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Le Venezuela retient son souffle à la veille de la manifestation convoquée par Juan Guaido

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Le leader de l'opposition vénézuélienne et président intérimaire autoproclamé Juan Guaido réagit après une réunion avec des partisans pour présenter un plan gouvernemental de l'opposition à Caracas, Venezuela, le 31 janvier 2019.

Le choix de défiler samedi n'est pas anodin pour l'opposition : c'est le jour anniversaire des 20 ans de la «révolution bolivarienne», du nom du héros de l'indépendance Simon Bolivar.

Photo : Reuters / Andres Martinez Casares

Agence France-Presse

Le Venezuela retenait son souffle vendredi, à quelques heures de la manifestation à l'appel du président autoproclamé du Venezuela, Juan Guaido, pour réclamer « des élections libres » au chef de l'État Nicolas Maduro.

Juan Guaido a prévenu vendredi qu'il était prêt à d'éventuelles négociations, mais seulement si le départ de l'actuel chef de l'État Nicolas Maduro était dans la balance.

« Nous serons intéressés par une négociation » dans le seul but de définir « les termes de la fin de l'usurpation, ce qui permettra de transférer le pouvoir [...] et de lancer un processus de transition aboutissant à des élections libres », a écrit le leader de l'opposition vénézuélienne dans un courrier adressé aux présidents du Mexique, Andres Manuel Lopez Obrador, et de l'Uruguay, Tabaré Vazquez.

Ces deux pays ont annoncé mercredi la tenue d'une conférence des pays neutres vis-à-vis de la crise au Venezuela, le 7 février à Montevideo.

Le choix de défiler samedi n'est pas anodin pour l'opposition : c'est la journée anniversaire des 20 ans de la « révolution bolivarienne », du nom du héros de l'indépendance, Simon Bolivar. Cet anniversaire marque l'investiture, le 2 février 1999, du président socialiste Hugo Chavez (1999-2013), aujourd'hui décédé et dont se réclame Nicolas Maduro.

« Nous devons tous descendre dans les rues au Venezuela et dans le monde entier avec un objectif clair : accompagner l'ultimatum qu'ont donné les membres de l'Union européenne. Nous allons réaliser la plus grande marche du Venezuela et de l'histoire de notre continent », a déclaré jeudi soir Juan Guaido, 35 ans, qui préside le Parlement dominé par l'opposition. Celle-ci juge le second mandat de M. Maduro, entamé le 10 janvier, illégitime, car issu d'élections frauduleuses.

Le Parlement européen a appelé jeudi, en reconnaissant l'autorité de M. Guaido, tous les pays de l'UE à faire de même.

Six pays de l'UE (Espagne, France, Allemagne, Royaume-Uni, Portugal, Pays-Bas) ont donné à Nicolas Maduro jusqu'à dimanche pour convoquer des élections, faute de quoi ils reconnaîtront Juan Guaido comme président.

Par ailleurs, l'UE, dont les pays sont très divisés sur l'attitude à adopter pour contraindre Nicolas Maduro à quitter le pouvoir, a décidé de créer un groupe de contact international qui « se donne 90 jours pour parvenir à un résultat positif », afin d'aider à l'organisation d'une nouvelle présidentielle au Venezuela.

L'objectif de ce groupe sera « d'évaluer » l'attitude du gouvernement de Nicolas Maduro afin de savoir si elle « est authentique ou si c'est une nouvelle manœuvre » pour gagner du temps, a jugé l'expert en relations internationales, Mariano de Alba.

Soutenu par la Russie, la Chine, la Corée du Nord, la Turquie ou encore Cuba, M. Maduro rejette l'ultimatum européen et accuse les États-Unis d'orchestrer un coup d'État.

Situation explosive

Chaque appel à manifester fait grimper la tension. Une quarantaine de personnes ont été tuées et plus de 850 arrêtées, selon l'ONU, depuis le début des mobilisations, le 21 janvier. En 2014 et 2017, deux vagues de protestations avaient fait quelque 200 morts.

À plusieurs reprises, Nicolas Maduro a affirmé être prêt à des négociations, mais M. Guaido a prévenu que l'opposition ne participerait plus à de « faux dialogues ».

M. Guaido a dénoncé jeudi des tentatives d'intimidation visant ses proches, disant tenir M. Maduro pour responsable. Il a également présenté son plan pour sortir le pays du naufrage économique et social.

« Ils ne vont pas m'intimider », a-t-il déclaré jeudi à la presse devant son domicile de Caracas, avec sa fille de 20 mois dans les bras et son épouse à ses côtés. Selon lui, des hommes qui s'étaient identifiés comme appartenant aux forces spéciales de la police (FAES) étaient venus devant chez lui en demandant où étaient son épouse Fabiana Rosales et la famille.

« Nous n'allons pas tolérer qu'on fasse du mal à ceux qui luttent pour la liberté », a averti jeudi le vice-président américain Mike Pence dénonçant sur Twitter un acte d'« intimidation ».

Juan Guaido a déclaré vendredi dans un entretien au journal argentin Clarin qu'il espérait que la crise politique dans son pays se résoudrait sans intervention militaire étrangère.

« Sincèrement, j'espère que ça n'arrivera jamais. Notre lutte démocratique et respectueuse de la Constitution est très difficile, mais nous la livrons sur le terrain, car nous y croyons et nous voulons éviter une issue violente », a-t-il déclaré.

Le leader de l'opposition a présenté jeudi son plan qui repose sur plusieurs axes : répondre à l'urgence humanitaire (santé, aliments), « freiner brusquement l'inflation », relancer l'industrie pétrolière et rétablir les services publics.

Washington a indiqué tenir prêts des aliments et des médicaments destinés au Venezuela pour un montant de 20 millions de dollars, mais Nicolas Maduro, qui attribue les pénuries aux sanctions américaines, estime qu'accepter l'aide humanitaire reviendrait à ouvrir la porte à une intervention militaire.

Le Venezuela, pays aux énormes ressources pétrolières, autrefois le plus riche d'Amérique latine, a sombré économiquement et ses habitants font les frais de graves pénuries de nourriture et de médicaments, ainsi que d'une inflation galopante, ce qui a contribué à faire chuter la popularité du dirigeant socialiste. Depuis 2015, quelque 2,3 millions de Vénézuéliens ont quitté le pays.

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