ça donc on a fait les démarches qu'il fallait avant de faire les travaux, ajoute Guillaume Tremblay.

C'est à l'automne 2017 que l'aventure a débuté pour Guillaume et un groupe de passionnés. Armés de scies mécaniques, de débroussailleuses, de sécateurs et d'ambition, ils ont aménagé leur première piste : la Schütze. Une piste longue de 700 mètres avec un dénivelé d'environ 200 mètres.

C'est un travail difficile et exigeant en terrain montagneux, qui nécessite cinq à six jours de labeur.

Skieur habillé en rouge et bleu qui dévale une pente en forêt.

Pour Guillaume Tremblay, c'est une fierté de descendre une pente qu'il a lui-même défrichée.

Photo : Radio-Canada

Parfois c'est plus dense, la forêt, et ça demande plus de travail. D’autres fois, moins. On essaie de cibler des pistes qui étaient un peu plus faciles à aménager. Donc, c'est beaucoup de travail avant, puis l'automne, souvent après la chasse, on vient donner deux ou trois fins de semaine, raconte Guillaume Tremblay.

Guillaume Roy, skieur et bénévole du collectif Ski hors-piste Lac-Saint-Jean, explique qu’il est encore plus difficile de venir bûcher que de venir pratiquer le ski hors-piste pour s’amuser.

Il faut monter tout l'équipement jusqu'en haut et ce sont de grosses journées.

Guillaume Roy

Un an plus tard, l'équipe a doublé son territoire skiable avec une deuxième piste plus haute : la Stürmmann.

Les aventurieurs installent également un petit refuge au bas de la montagne. Le rayonnement du projet dépasse rapidement les frontières de la région et le site entre dans la grande famille de la Fédération québécoise de la montagne et de l'escalade (FQME).

Un coup de pouce

Ce projet est une première chez nous. Il est fait de façon complètement indépendante. Faire partie de la Fédération québécoise de la montagne et de l'escalade (FQME) a permis au groupe d'avoir du support et de l'aide financière. Le FQME offre aussi un programme d'assurance en cas d'accidents majeurs. Elle dispose aussi d'ouvriers spécialisés qui supervisent les travaux sur les sites existants.

Mériter sa descente

La poudreuse... Voilà le Saint-Graal recherché par tous les amateurs qui pratiquent le ski de montagne. À défaut d'avoir le climat alpin d'une région comme les Chic-Chocs en Gaspésie, les vastes forêts enneigées du Lac-Saint-Jean sont peu fréquentées.

Avec une quarantaine de visiteurs pendant la saison hivernale, les chances de descendre des pistes vierges sont très élevées.

Le principe du ski hors-piste est simple : chacun doit grimper par lui-même pour ensuite descendre. Plus l'ascension est longue et ardue, meilleure est l'expérience de glisse. Le sport demande une bonne forme physique et un équipement adéquat.

Pour atteindre le point de départ au sommet du mont des Allemands, les adeptes doivent gravir un sentier d'un kilomètre qui serpente le flanc de la montagne.

Un effort qui nécessite une quarantaine de minutes en ski ou en raquettes. Arrivés au sommet, les grimpeurs se transforment alors en skieurs (ou en planchistes) et c'est là que la fête commence.

Avoir accès à de la poudreuse incroyable et faire moins de descentes, mais faire des descentes excellentes, parfaites comme on les souhaite, comme on les rêve. Descente de rêve presque chaque fois. Voilà la motivation de Guillaume Roy, skieur et bénévole du collectif Ski hors-piste Lac-Saint-Jean.

À première vue, la Stürmmann ressemble à un sous-bois comme on en retrouve dans différentes stations de ski du Québec. L'inclinaison de la pente peut varier entre 30 et 40 degrés, mais le tapis de neige est exceptionnel.

Les skieurs peuvent zigzaguer à travers les bouleaux, les trembles et les épinettes sur un moelleux couvert de neige qui excède les 150 centimètres.

Trois skieurs devant un cabanon

Guillaume Roy, Guillaume Tremblay et Jérôme Leclerc sont des adeptes de ski hors-piste.

Photo : Radio-Canada

Mais au-delà de la glisse, les gens qui se sont investis dans le projet du mont des Allemands apprécient davantage leurs descentes. Ils savent les heures et les sacrifices nécessaires pour aménager ce coin de paradis qu'ils chérissent.

C'est quelque chose de merveilleux qu'on ne retrouve pas partout, justement dans les régions plus éloignées. De savoir qu'on peut trouver sa montagne, se trouver des permis et venir le développer nous-mêmes, venir skier les pistes qu'on a nous-mêmes bûchées, c'est complètement savoureux, poursuit Guillaume Roy.

Quand tu arrives l'automne, tu fais les travaux. C'est quand même difficile de se dire ce que ça va donner. Mais quand tu descends et que tu vois le plaisir que ça procure, c'est une fierté encore plus de descendre une piste [sur laquelle] on a travaillé nous autres mêmes, conclut Guillaume Tremblay.

Saguenay–Lac-St-Jean

Ski et surf des neiges