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analyse

Bing! bang! Le style Legault

Le premier ministre François Legault

La fermeté du style « bing! bang! » peut être risquée.

Photo : Radio-Canada

Sébastien Bovet

La bonne humeur règne dans les rangs caquistes. Ceux qui étaient déçus de ne pas avoir été nommés au conseil des ministres sont rentrés dans le rang et ne font pas de vague. L'épisode MarieChantal Chassé a été dur, mais il a rapidement été réglé par le premier ministre. D'ailleurs, un trait de caractère se dégage de ce gouvernement. Appelons cela le style « bing! bang! ».

Le style « bing! bang! » consiste à prendre des décisions, vite, sans tergiverser, fermement et selon le gros bon sens. Le concept plaît : « enfin un gouvernement qui agit et qui n’a pas peur de son ombre! » se dit-on. Pour l’instant, il s’applique à certains dossiers. Pas les plus gros, pas les plus prioritaires. Non, le style « bing! bang! » s’applique à des enjeux, comment dire, qui attirent l’attention des médias et qui dérangent comme un caillou dans le soulier. Mais il comporte des dangers comme on l’a constaté cette semaine.

L’islamophobie

L’exemple vient de haut, du premier ministre lui-même. Mardi, la vice-première ministre, Geneviève Guilbault, démontre une ouverture à discuter de la création d’une journée nationale contre l’islamophobie. La déclaration étonne! La position traditionnelle de la CAQ est de refuser une telle démarche. Jeudi, François Legault tranche : « Geneviève a été prudente en disant : “on va regarder ça”. On l’a regardé, y en aura pas. C’est clair. » Bing! bang! Le premier ministre met fin à une discussion qui n’avait même pas eu le temps de commencer.

La fermeté du style « bing! bang! » peut être risquée. La justification qui a suivi le démontre. « Je ne pense pas qu’il y ait de l’islamophobie au Québec, donc je ne vois pas pourquoi il y aurait une journée consacrée à l’islamophobie », a ajouté M. Legault, sans réaliser, probablement, qu’à peine deux jours plus tôt, il assistait à la commémoration de la tuerie de la grande mosquée de Québec. La levée de boucliers ainsi provoquée a forcé le cabinet du premier ministre à nuancer ses propos. Parfois, à trop vouloir être ferme et déterminé, on oublie le poids des mots.

Un ministre sur la sellette

Prenez le ministre de l’Agriculture, André Lamontagne. Un homme d’affaires aguerri, habitué à prendre des décisions et à les assumer. Un fonctionnaire est congédié parce qu’il a parlé aux médias? « C'est ma décision, alors je suis très à l'aise avec ma décision », clame-t-il. Bing! bang! Le ministre assume, pensant que c’est ce qu’il faut dire. Après tout, n’est-il pas imputable et responsable de ce qui se passe dans son ministère? Il oublie au passage que congédier un fonctionnaire relève de l’administratif, pas du politique. La procédure normale a probablement été suivie, mais dans sa volonté de démontrer qu’il s’occupait de ses affaires, le ministre a donné l’impression qu’il avait droit de vie ou de mort sur ses fonctionnaires. Erreur de communication.

Le style « bing! bang! », qui impose qu’on réagisse fermement et rapidement, escamote parfois le fonds des enjeux. Quand on demande au ministre si le secteur privé, dénoncé par le fonctionnaire congédié, a eu la tête de l’employé, il répond : « pas de commentaire ». Autre erreur qui laisse planer un doute sur l’influence du privé sur le gouvernement.

La Société des traversiers

À peine trois mois après son entrée en poste, le ministre des Transports, François Bonnardel, congédie le président-directeur général de la Société des traversiers du Québec (STQ). Il faut dire que le fiasco du traversier F.-A.-Gauthier justifiait à lui seul, à première vue, des changements importants à la STQ. Il n’y a pas grand monde qui critiquera la décision. Mais un ministre d’un autre gouvernement aurait probablement demandé un rapport au vérificateur général pour se donner des munitions avant d’agir. Le style « bing! bang! » ne se formalise pas de telles considérations.

M. Bonnardel a démontré deux fois plutôt qu’une qu’il est un disciple de la réaction rapide et ferme. « S’il faut que j’aille planter les arbres moi-même, je le ferai », a-t-il réagi avec indignation en constatant que des arbres n’ont pas été plantés le long d’un tronçon de l’autoroute 40 pour éviter que la poudrerie nuise à la visibilité. Personne ne lui reprochera son empressement à vouloir protéger les automobilistes. Mais disons que planter des arbres matures sur 12 kilomètres n’est probablement pas faisable en claquant des doigts.

La laïcité

Dans une certaine mesure, le ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette, subit le style « bing! bang! ». Son projet de loi sur la laïcité sera bientôt déposé à l’Assemblée nationale. François Legault met de la pression. Il faut aller vite, il faut mettre le débat derrière soi. C’est un style « bing! », peut-être pas « bing! bang! », parce que le ministre a quand même quelques semaines pour attacher le tout. Mais l’empressement relatif a ses limites. L’idée d’interdire les signes religieux aux enseignants du réseau public et pas à ceux du réseau privé subventionné constitue, à première vue, une incohérence. La fameuse relation d’autorité enseignant-élève est-elle si différente d’un réseau à l’autre?

Le premier ministre laisse entendre qu’il est mal à l’aise avec le fait que quelqu’un puisse perdre son emploi à cause des signes religieux. Cette position ouvre la porte à un droit acquis. Mais le caucus est majoritairement contre cette idée. Résoudre l’impasse prend du temps que le style « bing! », dans ce cas, ne permet pas nécessairement. Donc, « bang! ». Le premier ministre tranchera.

Les événements des derniers jours ont démontré que le style de gestion de François Legault peut placer le premier ministre et ses ministres dans des situations délicates au parfum d’improvisation. Par contre, cette façon de faire marque des points, frappe les esprits et envoie le message que le gouvernement ne trébuchera pas dans les fleurs du tapis pour prendre des décisions. Le style « bing! bang! » est là pour de bon.

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