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​Tragédie des Broncos : créer des rituels pour mieux surmonter la douleur​

Deux jeunes hommes portant des chandails des Broncos s'enlacent.

La tragédie des Broncos, qui a coûté la vie à 16 personnes le 6 avril 2018, a complètement ébranlé la petite communauté de Humboldt, en Saskatchewan.

Photo : Reuters

Marie-Christine Bouillon

Garder la porte de la chambre de son fils décédé fermée pour conserver son odeur, ne pas défaire la valise qu'il transportait le 6 avril 2018, avoir toujours sur soi les bas qu'il portait le jour de l'accident qui l'a tué, ce sont autant de nouveaux rituels créés par les familles des victimes de la tragédie des Broncos de Humboldt qui peuvent les aider à surmonter la douleur et à vivre leur deuil, étape par étape.

Lors des audiences de détermination de la peine du conducteur du semi-remorque responsable de la collision avec l’autocar de l’équipe de hockey junior, quelque 90 déclarations de proches des victimes ont été déposées devant la Cour.

Dans la sienne, la mère du joueur Logan Hunter raconte le sentiment de vide qui l’accompagne tous les jours. Elle explique qu'elle garde la porte de la chambre de son fils fermée « pour ne pas que son odeur disparaisse ». Devant la Cour, le père de Jaxon Joseph a montré les bas que son fils portait le jour de l’accident, des bas qu’il a toujours avec lui, comme le ferait un enfant avec sa doudou pour se rassurer.

La mère d’Evan Thomas a quant à elle confié par écrit être incapable de vider la valise que son fils avait préparée en vue de son passage à Nipawin, là où se tenait le match qu'il allait disputer avec son équipe.

Le père de Logan Hunter, Lawrence Hunter, au podium devant une photo de son fils en habit de hockeyAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le père de Logan Hunter, Lawrence Hunter, devant une photo de son fils

Photo : Radio-Canada

Selon le psychologue clinicien Pierre Faubert, spécialisé en situation de crise et de deuil, ce type de rituels peuvent être « presque magiques » pour les personnes endeuillées.

« Ça peut jouer un rôle de parechoc, un rôle de tampon où ça me permet, pendant un certain temps, de ne pas avoir à dealer avec ça, autrement dit, je n’ai pas à affronter ou à confronter la réalité de l’absence de mon fils », explique-t-il.

Si certains de ces rituels peuvent s’apparenter à des superstitions qui empêchent de faire face au drame, la plupart constituent une des premières étapes d’une prise de conscience.

« Ces gestes sont une forme d’abdication [...] une volonté d’assumer pleinement, dans la mesure du possible, ce que je vis et ce je ressens dans cet événement-là », indique Pierre Faubert.

Les parents de Jaxon Joseph, Chris et Andrea, se tiennent devant une tribune, la tête baissée (archives)Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les parents de Jaxon Joseph, Chris et Andrea

Photo : Radio-Canada

Le psychologue dit également que ces gestes propres à chacun sont très significatifs. Ils mettent en place les éléments qui mèneront à l’acceptation de cette nouvelle réalité.

« Jusqu’à ce que cette personne-là puisse en arriver à une étape où elle pourra [...] s’ouvrir, avoir l’impression qu’elle sera accueillie totalement dans sa douleur et dans sa peine, à ce moment-là, elle pourra éventuellement avancer. Mais là, je pense que c’est une mesure temporaire pour temporiser justement l’impact de ce qui a été vécu », explique-t-il.

La mort toujours taboue

Sharon Pulvermacher est accompagnatrice de mourants et de leur famille. Elle estime elle aussi que, parfois, les personnes endeuillées créent leurs propres rituels qui peuvent à la fois s’apparenter à une forme de déni et constituer peu à peu une façon d’intégrer l’absence du disparu à la réalité.

« L’idée des rituels, normalement, c’est pour transmettre cette énergie-là et pour la dissoudre d’une manière très saine pour que la personne puisse être exposée au deuil qui lui permette de retrouver une nouvelle manière de vivre dans le monde », dit-elle.

Mme Pulvermacher croît que, comme le drame des Broncos de Humboldt a résonné un peu partout sur la planète, les familles doivent trouver leur propre façon de vivre cette perte dans l’intimité. C’est là que ces gestes prennent toute leur importance.

« Pour les Broncos, pour les familles qui étaient concernées, ça devient tellement quelque chose de partagé mondialement que là, c’est une question de le ramener au niveau personnel, de leur famille, où ils peuvent faire leur deuil d’une manière qui est vraiment concrète et particulière à leurs besoins », explique-t-elle.

La dimension spirituelle n’est pas non plus à négliger, selon elle. Ces gestes répétés se font en l’absence de rituels dans nos sociétés contemporaines de moins en moins tournées vers les religions.

 Dans notre société, on a très peu de patience avec les gens qui sont en deuil.

Sharon Pulvermacher, accompagnatrice des mourants et de leur famille

Elle donne l’exemple des nations crie et anichinabée qui soulignent une fois par année pendant quatre ans le décès d'un proche.

Sharon Pulvermacher croît que, en plus de vivre leur deuil de façon personnelle, les familles des 16 personnes qui ont perdu la vie dans l’accident, tout comme celles de ceux qui ont été blessés gravement, doivent ressentir le soutien de leur communauté.

« C’est important pour la communauté d’être éveillé aux signes [qui leur indiquent] qu’ils peuvent aider, soutenir la personne et les familles, par des gestes très simples comme envoyer une carte, partager un repas, faire un coup de téléphone, quelque chose de concret », assure-t-elle.

Mme Pulvermacher croît que notre société doit valoriser le courage de ceux qui vont vers les personnes en situation de deuil, de ceux qui font preuve d’ouverture et même de curiosité. Le tout avec tendresse, afin de permettre aux personnes en deuil de poursuivre leur processus de guérison.

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