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Le sirop d'érable et l'industrie automobile, des symboles économiques menacés par la crise Canada-Chine

Une bouteille de sirop produite par la coopérative Citadelle à Plessisville au Québec. Photo: Radio-Canada / Louis Blouin
Louis Blouin

Les gens d'affaires canadiens assistent anxieux à la détérioration des relations diplomatiques entre le Canada et la Chine. Si la crise s'étire, petits et gros joueurs craignent d'en subir les contrecoups. Pour certains, les effets se font déjà sentir. Le gouvernement Trudeau les encourage à diversifier leurs marchés.

À l’approche de la saison des sucres, les entrepôts de la coopérative Citadelle à Plessisville seront bientôt remplis au maximum de barils de sirop d’érable.

Il n’y a pas que l’inventaire qui occupe les pensées du directeur principal des ventes Stéphane Vachon ces jours-ci, mais aussi les tensions politiques internationales. « On est à l'affût de tout ce qui se dit depuis quelques semaines. Comme bien des entreprises canadiennes qui exportent en Chine ou en Asie, on est préoccupés », explique l’entrepreneur. Il suit attentivement les développements dans l’affaire Huawei.

Cette dispute entre le Canada, la Chine et les États-Unis pourrait le forcer à revoir ses plans d’expansion. « S’il y a des problèmes, on va devoir ralentir ou changer de stratégie », affirme M. Vachon.

D’ici 5 ans, son objectif est de multiplier par cinq ses exportations de sirop d’érable vers la Chine. Citadelle, un des plus gros distributeurs et exportateurs de sirop au Québec, vend aussi du miel et des canneberges aux Chinois.

Pour l’instant, ses affaires ne sont pas affectées, mais il craint les conséquences si le conflit devait s’étirer.

C’est une question de temps. Si ça se prolonge encore quelques semaines ou quelques mois, c’est sûr qu’on va sûrement commencer à le sentir.

Stéphane Vachon, directeur principal des ventes, coopérative Citadelle.

Comme d’habitude, la coopérative doit être présente dans une grande foire alimentaire à Shanghai en mai prochain. Cette année les circonstances sont différentes. L’équipe de M. Vachon mènera des vérifications supplémentaires pour s’assurer que la participation de son équipe se fera sans risque.

Un signe du climat d’incertitude qui plane dans la communauté d’affaires canadienne.

Des barils de sirop d'érable entreposés dans les installations de la coopérative Citadelle à Plessisville.Des barils de sirop d'érable entreposés dans les installations de la coopérative Citadelle à Plessisville. Photo : Radio-Canada / Yves Levesque

Automobile : un investissement majeur en veilleuse

Certaines industries peuvent déjà mesurer les impacts de la dispute Canada-Chine.

Une association qui représente les fabricants canadiens de pièces automobiles affirme qu’un projet d’expansion de constructeurs automobiles chinois au Canada est en suspens en raison de la querelle. Le sort d’un investissement de plus de 1,5 milliard de dollars dans des installations canadiennes est incertain, selon Flavio Volpe, président de l'Automotive Parts Manufacturers Association (APMA).

Les constructeurs chinois auraient expliqué que le projet pourrait être retardé pour « des mois, voire des années », détaille-t-il.

[Les constructeurs chinois] prennent tout l’écosystème et l’environnement politique très au sérieux et ils ne sont pas prêts à aller de l’avant.

Flavio Volpe, président de l'Automotive Parts Manufacturers Association (APMA)

À l’image de la séparation de l’Église et de l’État, M. Volpe indique que la séparation entre le commerce et la politique doit être maintenue dans la relation avec la Chine.

La guerre tarifaire sino-américaine n’aide pas non plus l’industrie automobile canadienne. « Nous dépendons d’une relation stable entre la Chine et les États-Unis. Ceci n’est pas bon pour les affaires », estime M. Volpe.

Un homme et une femme travaillent dans une usine d'assemblage du groupe Fiat Chrysler Automobiles à Windsor, en Ontario.L’industrie automobile, le premier secteur d’exportation au Canada, génère quelque 80 milliards de dollars annuellement en activité économique. Photo : Associated Press / Jerry S. Mendoza

La marque canadienne affectée?

Le Canada est perçu comme un pays « stable » , « sécuritaire » et « accueillant » par les touristes et les investisseurs chinois, selon le président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM). Michel Leblanc craint que cette image très positive ne soit entachée par la crise actuelle si elle devait durer.

« Ce serait néfaste pour notre économie, puis ce serait néfaste pour la qualité de nos échanges avec la Chine », explique M. Leblanc.

Selon lui, le gouvernement du Canada doit continuer d’expliquer aux autorités chinoises le fonctionnement du système judiciaire canadien. Pékin a réagi fortement à l’arrestation par les autorités canadiennes de la directrice financière de la firme chinoise Huawei à Vancouver, après une demande d’extradition des Américains.

Selon le président de la CCMM, Ottawa doit rappeler au gouvernement chinois « la responsabilité américaine » dans cette affaire d’extradition.

Diversifier ses marchés, la solution?

Appelé à réagir à la nervosité ambiante, le ministre fédéral des Infrastructures et ancien ministre du Commerce international, François-Philippe Champagne, tient à mettre les choses en perspective.

Les relations commerciales, il faut voir ça sur des décennies.

François-Philippe Champagne, ministre de l'Infrastructure et des Collectivités.

« On a un enjeu important, très sérieux parce que le Canada aujourd’hui défend la primauté du droit », tient à rappeler le ministre.

Face à l’incertitude, il encourage les entreprises canadiennes à se tourner vers de nouveaux marchés.

M. Champagne incite les entrepreneurs à profiter des récents traités commerciaux conclus par le Canada, comme l’accord de libre-échange avec l’Europe ou l'Accord de Partenariat transpacifique.

« On a réussi à diversifier surtout pour donner la chance aux petites et moyennes entreprises de diversifier leur marché », fait valoir M. Champagne.

Pourtant, il n’y a pas si longtemps, le ministre Champagne invitait les exportateurs canadiens à se tourner vers la Chine pour réduire leur dépendance envers le marché américain.

François-Philippe Champagne invite aussi les entrepreneurs à contacter les délégués commerciaux canadiens s’ils ont besoin d’assistance.

Relation commerciale entre le Canada et la Chine (2017) en $

Exportations canadiennes : 23, 6 milliards
Importations venant de la Chine : 70, 9 milliards

Trois types de produits canadiens les plus exportés vers la Chine :

  1. Produits végétaux
  2. Produits du papier
  3. Produits minéraux

*Source: Gouvernement du Canada.

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