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Élèves intimidés au privé : les mères exigent des excuses

Le Séminaire des Pères Maristes, à Québec

Photo : Radio-Canada / Carl Boivin

Alexandre Duval

Huit mères dont les enfants ont été intimidés au Séminaire des Pères Maristes et à l'Académie des Sacrés-Cœurs demandent des excuses. Dans une lettre envoyée au ministre de l'Éducation, le 1er février, elles implorent Jean-François Roberge de ne pas abandonner leurs enfants.

« Nous demandons à vous rencontrer pour mettre en œuvre un processus réparateur avec des solutions concrètes pour les enfants », écrivent-elles au ministre.

Parmi les enfants visés se trouvent les trois jeunes filles dont les photos à caractère sexuel ont été partagées l’année dernière entre élèves du Séminaire des Pères Maristes, à Québec.

Les autres enfants ont subi diverses formes d’intimidation à l’Académie des Sacrés-Cœurs, à Saint-Bruno-de-Montarville. Constatant des similitudes dans la gestion de ces crises par les deux écoles, les mères ont choisi de faire front commun.

À leur avis, leurs enfants méritent d’entendre de la bouche des autorités « que ce n’était pas de leur faute et que leurs multiples demandes d’aide auraient dû être entendues », poursuivent-elles.

Les deux écoles concernées devraient aussi participer à ce « processus réparateur », avancent les mères dans leur missive.

Ceci donnera un message clair aux écoles privées que même si l’élève a dû quitter son école pour assurer sa sécurité, vous ne les abandonnerez pas.

Extrait de la lettre au ministre Jean-François Roberge

Des changements insuffisants

La semaine dernière, le ministre Jean-François Roberge annonçait que le rapport d’enquête sur la crise au Séminaire des Pères Maristes entraînerait des changements à la Loi sur l’enseignement privé.

Le protecteur de l’élève, un mécanisme de plainte qui existe déjà dans le réseau public, sera étendu aux écoles privées. Ces dernières devront aussi déposer régulièrement au ministère un plan à jour pour lutter contre l’intimidation.

Les mères se disent satisfaites de ces mesures, qui protégeront les élèves des écoles privées à l’avenir. Or, elles estiment que ces changements découlent directement de la souffrance de leurs enfants, qui n’ont pas reçu d’excuses.

« Il n’y a pas aucune reconnaissance et elles ont des séquelles », avance Valérie (nom fictif), la mère d’une des victimes du partage de photos au Séminaire des Pères Maristes.

C’est elles qui ont quitté les écoles. C’est elles qui ont été obligées de se refaire des amis. C’est elles qui ont été obligées de réapprivoiser leur cercle.

Valérie (nom fictif), signataire de la lettre au ministre Jean-François Roberge

Christine Gingras, dont la fille a été intimidée et agressée physiquement en 2014 à l’Académie des Sacrés-Cœurs, est du même avis.

Selon elle, le ministre ne propose que des solutions « systémiques », qui ne tiennent pas compte de la souffrance vécue par les enfants qui ont déjà été victimes.

« Quand un enfant est victime d'intimidation, il va se refermer sur lui, il va se replier, il porte une honte et il pense que c'est sa faute », résume-t-elle.

Si les écoles admettent officiellement qu’elles ont échoué à bien protéger leurs enfants, ces derniers pourraient cheminer plus facilement, selon Mme Gingras.

Le message éducatif doit être corrigé. On doit leur dire : ce n'était pas de votre faute. Eux, ils restent avec ça dans leur tête.

Christine Gingras, signataire de la lettre au ministre Jean-François Roberge
Christine Gingras

Christine Gingras

Photo : Radio-Canada

Pas de sanctions

Même si le ministre Roberge a déjà annoncé qu’il ne sévirait pas contre le Séminaire des Pères Maristes, Valérie réitère que des sanctions devraient être appliquées.

Le rapport d’enquête du ministère, rendu public le 25 janvier, évoque notamment des lacunes dans la gouvernance de l’établissement, rappelle Valérie.

Ils ont commis des torts. Ils doivent être pointés du doigt et ils doivent être sanctionnés.

Valérie (nom fictif), signataire de la lettre au ministre Jean-François Roberge

Rappelons que cinq adolescents ont été accusés à la Chambre de la jeunesse relativement à la saga du Séminaire des Pères Maristes. Jusqu'ici, trois ont plaidé coupables à diverses accusations, notamment de leurre.

Au moment d’écrire ces lignes, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, n’avait pas donné suite à notre demande d’entrevue.

Québec

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